Lecture / Ecriture
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Alcools de Guillaume Apollinaire

Guillaume Apollinaire
  Alcools

Alcools - Guillaume Apollinaire

La poésie éclatée
Note :

   Ma pratique de la poésie est habituellement aléatoire et légère, je picore, je grappille une pièce de temps en temps au hasard d'un volume rencontré. Il est rare que je lise un recueil de A à Z et ce n'est que l'étude en classe d'Alcools qui m'a poussé ici à une lecture complète. Lecture intéressante car Apollinaire a pensé ce volume, l'a composé avec soin, choisissant par exemple de l'ouvrir sur "Zone", qui fourmille d'audaces et de trouvailles (à peu près autant que La prose du Transsibérien que Cendrars publie la même année) de la provocation initiale ("A la fin tu es las de ce monde ancien") à l'éclaboussure finale ("Soleil cou coupé").
   
    C'est donc en zigzag qu'on suit le parcours qui mène du lyrisme naturel des "Rhénanes" à l'éclatement des formes poétiques traditionnelles en passant par les réminiscences du symbolisme, les traces de Villon et de Verlaine ("A la Santé"), l'unité de l'ensemble étant assurée par la thématique de l'amour déçu et des liaisons rompues avec Annie et Marie Laurencin.
   
   On trouve dans Alcools des vers qui tiennent tout seuls ("Ouvrez-moi cette porte où je frappe en pleurant", "Mon verre s'est brisé comme un éclat de rire") et ce que je goûte particulièrement en poésie, depuis la découverte de certaines complaintes de Laforgue, la condensation, le fait de rassembler en une poignée de vers toute l'histoire d'une expérience, presque d'une vie entière, des poèmes après lesquels il n'y a plus qu'à tirer l'échelle, comme l'émouvant et impeccable "Adieu" :
   
   "J'ai cueilli ce brin de bruyère
   L'automne est morte souviens-t'en
   Nous ne nous verrons plus sur terre
   Odeur du temps brin de bruyère
   Et souviens-toi que je t'attends"

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critique par P.Didion




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Errance
Note :

   L’Adieu
   
   J'ai cueilli ce brin de bruyère
   L'automne est morte souviens-t'en
   Nous ne nous verrons plus sur terre
   Odeur du temps Brin de bruyère
   Et souviens-toi que je t'attends

   
   
   "Alcools" fut publié en 1913. Guillaume Apollinaire, de son vrai nom Wilhelm de Kostrowitzky n'obtint que peu de succès suite à cette publication, comme il est d'usage pour presque tous les chef d'œuvre: ils ne sont pas écrits pour satisfaire le public, l'auteur ayant des exigences plus élevées, et de ce fait le rebutent d'emblée.
   La remarque de Georges Duhamel qui qualifie cette œuvre de «boutique de brocanteur» n'est pas forcément péjorative.
   
   J'ai compté en tout trente pièces. Elles sont en vers libres ou blancs. Apollinaire livre ses textes sans ponctuation, mais l'a retirée après l'avoir mise. Elle existe donc mais dissimulée: c'est un de ces messages à l'encre sympathique...
   
   "Adieu" est un poème court; le plus bref est le célèbre "Chantre" qui est un seul vers à lui seul.
   "Chantre
   Et l'unique cordeau des trompettes marines"

    Il y en a aussi de fort longs ("Zone").
   
   D'autres poèmes que l'"adieu" traitent du voyage de l'errance de la solitude.

critique par Jehanne




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