Lecture / Ecriture
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J'irai cracher sur vos tombes de Boris Vian

Boris Vian
  Les morts ont tous la même peau
  J'irai cracher sur vos tombes
  Elles se rendent pas compte
  Et on tuera tous les affreux
  Conte de fées à l'usage des moyennes personnes
  Dès 03 ans: Un poisson d'Avril
  V comme: L'écume des jours
  L'Ecume des jours

Boris Vian est un écrivain français, poète, parolier, chanteur, critique et musicien de jazz (trompinettiste), né le 10 mars 1920, à Ville-d'Avray (Seine-et-Oise, aujourd'hui Hauts-de-Seine), mort le 23 juin 1959 à Paris. Il fut aussi ingénieur de l'École centrale, inventeur, scénariste, traducteur (anglo-américain) et conférencier. Vian a signé ses nombreux écrits de pseudonymes divers dont le fameux Vernon Sullivan de "J'irai cracher sur vos tombes".
(merci Wikipedia)

Et chez Lou Delachair, Vian est devenu le personnage d'un roman dont d'autres personnages se prénomment Louis et Elsa strictement par hasard sans doute...

J'irai cracher sur vos tombes - Boris Vian

Crime et châtiment
Note :

   Lee Anderson, vingt-six ans, s'installe à Buckton, petite ville du sud des Etats-Unis, pour reprendre la gérance de la librairie. Lee, qui a du sang noir mais une peau claire, se lie à une bande de jeunes. Il rencontre ainsi Jean et Lou Asquith, deux soeurs issues de la bourgeoisie blanche qu'il va séduire pour réaliser un terrible dessein...
   
   Boris Vian publie J'irai cracher sur vos tombes en 1946 sous le pseudonyme de Vernon Sullivan. Le roman devient très vite un best-seller mais est jugé tellement subversif qu'il est interdit en 1949. Il faut dire qu'il est déconseillé aux âmes sensibles : sexe, pédophilie, violence, meurtres (les derniers chapitres sont particulièrement atroces), le cocktail est explosif et ne laisse pas le lecteur indemne. J'irai cracher sur vos tombes est un roman d'une noirceur abyssale, cru et sans concession, qui s'articule autour du récit d'une vengeance qui fait froid dans le dos.
   
   Le style est glacial et concis, à l'image du héros, Lee Anderson. Ce personnage, rongé par la colère et la haine, monte une machination froidement calculée pour venger la mort de son frère, et il ne lésine pas sur les moyens pour arriver à ses fins. Son ambivalence met mal à l'aise, il inspire à la fois dégoût et pitié. Cruel, manipulateur, séducteur et pervers, on comprend néanmoins les raisons de sa rage lorsque son passé brisé par le racisme est évoqué.
   
   Car J'irai cracher sur vos tombes est avant tout une violente dénonciation de l'intolérance et de la ségrégation raciale. L'intrigue repose sur la couleur de la peau de Lee : il a du sang noir, mais sa peau claire et ses cheveux blonds lui permettent de s'immiscer au sein de la bourgeoisie blanche et de perpétrer sa vengeance de la façon la plus horrible qui soit. Aux grands maux les grands remèdes : Boris Vian n'hésite pas à choquer le lecteur pour mieux convaincre.
   
   Le roman inspire ainsi des sentiments contradictoires : on en sort perturbé, éprouvé, avec l'impression d'avoir reçu un coup de poing ou d'émerger d'un cauchemar, et cependant on sait avec certitude qu'on vient de lire un chef d'oeuvre.
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critique par Caroline




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Percutant, malsain, glauque
Note :

   Lorsque s'ouvre ce court roman, Lee Anderson, vingt-six ans, vient de quitter sa ville natale pour échouer à Buckton, où il reprend une librairie, avec pour seules richesses un dollar en poche et une vieille voiture. Cherchant à faire connaissance avec les habitants de la ville, il se met à fréquenter les bars du coin, où il se lie d'amitié avec un groupe de jeunes aux mœurs plutôt légères: en effet, avec son physique à tomber, sa forte propension à offrir des tournées à ses nouveaux amis, son talent de guitariste et de chanteur (il possède d'ailleurs une voix proche de celle de Cab Calloway), Lee est plutôt irrésistible et suscite l'admiration des jeunes du coin. Mais Lee a surtout tendance à profiter de son ascendant sur eux pour obtenir quelques faveurs, notamment de la part des jeunes filles, assez peu farouches, semble-t-il. Un jour, Lee rencontre Dexter, jeune homme de bonne famille qui l'invite à une soirée réunissant tout le gratin de la région. Lors de cette soirée plutôt ennuyeuse, Lee fait la connaissance de deux sœurs, elles aussi descendant d'une riche famille du coin, Jean et Lou Asquith, respectivement âgées de 17 et 15 ans. Lee tombe aussitôt sous leur charme et ne tarde pas à convoiter ces deux jeunes filles aux courbes fabuleuses, aussi il entreprend de gagner leur confiance, notamment en les faisant boire. Peu à peu se révèle la part sombre et machiavélique de cet homme qui semble hanté par la mort d'un proche, ce "gosse" dont il parle si souvent, et qui n'est visiblement pas si bien intentionné que cela envers ces deux petites bourgeoises. Et pourtant, le piège se referme inexorablement sur les deux sœurs, qui sont bien loin de se douter du sinistre dessein de Lee, un dessein plein de haine et de vengeance, à vous glacer le sang...
   
   
   Publié juste après la Seconde Guerre Mondiale sous le pseudonyme de Vernon Sullivan, dont Vian prétendait n'être que le traducteur, cette œuvre se veut dans la ligne directe des grands romans noirs américains, dont Vian était un inconditionnel. Malgré la quatrième de couverture qui affirme, sans doute un peu pompeusement, qu'il n’y a pas beaucoup d’écrits de Vian dont il ne suffit de lire trois lignes anonymes pour dire tout de suite: «Tiens, c’est du Vian!», on est ici loin de l'imaginaire mélancolique et humoristique de "L'Ecume des Jours". Ce roman sulfureux a même été censuré trois ans après sa parution, tant il était jugé contraire aux bonnes mœurs, et conserve une réputation insolite, l'auteur étant décédé lors de la projection du film tiré de son œuvre, et qu'il n'approuvait pas, d'ailleurs. De fait, on y rencontre nombre de scènes plutôt licencieuses et assez explicites, narrées du point de vue de Lee, ce qui accentue leur caractère immoral et dérangeant.
   
   Même après soixante ans, ce roman n'a rien perdu de sa force et de sa violence intrinsèque. Bien sûr, Vian n'est pas Sade, mais cette œuvre n'en donne pas moins au lecteur un sentiment persistant de malaise, devant tant de haine et de rage exprimées par l'intermédiaire du héros, ce Lee Anderson énigmatique, dont la vengeance semble être la seule motivation. Vian parvient de plus à évoquer de manière originale le sempiternel sujet de la ségrégation raciale aux Etats-Unis. On assiste, comme impuissant, à ce déferlement de violence qui augmente à chaque page, poussant le lecteur dans ses derniers retranchements, jusqu'à un final cauchemardesque dont on ne ressort pas indemne. Et c'est finalement presque le lecteur qui se fait manipuler par le vil et cruel Lee Anderson, dont on devient malgré soi le complice silencieux.
   
    Percutant, malsain, glauque, empreint d'une noirceur impitoyable, ce roman reste encore aujourd'hui troublant, moins par la crudité des scènes décrites que par la perversité du héros, qui va même, dans un passage ignoble, jusqu'à abuser d'une fillette d'une dizaine d'années. Pour toutes ces raisons, on peut facilement être choqué par ce roman et le détester, mais ce dernier reste néanmoins très bien écrit, avec nombre d'anglicismes volontaires qui sonnent comme un écho aux mots-valises chers à Vian, et nous envoûte page après page, pour nous emmener dans un monde de cruauté aussi répugnant que fascinant, et c'est sans doute là ce qui fait la force, aujourd'hui encore, de ce grand roman.

critique par Elizabeth Bennet




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