Lecture / Ecriture
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Gamines de Sylvie Testud

Sylvie Testud
  Gamines
  Le ciel t’aidera
  C'est le métier qui rentre

Sylvie Testud est une comédienne, romancière et réalisatrice française, née en 1971 à Lyon.

Gamines - Sylvie Testud

Un récit largement autobiographique
Note :

   Sybille, 10 ans, alias Sylvie Testud, la comédienne, vit avec ses deux soeurs Corinne, 12 ans et Georgette, 8 ans, avec leur mère qui les élève seule à Lyon dans le quartier de la Croix Rousse. La vie n'est pas facile pour cette femme regardée d'un mauvais oeil par le voisin, pensez vous une famille monoparentale, quelle horreur ! Sybille et ses soeurs se posent beaucoup de questions sur ce père absent, dont on sent qu'il est détesté par la famille entière et franchement indésirable. Pourtant elle ne peut s'empêcher de se poser beaucoup de questions jusqu'à chercher une photo cachée pour voir à quoi il ressemble.
   
   L'absence du père est le thème central de ce roman. J'ai été touchée par la vie de cette fratrie, en l'occurrence ces trois soeurs dont le livre fait bien revivre le charme de l'enfance avec ses disputes, ses solidarités aussi. S'y ajoute la vie de leur mère, la façon dont elle assume sa "drôle de vie" et la façon dont les filles ont du mal à accepter un nouvel homme ... Jusqu'aux retrouvailles avec ce père à la fois absent physiquement et pourtant omniprésent dans leurs pensées.
   
   Récit d'une vie, récit d'une souffrance, récit d'une enfance malgré tout heureuse, récit d'une histoire d'amour, ce livre dit les choses simplement. A la fois triste et gai, il dit et montre la façon dont les choses ont été ressenties. Il fait preuve d'objectivité et pourtant je ne peux m'empêcher de trouver le choix de l'héroïne à la fin du livre profondément injuste. Mais sans doute ne peut-elle faire autrement et en quelque sorte ce livre rend malgré tout hommage à son père (et à sa mère). Il aurait pu s'appeler "Chroniques d'un amour raté mais éternel"
   La photographie de couverture est magnifique et illustre superbement ce texte nostalgique sur l'enfance et les occasions manquées.
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critique par Clochette




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«Cette histoire est une fiction.»
Note :

   «Cette histoire est une fiction. Elle est librement inspirée de la vie d’une petite fille. Je ne sais pas qui ça peut être. Pas du tout. Toute ressemblance avec des personnes existantes est un peu par hasard. »
   Voilà ce qu’écrit Sylvie Testud en exergue de «Gamines». On a bien du mal à ne pas croire qu’en réalité ce n’est pas une bonne tranche d’autobiographie! Mais peu importe …
   
   Ce roman, manifestement, divise la gent lectrice. On aime ou on est agacé. J’aime, pour ma part. Ceci doit venir du fait que Sylvie Testud a un style. Au moins dans ce roman puisque je n’en ai pas lu d’autres d’elle. Un style pas tant au niveau de l’écriture elle-même; simple et sans prétentions, sans chichis, marquée par des phrases courtes d’où les subordonnées sont souvent absentes. Non, un style dans la manière de mener le récit, de raconter le fil de la vie des gamines dont il est question. Par flashes successifs, par «épisodes», diront certains. Mais des épisodes qui ne sont pas déconnectés les uns des autres au final. Des épisodes qui constitueront la chair, la trame de «Gamines». Un peu ce que des tâches de couleur sont au pointillisme; reculez vous à 10 mètres et le tableau apparaîtra dans sa fugacité. Pour ma part j’adore, mais je conçois que ça puisse agacer. Ce dont je suis sûr c’est qu’une fois que j’aie eu attaqué ce roman, je ne l’ai pas lâché avant la fin (et donc peu dormi !).
   
   Corinne, Sybille et Georgette sont trois sœurs, élevées par leur mère, d’origine italienne, dans un milieu dont on comprend qu’il n’est pas celui des nantis:
   «Chez les Italiens, les Portugais et les Espagnols, c’est les grands-mères qui font le ménage. Les mères n’ont pas besoin. Elles font plutôt un autre métier. Ca dépend du pays en fait. Les Portugaises et les Espagnoles, normalement, elles font plutôt gardiennes. Les Italiennes, c’est un peu comme ma mère ou mes tantes. Elles sont vendeuses ou comptables, ou je ne sais pas trop… Les Arabes, à part celles qu’ont un mari épicier, elles font le ménage avec les grands-mères portugaises, espagnoles ou italiennes.»

   
   Elles sont élevées par leur mère parce qu’un «Il» est parti, qui revient rôder parfois, qu’on n’a jamais vu, et dont l’existence finalement rendra à ce roman, in fine, toute l’émotion intense qui n’aurait été que de petits morceaux d’émotions sans lui. On va les suivre de la petite enfance au début de leur vie d’adulte, au fil de micro-évènements, ou de tranches plus compactes, et ce canevas constituera au final une belle relation de vie. Un beau livre, une belle sensibilité, toute féminine.
   
   Quelque part, ça m’a rappelé une expérience d’écrivaine, celle d’une autre actrice; Marie-France Pisier, avec «Le bal du gouverneur».

critique par Tistou




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