Lecture / Ecriture
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Jeu blanc de Richard Wagamese

Richard Wagamese
  Jeu blanc
  Les étoiles s'éteignent à l'aube
  Starlight

Wagamese est un écrivain et journaliste canadien appartenant à la nation des Ojibwés, né en 1955 et mort en 2017.

Jeu blanc - Richard Wagamese

Indien
Note :

   "Jeu blanc" est le deuxième roman traduit en France pour l'écrivain Ojibwé de la première nation de Wabaseemoong, dans le nord-ouest de l'Ontario, Richard Wagamese, décédé en mars 2017.
   
    L'auteur a consacré sa vie à l'écriture afin de faire connaître et reconnaître la culture indienne au Canada à travers des récits semi-biographiques remplis de complexité et de meurtrissures.
   
    "Jeu blanc" nous ramène dans le Canada des années 60 et la voix du héros, Saul Indian Horse, nous bouleverse par un récit poignant de l'intime où jeune orphelin, il est confronté à l'absence d'amour au racisme et à la perversion du monde.
   
    Saul grandit dans sa famille, loin de l'agitation de la civilisation. Dans les montagnes près de l'Ontario, les saisons rythment la vie de la communauté entre pêche et chasse. Mais les temps changent et vers le milieu du 20ème siècle, de bons blancs se font un devoir d'éduquer et civiliser ces tribus indigènes, quitte à enlever les jeunes enfants à leurs familles. Saul fera partie de ces enfants indiens ayant perdu famille, repères et racines. Inscrits dans une "école religieuse" ils reçoivent le strict minimum d'éducation, le reste est purement et simplement de l'esclavage et de la violence perverse.
   
    Saul grandit perdu dans un monde qui lui impose l'oubli de ses croyances et de ses valeurs. Il découvre alors une passion effrénée pour le hockey sur glace, un sport en pleine expansion. Il s'impose dans cette dure discipline et dans l'équipe malgré son très jeune âge, soutenu par un jeune prêtre faisant partie de l'école. Il est tellement doué qu'il est sollicité pour tenter sa chance au niveau national. Il réussit à être le meilleur faisant de son jeu exceptionnel une revanche sur la vie et l'oubli d'un passé trop dur.
   
    Racisme et violence, soumission et travail acharné remplissent les journées et ponctuent les matchs, mais tout lui revient et le passé ne peut être tu. La rédemption peut-être lui sera permise.
   
    Un roman d'une étonnante poésie avec un style et une écriture limpides, l'auteur nous touche et nous transporte dans une nature sauvage que seul l'homme blanc a violée.
   
    Chaque paragraphe nous initie au hockey, sport violent aux allures de combat de gladiateurs, la foule acclamant le nom de ses héros et nous assène au final le constant de l'humiliation permanente et le racisme envers les indiens.
   
    Un livre bouleversant mais le plus terrible et c'est pourquoi je conseille vivement la lecture, c'est que nous suivons un sportif de haut niveau, entre gloire et chute, et que je n'ai rien vu, rien vu de la souffrance de Saul, profonde et cachée, ni soupçonné non plus son origine.
   
    Un peu mal à l'aise en refermant ce livre qui est un véritable coup de cœur.
    ↓

critique par Marie de La page déchirée




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Le hockey
Note :

   La lecture m'a cette fois entraînés dans l'Ouest Canadien avec l'auteur amérindien Richard Wagamese. J'avais déjà chroniqué très favorablement Les étoiles s'éteignent à l'aube. Saul Indian Horse est très inspiré de la propre vie de l'auteur. Et le livre est très fort, très émouvant, très solide aussi, témoignage de la si difficile existence des Indiens contemporains, en l'occurrence les Ojibwés, au cœur du Canada moderne. Indian Horse a dès huit ans passé son enfance dans un internat tenu par les Blancs qui se sont efforcés d'effacer en lui toute indianité. Brimades, humiliations, sévices. Seule la découverte du hockey, plutôt réservé d'ailleurs aux non-amérindiens, lui fera entrevoir une issue. Sera-t-elle suffisante?
   
    L'histoire, pourtant, ne remonte pas si loin, Richard Wagamese est né en 1955. On mesure l'immense détresse qui fut la sienne mais plus encore son énergie à résister. Peu à peu, alors que le hockey est un jeu de blancs qui exclut les indiens, Saul Indian Horse parvient, dans cet institut brutal et hostile, à trouver dans cet accomplissement sportif plus qu'un exutoire, comme une mission. Mais le pays est rude aux autochtones, plus que l'hiver. On est peu loquace dans Jeu blanc et le peu qu'on y parle concerne le hockey. On finit par trouver la poésie dans ce sport peu câlin. C'est l'empreinte des grands (ce que j'appelle le syndrome Jours barbares de William Finnegan, ou Le meilleur de Bernard Malamud sur le surf et le base-ball).
   
    Et puis le retour de John Barleycorn, l'ami qui vous veut du mal, l'alcool, symbole si fréquent et fléau universel auquel ont beaucoup sacrifié les habitants des réserves indiennes. Comme Richard Wagamese en parle bien. Sur les horreurs nocturnes de l'institut si bien pensant, l'auteur se fait discret, ce qui n'en atténue pas le traumatisme.
   
    « C'est drôle comme les serveurs vous invitent toujours à finir votre verre...On boit pour oublier les pensées, l'émotion. L'espoir. On boit pour oublier parce que après toutes les routes qu'on a prises c'est la seule direction qu'on connaisse par cœur. On boit afin de ne plus entendre les voix, ne plus voir les visages, ne plus toucher les choses, ne plus sentir.
    Quand les Zhaunagush (les Blancs) vinrent, ils amenèrent le cheval avec eux. Notre peuple vit le Cheval comme un Être spécial. Il chercha à apprendre son pouvoir sacré. Monter ces êtres-esprits, pourchasser le vent avec eux, devinrent des signes d’honneur. Mais les Zhaunagush ne virent rien d’autre que du vol dans ce que nous avions fait, que l’attitude d’un peuple inférieur, alors ils nous appelèrent voleurs de chevaux. »
   

    Il existe des centaines de livres sur l'infinie douleur amérindienne, et des dizaines d'auteurs. Certains ne sont pas même indiens. Mais souvent talentueux.

critique par Eeguab




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