Lecture / Ecriture
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L'ami retrouvé de Fred Uhlman

Fred Uhlman
  L'ami retrouvé

L'ami retrouvé - Fred Uhlman

Amitié et ascendance
Note :

   Voici La mémoire d’une amitié. Sentiment d’autant plus profond du fait qu’elle ne peut être tolérée en cette période de l’histoire de cette Allemagne de 1932 au vu des événements qui s’en suivront.
   
   Hans Schwartz est juif. Fils de médecin réputé et reconnu en tant que tel, il suit les cours dans le plus grand lycée de Stuttgart. Consciencieux, travailleur assidu, il vit une existence solitaire, sans amis, partageant son temps entre ses cours et ses rêves de voyage ou de grand poète qu’il aimerait devenir. Mais l’arrivée de Conrad au lycée, verra naître ente eux, une amitié profonde, partagée.
   
    Tout se passe le mieux du monde pour ces deux amis. La vie déroule devant eux le soyeux de l’affection. Présenté aux parents de Hans, Conrad sera reçu avec les honneurs dûs au rang et passé glorieux de sa famille, les illustres Hohenfels.
   
   Mais cette amitié nouvelle sera de courte durée. Hitler est au pouvoir. Certaines rumeurs qui circulaient au début, prennent une ampleur nouvelle. Des affiches voient le jour, dénonçant le juif. Des croix gammées ornent les murs. Une tempête approche.
   
   Conrad est allemand, de noble ascendance. Et à ce titre, ses parents lui défendront de côtoyer Hans. Le cœur lourd, déchiré, ils ne se verront plus.
   Mais même l’Histoire, l’événement le plus dur qui soit, ne peut effacer le plus pur sentiment… Et cette guerre qui démarre ne saurait y faire exception.
   
   Ce très court roman se lit d’une traite. Ecrit avec légèreté, il n’en est pas moins grave par le sujet. A la fois émouvant et bouleversant, l’auteur nous peint ici une fresque où les sentiments de part et d’autre, sont à la fois violence et douceur.
   
    Maniant la plume de façon habile, précise, Fred Ulhman saura nous faire ressentir au travers de son personnage, le désarroi et la rancœur, le désespoir et la cruauté…
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critique par Patch




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L’amitié comme postulat
Note :

   Années 30. La montée du nazisme, les prémices de la guerre en Allemagne, tel est le cadre de cette histoire d’amitié entre deux adolescents que tout sépare à priori. Hans Schwarz, juif, lycéen à Stuttgart, n’est pas spécialement du genre liant. D’autant qu’il se sent marginalisé dans son lycée haut de gamme. Il est carrément solitaire, assoiffé d’une amitié qu’il rêve et idéalise et qui parait bien inaccessible dans ce contexte.
   
   Jusqu’à ce qu’arrive Conrad. Comme une star, issu de la classe dirigeante, pur aryen. Un soleil qui parait dans le ciel du lycée. Et l’improbable se produit; une amitié nait, de la plus haute qualité, et qui va servir de révélateur à l’Histoire. La Grande, pour le coup. Car les choses évoluent terriblement vite. On vit en direct l’évolution du sort qui est fait aux juifs avec la montée en puissance d’Hitler et la guerre qui pointe le bout de son nez.
   
   Ce court roman coule … de source. C’est l’histoire de deux adolescents. C’est surtout l’histoire d’une société allemande qui perd son honneur et son bon sens et dont seuls ceux qui iront jusqu’au sacrifice suprême se sauveront. L’histoire est touchante. L’Histoire, c’est moins joli.
   
   Fred Uhlman exorcise probablement sa rancoeur, lui qui a dû fuir son pays natal pour l’Amérique. Rancoeur pour les nazis, mais peut-être bien aussi pour les Allemands en général - sauf ceux qui ont su mourir pour laver leur honneur.
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critique par Tistou




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Petite merveille
Note :

   Raconté à la première personne, ce texte revient sur l'adolescence d'un Allemand juif contraint de quitter son pays natal avec la prise de pouvoir de Hitler. Fils de médecin, élève intelligent, Hans est épris des poètes allemands et attache peu d'importance à la religion, qui n'occupe qu'une place mineure au sein du foyer. Hans est lui-même agnostique, voire athée. Un jour arrive un nouvel élève, Conrad Von Hohenfels qui, comme son nom l'indique, vient d'une illustre famille (son père est comte). Fasciné par le jeune homme, Hans s'emploie à le conquérir ; la recherche de son amitié s'apparente à une opération de séduction chevaleresque et c'est une relation très forte qui va se nouer entre les deux jeunes garçons. Mais, comme on s'en doute, le nazisme séparera le Protestant et le Juif, laissant une blessure douloureuse à Hans qui a dû renier ses origines.
   
   Ce texte est une petite merveille. En peu de mots, Ulhman parvient à produire un texte intelligent et puissant que je ne doute pas de relire un jour. Outre l'écriture et l'histoire fascinante de cette amitié naissante, j'ai été particulièrement interpelée par la façon dont l'auteur traite de l'appartenance et de l'absurdité de l'assimilation des Juifs à leur seule religion. Ici, la famille de Hans n'est pas plus concernée par la religion qu'une famille catholique qui assisterait une fois l'an à la messe de minuit pour faire plaisir à la matriarche. En revanche, le père aussi bien que le fils sont profondément fiers de leur appartenance à l'Allemagne, où leur famille vit depuis de nombreuses générations et a porté les couleurs du drapeau allemand. Quitter ce pays est un véritable déracinement et l'appartenance à une quelconque communauté juive souffrant un même mal n'est qu'un piètre refuge.
   
   Un extrait :
   
    « Je me rappelle encore une violente dispute entre mon père et un sioniste venu faire une collecte pour Israël. Mon père détestait le sionisme L'idée même lui paraissait insensée. Réclamer la Palestine après deux mille ans n'avait pas pour lui plus de sens que si les Italiens revendiquaient l'Allemagne parce qu'elle avait jadis était occupée par les Romains. (…) Je n'avais jamais vu mon père, pacifique et calme à l'ordinaire, si furieux. Pour lui, cet homme était traître à l'Allemagne, la patrie pour laquelle mon père, deux fois blessé pendant la Première Guerre mondiale était prêt à se battre à nouveau. » (p65-67)
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critique par Lou




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Réunion
Note :

   "Les quelques mois qui suivirent furent les plus heureux de ma vie." (sixième chapitre)
   

    Ce livre de Fred Ulhman fut célèbre dès sa publication anglaise (en 1971 sous le titre Reunion) et connut vite une adaptation cinématographique (J. Schatzberg, 1988). Il est devenu un des livres phares des classes de collège.
    De quelle réunion s'agit-il? Comment ces deux amis se retrouvent-ils?
   
   Distance
   

    Dans les années soixante, le narrateur, Hans Schwarz, se souvient de l’adolescent qu’il était en février 1932, dans le très réputé Karl Alexander Gymnasium de Stuttgart. Les professeurs sont laids, pauvres, ennuyeux, les élèves sont dans l’ensemble de petite ou grande bourgeoisie : sa vie lui semble "morne et vide". Un nouveau entre en classe. Tous le regardent, le narrateur (qui n’aspire qu’à voyager et à devenir un grand poète) est fasciné. L’élève se nomme Conrad von Hohenfels. Nom de haute noblesse qui n’a rien à voir avec les autres von de la classe.
    En entrant, en s’approchant, Conrad installe, à son insu, une barrière, avant tout aux yeux du narrateur. La mise du nouveau est parfaite d’élégance : il incarne l’aisance et la distinction et renvoie les autres à leur manque de goût, à leur saleté, à leur vulgarité. Ses gestes, ses mains blanches, son autorité “naturelle”, sa beauté fascinent et dans l’ensemble repoussent les autres adolescents "grossiers en paroles et en actions". "Aucune morgue ou vanité" cependant, mais une distance qui affecte même le petit groupe dit du "Caviar de la Classe" qui cherche à se démarquer par des goûts modernistes plus dus au snobisme qu’à une authentique curiosité culturelle.
    Le narrateur qui se souvient veut restituer l’état d’esprit qui était le sien et reconnaît qu’il aspirait alors à un "romanesque idéal d’amitié" fondé sur "une confiance, une abnégation et un loyalisme absolus" que jamais il n’avait rencontrés chez un de ses camarades de classe.
   
   Approche
   

    Hans, le narrateur, est alors âgé de seize ans. Il va tenter d’attirer l’attention du nouveau en s’animant dans les discussions littéraires, en se montrant audacieux pendant la gymnastique puis en exposant de façon faussement innocente une collection de monnaies antiques. Rien de concluant. Il suffira d’une poignée de main dans la rue, preuve de timidité insoupçonnée chez Conrad pour que les barrières (que Hans estime secondaires) tombent. Ce moment inattendu crée en lui une sensation de joie qu’il veut croire durable. Ils devinrent dès lors "inséparables" et les mois qui suivirent "furent les plus heureux de [sa] vie." Ils marchèrent beaucoup dans la belle campagne souabe longuement et amoureusement décrite et parmi de nombreux édifices historiques. Ils partageaient les mêmes goûts poétiques très élevés.
    Sans exclure un sentiment d’infériorité tenace chez Hans (plus tard, la scène avec la mère), la distance semble abolie ou, du moins, réduite.
   
    Idéal intransigeant
   

    On comprend vite que ce roman avait pour but d’illustrer la possible réduction des barrières sociales au moment même où, non loin, les barbelés s’élevaient comme jamais. L’amitié est l’idéal qui devait construire, quelle que soit l’époque mais plus encore en ces moments tragiques, une passerelle entre les êtres, par-delà les classes, et qui avec l'appui d'une culture commune immense (comme aucune aujourd’hui, nulle part) aurait dû largement empêcher en amont l’ambition totalitaire et rendre strictement impossible la ségrégation puis l’élimination théorisée sous le nom de solution finale.
    Pour montrer que tout aurait dû être possible idéalement le narrateur [qui a sans doute tort d’assimiler le nazisme à des forces naturelles (son père employait des métaphores médicales aussi insuffisantes)] propose un cas emblématique : d’une part, une famille de Juifs peu croyants et presque totalement assimilés (cette nuance étant bien expliquée par le père) qui se vivent d’abord souabes (une région dont la beauté et l’art de bien vivre sont justement célébrés - sans parler des génies littéraires (Hölderlin, Schiller, Mörike, Hesse ou philosophiques (Hegel, Schelling)), puis allemands avant tout (le père s'est battu pour son pays, a été blessé deux fois et a reçu la Croix de fer de première classe), n’appréciant pas la thèse sioniste et pratiquant seulement une fois par an (le père est clairement agnostique) ; de l’autre, une famille noble qui ayant fait l’Histoire depuis des siècles pouvaient avoir une autorité et une aura que la scène à l’opéra avec Furtwängler et le président de la République révèle indiscutables.
    Et pourtant, malgré des conditions favorables, le rapprochement entre les deux jeunes amis ne put durer et les deux griffons de la grille des Hohenfels redevinrent vite de symboliques prédateurs. Ce qui éclaire crûment l'inéluctable. Dans l’école même (du côté de l’enseignant Pompetzki ou des camarades arborant la swastika et se montrant de plus en plus agressifs), les signes de l’emprise nazie se multiplièrent y compris aux yeux des plus confiants et c’est dans la bouche de la mère de Conrad que retentit le plus violemment la doxa antisémite.
   
   Réunion
   

    Quand Hans part en exil en janvier 1933 (plus tard, ses parents se suicideront pour éviter le camp d'extermination), date hautement significative, en même temps qu'un poème injurieux de deux de ses camarades, il reçoit une lettre de Conrad : tout en remerciant Hans de l’avoir initié au doute (tragique ironie), il adhère aux thèses d’Hitler et lui fait confiance pour être "parfaitement capable et désireux de choisir, parmi les éléments juifs, entre les bons et les indésirables."….
   

    L’épilogue qui raconte ce qu’est devenu le narrateur aux États-Unis réserve une surprise et explique soudain le titre anglais : Reunion. Il y aura fallu la mort. Héroïque.
   
    Ce n'était probablement pas le propos de Fred Uhlman, même si son témoignage indirect rappelle avec pertinence combien la connaissance de l’Histoire récente manquait à ces adolescents trop éloignés du présent ("l’école était un temple des humanités dans lequel les Philistins n'avaient jamais encore réussi à introduire leur technologie et leur politique.") comme à des parents victimes d’illusions (n’était pas Victor Klemperer qui voulait). La priorité qui ressort de ce texte émouvant est certes l'exigence mais celle qui doit l'emporter est l'exigence critique de toute une vie dans la transmission culturelle comme dans l'humanisme qui n'est jamais un donné invariable et homogène.

critique par Calmeblog




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