Lecture / Ecriture
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Jonathan Strange & Mr Norrell de Susanna Clarke

Susanna Clarke
  Jonathan Strange & Mr Norrell

Jonathan Strange & Mr Norrell - Susanna Clarke

Le Fantastique et la Littérature : le roman à l’état anglais…
Note :

   Cela m’aura pris quinze jours pour venir à bout des 860 pages à l’écriture serrée de ce pavé à succès. Soit le même temps que m’ont prises les deux mille pages des six tomes cumulés des « Chroniques de San Francisco » de Maupin (un indispensable pour l’été au passage). Autant de plaisir ? Je ne sais pas. Quelque chose à tout le moins d’extrêmement différent ? C’est à n’en point douter.
   
   Dans les premières années du XIXe siècle, un anglais désocialisé, un lecteur fou adepte de cette magie qui avait fait toute la gloire de sa patrie jusque quatre siècles plus tôt avant de se perdre en désuétude – et n’être plus qu’étudiée en théorie – va décider de transformer l’Histoire. Il veut rendre ses lettres de noblesse à la magie en la remettant en application en Angleterre. Ce Mr Norrell, qui fera d’abord tout pour s’assurer d’être l’unique magicien praticien du pays avant de rencontrer Jonathan Strange, son parfait opposé en tous points, lui aussi très talentueux dans la même discipline. Il le prendra pour élève avant d’être par lui doublé, et c’est en affrontement que leur histoire tournera.
   
   On est à mille lieux d’Harry Potter et il semble indispensable pourtant de le préciser. Rien d’attendu, rien de couru d’avance. Ici les magiciens puisent leur art de l’étude de vieux manuscrits poussiéreux. Ils sont rompus à la solitude et n’aspirent qu’à une chose : aider le gouvernement dans sa mission de protection de la nation. L’ennemi n’est pas un fantôme gluant mais Napoléon Bonaparte, le conquérant français qui menace le royaume insulaire. Point de baguettes et de balais pour jouer au football dans les airs mais des sortilèges en latin pour renseigner les généraux de l’armée royale.
   
   Le propos est fantastique, son traitement on ne peut plus réaliste, naturaliste même (en près de neuf cent pages, il y a quelques écueils auxquels on n’échappera pas mais ils donnent à l’œuvre son petit cachet artisanal et « premier roman »). Au bout d’un moment, on se dit : rien de plus probable. On en viendrait même parfois à tancer les personnages de rester dans leurs sorts et malédictions tellement terre à terre, conventionnels, plausibles. Point ici de royaume enchanté. Point de rêverie édénique. C’est à travers une nouvelle façon de penser le monde, la politique, les relations humaines et le rapport de l’homme au monde que Susanna Clarke nous convie dans ses pages.
   
   Et c’est bien pour cela que Jonathan Strange & Mr Norrell n’est pas à classer en fantastique ou science fiction mais tiendra pendant quelques temps une place de choix dans les meilleurs rangs de la littérature contemporaine. Une grande découverte. Un voyage fabuleux, qui commence dès le « packaging » choisi par l’éditeur, à effectuer sans tarder.
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critique par Kassineo




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Pas facile...
Note :

   Ben à vrai dire, il m'est difficile de donner un avis clair et tranché. Ais-je aimé ce roman ? Hum... je ne l'ai pas détesté, c'est donc que j'ai aimé.
   
   Au départ, je me suis offert ce livre grâce à sa superbe couverture. Disons le tout de suite : le livre, en tant qu'objet, est original et attirant. Mystérieux. Je me suis demandée ce que cachait cette couverture noire, ce pavé aussi épais que mon Encyclopédie Hachette 2000.
   Seulement côté facilité de lecture, on repassera. Ce n'est pas précisément le type d'ouvrage que l'on glisse dans son sac à main... "Jonathan Strange & Mr Norrell" a donc attendu sagement sur une étagère que je me décide à l'ouvrir.
   
   Alors, me direz-vous ? Cet achat impulsif en valait-il le coup ? Je pense que oui. Bien sûr cela ne plaira pas à tout le monde. La référence à J.Austen n'est pas exagérée, on retrouve son humour pince-sans-rire, sa verve ironique. On pourrait même ajouter une pincée de Dickens pour les descriptions et les personnages quelque peu loufoques... et l'humour, of course. Seulement on retrouve aussi leur côté, comment dire, un peu "lent". Il ne se passe pas grand chose dans cet ouvrage. Ou plutôt, il se passe des choses, mais sur un très très grand nombre de page.
   
   Le rythme est de plus ralenti par une foultitude de notes, qui s'étendent parfois sur plusieurs bas de pages : références à de nombreux ouvrages (imaginaires!), anecdotes diverses... Bref, cela enrichit le livre, rend l'univers plus complexe, mais casse le rythme narratif.
   
   Bien sûr, il y a de la magie; mais très peu. Nos deux magiciens ne sont pas des Gandalf, Belgarath ou autres Merlins. La magie n'est ici qu'un prétexte pourrait-on dire. Cela apporte une touche de fantaisie et d'originalité, aide l'action (si si il y a quand même un peu d’action), mais ne vous attendez pas à voir des fées, elfes ou dragons à tous les coins de rues. En clair, la magie se trouve au centre de l'ouvrage mais on ne la voit que très peu agir.
   
   Quant aux personnages, qu'en dire. Ils sont charismatiques, bien définis, parfois "loufoques" (à l'image d'un Mr. Micawber chez Dickens); mais attachants ? Pas vraiment. Autant chez Austen les héros et héroïnes me touchent, autant ici, hormis peut-être le couple Strange, je suis restée très extérieure aux protagonistes.
   
   Néanmoins, j'ai quand même pris plaisir à savourer ce roman dense et touffu, son humour particulier. Malgré son rythme lent et une certaine absence d'empathie, j'ai eu du mal à le quitter (il m'a fait 3 jours), surtout passées les 200 premières pages - qui correspondent en gros à une loooonnngue introduction [cf les premiers chapitres du Seigneur des Anneaux... (ou même le début de L'Homme qui Rit de Hugo)].
   
   Bref, une très bonne lecture, pas la révélation promise pas les critiques dithyrambiques, mais un excellent moment tout de même. Je pense que cet ouvrage plaira sûrement aux amateurs de littérature anglaise du XIXème, de personnages singuliers, d'un humour discret mais qui fait mouche, et qu'une intrigue bien ficelée mais pas forcément très dynamique ne rebute pas.
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critique par Morwenna




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L' Histoire et la Pratique de la magie anglaise
Note :

   Ayant vu ça-et-là nombre de critiques peu amènes à propos de ce roman, j’ai longuement hésité avant de me résoudre à me le procurer. Puis un jour j’ai sauté le pas et je dois dire que les vertes critiques que j’avais lues au sujet de ce pavé de 1140 pages me semblent aujourd’hui totalement infondées au regard de ce que j’ai pu découvrir en lisant cet épais roman.
   
   Oubliées, les remarques sur la longueur de ce récit prétendument interminable où il ne se passe rien sur des centaines de pages; oubliées également les attaques sur le style pesant et les dialogues infiniment longs qui prennent place sur l’action.
   N’en déplaise aux détracteurs de ce roman, nous ne sommes pas ici devant un ouvrage de la minceur de l’Amélie Nothomb annuel que l’on nous livre tous les ans à l’automne. Nous ne sommes pas non plus devant un de ces récits au rythme «palpitant» que savent nous concocter les auteurs de best-sellers, ni non plus devant un ouvrage où dialogues et descriptions s’effacent au profit d’une action soutenue qui laisse au lecteur bien peu de respirations, tout ceci au détriment d’une qualité narrative, d’une recherche du détail et d’une psychologie des personnages qui deviennent de ce fait totalement inexistants.
   
   N’en déplaise donc aux lecteurs pressés, ce livre est long et doté de dialogues qui dépassent le champ lexical du protozoaire moyen, les descriptions des personnages et des lieux qu’ils visitent sont détaillées, le récit en lui-même prend son temps et s’arrête parfois pour s’adonner à quelques digressions. «Quelle horreur! s’exclameront certaines personnes, serions-nous en présence de quelque chose approchant de la littérature classique, ces romans vieillots où il ne se passe rien et où l’on nous décrit interminablement les états d’âme des personnages quand ce n’est pas leur tenue vestimentaire ou les pensées intimes de leur valet de pied?»
   
   À ces personnes, je réponds oui, nous sommes en présence d’un ouvrage qui se rapproche d’un style littéraire qui est malheureusement devenu trop rare, un roman qui prend son temps, un roman que l’on aura peine à finir en deux jours pour épater un cercle d’amis, un roman qui ne nous prend pas pour des adeptes de ce zapping littéraire qui fait que nombre d’éditeurs font passer aujourd’hui pour des romans des oeuvrettes dont la brièveté et la minceur, il y a quelques années encore, auraient mérité le terme plus approprié de nouvelles.
   
   Si vos goûts littéraires se portent sur des romans qui privilégient l’action au détriment des descriptions, si vous ne pouvez pas lire un récit comportant plus de 125 pages, il vous est fortement déconseillé de vous lancer dans la lecture de «Jonathan Strange & Mr. Norrell». Combien de lecteurs et de lectrices ont été déçus par ce roman, pensant trouver là un Harry Potter pour adultes ou un roman d’Heroic-Fantasy peuplé de dragons, de gentils petits nains et de sorciers terrifiants?
   
   Il n’en est rien. Nous sommes ici en présence d’un récit qui reprend le rythme et les codes des romans du XIXe siècle, c’est-à-dire une intrigue qui évite la précipitation et le spectaculaire et qui s’attache à nous immerger dans l’univers qu’elle nous décrit. Il faut d’ailleurs prendre son temps pour appréhender le contexte de ce livre. Sommes-nous en présence d’une uchronie ou d’un monde parallèle, bien que fort semblable, au nôtre?
   
   Nous sommes dans l’Angleterre des premières années du XIXe siècle. La couronne britannique est en guerre contre l’empereur Napoléon. Jusqu’ici, rien que de très normal. Mais l’on apprend bien vite que la Grande-Bretagne a été, de par le passé, sujette à un autre conflit, celui qui a opposé le sud de l’île aux régions du nord gouvernées par un roi magicien: John Uskglass, le roi corbeau.
   
   Cette guerre qui s’est déroulée au Moyen-Âge, a laissé derrière elle une tradition de magie qui veut que nombre de gentlemen respectables s’adonnent en amateurs à cette pratique ou à son histoire aussi naturellement que s’il s’agissait de zoologie ou de botanique.
   
   Deux d’entre eux, Mr. Norrell tout d’abord, et Jonathan Strange ensuite, qui deviendra le disciple du premier, vont connaître un destin extraordinaire en se proposant de défier grâce à leurs talents les armées napoléoniennes qui étendent leur emprise sur toute l’Europe.
   
   Les deux magiciens vont donc susciter des illusions, ressusciter des morts, changer la géographie de la campagne espagnole et même transplanter pour un après-midi la ville de Bruxelles au milieu des grandes plaines d’Amérique du nord afin que celle-ci ne soit pas prise par les armées françaises.
   
   Mais user de la magie pour défier l’empereur Napoléon peut avoir comme contrepartie de réveiller d’anciennes puissances assoupies depuis la lointaine époque du règne du roi corbeau. Strange et Norrell vont avoir - en sus des divergences de pensée qui vont bientôt les séparer puis les opposer - maille à partir avec l’arrivée de l’ étrange et inquiétant «gentleman aux cheveux comme du duvet de chardon» qui travaille à établir sur le trône d’Angleterre un successeur du roi corbeau disparu de longue date et dont on ne sait s’il est encore vivant, caché quelques part dans les hautes terres du nord ou dans un des royaumes féeriques qu’il a conquis.
   
   Comment relater l’extrême plaisir que j’ai éprouvé à lire ce roman, me laissant envoûter pendant trois semaines à suivre les aventures de Strange & Norrell, bercé par cette passionnante histoire, cette profusion de personnages et de caractères, tous décrits avec minutie et avec une exactitude historique remarquable en ce qui concerne des personnages tels que le duc de Wellington et lord Byron.
   
   Bien longtemps avant d’avoir achevé ce livre, j’ai pu me rendre compte que les critiques négatives portées sur ce roman n’avaient plus lieu de m’inquiéter. «Jonathan Strange & Mr. Norrell» est indéniablement ce que j’ai pu lire de meilleur (dans ce genre littéraire que l’on rattache faute de mieux à l’Heroic Fantasy) avec Tolkien (souvent imité mais jamais égalé), John Crowley, Lian Hearn, Mervyn Peake ou Robin Hobb.
   
   «Jonathan Strange & Mr. Norrell», paru en 2004, a reçu le Prix Hugo 2005, le Prix Locus 2005 et le World Fantasy Award du meilleur roman.
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critique par Le Bibliomane




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Bouquin vainqueur par KO
Note :

    Il m'avait bien attiré l’œil, ce pavé tout noir. Ce design de couverture avec ce titre duel. Et puis, et puis je remettais à chaque fois le moment de le lire, une sorte d'appréhension à son épaisseur. Pourtant, ce n'était pas la première fois qu'un texte aussi expansé me tendait les bras, mais là, quelque chose me retenait. Toujours une bonne excuse pour lire un autre livre. D'abord j'alterne les styles et les genres, et aussi les formats. Enfin vint le temps de prendre ce Jonathan Strange.
   
   Tiens, que font ici toutes ces notes de bas de pages plus longues que le texte principal?
   Je me suis encore endormi au bout de quatre pages.
   Dans le train dont je connais l'itinéraire par cœur, je lève le nez et je musarde en regardant passer les maisons, en pierres en briques, Ah un petit immeuble...
   
   Bon c'est décidé, je me donne jusqu'au 31 dernier délais car je n'aime vraiment pas laisser un livre en cours, d'ailleurs, je n'ai pas le souvenir que cela soit déjà arrivé. Bien sur, j'ai sauté des pages dans "Le Nom de la Rose", je zappe parfois un chapitre dans un livre d'anthropologie. Je découpe mes lecture en chapitre pour me laisser le temps d'assimiler comme avec le livre de Bayard que j'ai lu et dont je pourrais vous parler.
   
    Aie aie aie, ras le coquillard de ce bouquin, je me suis encore assoupi alors que j'avais passé une partie de la journée sur différentes lectures de revues. Je viens pourtant de dépasser la moitié des 1100 pages mais là!!!!
   
   STOP! je dis stop et j'en prends un autre. D'ailleurs, pour voir si ce n'était pas un problème momentané lié à moi, je suis allé voir des critique de ce livre sur d'autres sites. On se sent moins seul et c'est rassurant, je peux donc attaquer un autre ouvrage qui me tend ses bras depuis la pile près du bureau. Je me sens déjà beaucoup mieux.

critique par Le Mérydien




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