Lecture / Ecriture
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Amour monstre de Katherine Dunn

Katherine Dunn
  Amour monstre

Amour monstre - Katherine Dunn

Âmes sensibles, s'abstenir
Note :

   Titre original : Geek Love, 1989
   
    Encore un roman américain incroyable dégoté de derrière les fagots par Gallmeister. Accrochez-vous dans le grand huit, ça dépote! Justement il y a un grand huit dans le bouquin (pour une scène) puisque l'histoire se déroule dans un cirque ambulant.
    "Mon père et ma mère m'ont fabriquée comme ça. Ils ont obtenu des résultats plus originaux que moi avec quelques-uns de leurs autres projets."
   

    Là c'est Olympia (Oly) Binewski la narratrice, 90 cm, naine, bossue, albinos et chauve. Après des années à travailler au cirque familial à l'arrière plan des numéros de ses frères et sœurs, on la retrouve au début du roman comme chroniqueuse à la radio, où une voix agréable et une bonne diction ont plus d'importance que le physique. Elle veille de loin sur sa fille Miranda et pour cela s'intéresse à Mlle Lick, richissime héritière dont le but "est de libérer les femmes du risque de se faire exploiter par la voracité masculine", employant pour cela des moyens qui m'ont fait rater une respiration, mais à ce moment du livre, j'en avais vu d'autres...
   
    Bon, il va falloir parler enfin des frères et sœurs d'Oly. Issus de parents physiquement 'normos', mais comme "quel plus beau cadeau peut-on faire à ses enfants que la capacité intrinsèque à gagner leur vie en étant simplement eux-mêmes?, l'ingénieux couple commença alors à faire des expériences avec des drogues illicites ou prescrites sur ordonnance, des insecticides et, finalement deux ou trois isotopes radioactifs."
   

    Résultat, parmi les survivants, Arturo, alias Aqua boy, Electra et Iphigenia les siamoises, jouant au piano des pièces pour quatre mains, Oly ensuite ("Ma mère avait été généreusement chargée en cocaïne, amphétamines et arsenic pendant son ovulation et tout au long de sa grossesse. Ce fut une déception lorsque je sortis avec des difformités vraiment banales."). Le petit dernier, Fortunato, était un bébé parfaitement formé, et "cette morne banalité déprima tant mes entreprenants parents qu'ils prirent immédiatement leurs dispositions pour le laisser sur les marches d’une station-service fermée", mais le bébé fit preuve juste là de dons particuliers et ils le gardèrent.
   
   (Bien, bien, toujours là?)
   
    Bon an mal an, le cirque continue sa vie, avec barbe à papa, stands de tir, etc. et bien sûr les numéros des fabuleux Binewski. Jalousie féroce d'Arturo, manipulateur et parano, dérive vers une sorte de culte, l'Arturisme (je passe le docteur P. , là aussi j'ai plusieurs fois manqué un battement de cœur au détour d'une ligne).
   
   Un roman fascinant en dépit de certain malaise, un roman que vous n'oublierez pas, un roman à découvrir, mais attention, lecteurs trop douillets, peut-être s'abstenir (mais quel dommage!). Ces 'monstres' physiquement ne l'étaient plus du tout à mes yeux de lectrice, tellement j'étais sidérée par leurs aventures. Pour moi le seul vrai monstre est Arturo, pas physiquement, mais moralement.

critique par Keisha




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