Lecture / Ecriture
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On n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise de Isabelle Minière

Isabelle Minière
  Je suis très sensible
  Au pied de la lettre
  On n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise

Isabelle Minière est une écrivaine française née en 1961.

On n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise - Isabelle Minière

Sur un malentendu...
Note :

   Où?
    L’action se situe dans une ville qui n’est jamais nommée et qui pourrait être Paris, car il y est question d’un métro aérien.
   
   Quand?
    Le roman se déroule de nos jours.
   
   Ce que j’en pense
    Le meilleur résumé de ce roman tient tout entier dans le titre. Même s’il en dévoile un peu l’épilogue, il fait la part belle à ce hasard qui mène la plupart des existences. Sauf que bien entendu, le hasard n’est jamais aussi beau que lorsqu’il est un peu aidé. Lorsqu’une volonté permet d’élaguer le chemin.
   
    Isabelle Minière, qui signe ici son second roman chez Serge Safran après le délicieux "Je suis très sensible", va d’abord entraîner le lecteur dans une peinture de la vie ordinaire, des journées qui passent sans dessein. Le tout culminant dans le chapitre qui voit Martin, le narrateur, assister à la projection d’un film au titre tout aussi éclairant, puisqu’il s’appelle sobrement Rien.
   
    Martin est donc un homme sans histoire, ou plutôt dont l’histoire est une suite de tentatives plus ou moins manquées de faire quelque chose de son existence. Il vit seul dans un appartement qu’il ne prend plus la peine de ranger, il est comptable, mais préfère ne pas avoir trop de clients à gérer. Il aimerait pourtant rencontrer une femme et lui offrir tout l’amour qui ne sert pas pour l’instant. Pour cela, il lui faudrait un mode d’emploi dont il ne semble pas pouvoir disposer.
   
    Ce ne sont pas ses parents qui le lui fourniront. D’abord parce qu’ils sont morts. Ensuite, parce que, quand ils viennent lui rendre visite dans ses rêves, c’est pour lui expliquer qu’ils ont bien essayé de l’aimer, mais sans succès. Sa mère est directe : "Comment voulait-on que je t’aime ? Il suffit de te regarder, encore aujourd’hui… J’ai vraiment pas eu de chance, j’ai tiré le mauvais numéro à la loterie." Son père estime que son épouse exagère, tout en l’excusant. Il lui offre cependant un conseil avant de disparaître : "Ressaisis-toi, Martin. Moi, je ne suis pas venu pour te critiquer, je suis venu pour te dire ça : reprends-toi, réagis!"
   Pauvre Martin, pauvre misère.
   
   "La pluie qui tombe, la nuit qui tombe… tout tombe. Je ferme le rideau, je ne veux pas tomber."

   Ce n’est pas la boulangère, brutalisée par son mari, qui lui tendra les bras. À moins que… Une de ses clientes, psychothérapeute, l’invitera un jour à une soirée entre amis. Sauf qu’elle est annulée au dernier moment. Frédéric, artiste plasticien, partagerait bien un café avec lui. Sauf qu’il est parti à l’autre bout du monde avec… des vitamines D. Jusqu’au jour où… comme le dit le titre du roman, une bonne surprise l’attend.
   
    Pour faire de ce roman de la vie ordinaire une belle histoire qui fait du bien au moral, il fallait une plume sensible et des formules qui transforment le quotidien en poésie. Isabelle Minière possède ce rare talent. On pourrait remplir des pages de ces jolies formules :
   "Il faudrait gratter le ciel, lui ôter le gris sale qui masque la lumière."
    "La solitude, ce n’est pas d’être seul, c’est de n’exister pour personne."
    "Elle rit, c’est joli. Des gouttes d’eau qui tombent sur un piano invisible, et qui résonnent en douceur. Comme la pluie sur les carreaux, en plus sonore ; et en plus gai. Je l’écoute rire, c’est une musique. J’écoute, je m’imprègne."
   
   Extrait:
   "Je rêve du Minimum vital, c’est un très doux nuage, blanc à reflets nacrés, où je dors paisiblement, en hauteur. Je vois ma vie, vue du nuage : un petit point qui bouge un peu, ne fait pas de bruit, un petit point plutôt sympathique. C’est consolant, ma vie vue d’en haut. Je me sens très bien sur mon nuage. Le minimum vital me convient parfaitement, j’y passe une plus longue nuit que d’ordinaire dans mon lit." (p. 121)

critique par Le collectionneur de livres




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