Lecture / Ecriture
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Derrière le masque de Louisa May Alcott

Louisa May Alcott
  Derrière le masque
  Secrets de famille

Derrière le masque - Louisa May Alcott

Manipulatrice
Note :

   Connue dans le monde entier pour son roman Les quatre filles du Dr March, l'américaine Louisa May Alcott nous offre avec Derrière le masque (1866) une intrigue beaucoup plus noire dont l'action se situe dans l'Angleterre victorienne du XIXe siècle. Le récit s'articule autour des manigances d'une jeune femme audacieuse et sans scrupules, Mademoiselle Jean Muir, qui se fait engager comme gouvernante dans une famille de riches aristocrates, les Coventry. Grâce à son charme et sa gentillesse, elle gagne les faveurs de tous, mais son comportement angélique cache une ambition dévorante qu'elle n'aura de cesse de satisfaire.
   
   L'intérêt principal de Derrière le masque réside dans son héroïne, Mlle Muir. Admirable comédienne, manipulatrice hors pair, psychologue née, elle utilise les faiblesses de chaque membre de la famille Coventry pour mieux le séduire. Sa persévérance est admirable : elle s'est fixée un but et utilise tous les moyens pour l'atteindre, prenant un par un dans ses filets les mâles de la famille. Bien que sournoise, Mlle Muir n'est pas totalement pervertie. Elle éprouve parfois des remords ou des élans de gratitude qui montrent qu'elle n'est pas si mauvaise et que son attitude est plus guidée par la volonté de se faire une place au soleil que par une réelle méchanceté. Elle exècre l'hypocrisie sociale et porte un regard lucide et ironique sur son environnement, ce qui en un sens la rend attachante.
   
   Malgré son intéressante héroïne, je ne qualifierais pas Derrière le masque de chef-d'oeuvre. La langue est agréable, mais il y a beaucoup de raccourcis dans le récit et certains passages auraient gagné à être plus étoffés. Cependant, la fin délicieusement immorale et la dernière réplique du livre, brillante, rehaussent le niveau.
   
   Derrière le masque constitue une lecture agréable même si je n'ai pas été complètement emballée. Il ravira néanmoins les adorateurs de l'époque victorienne.
   ↓

critique par Caroline




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Soupe à la guimauve empoisonnée
Note :

    Chère Louisa,
   
   C’est avec beaucoup de ressentiment que je t’écris cette lettre qui, je l’espère, n’entachera en rien notre belle amitié.
   Tu te souviens peut-être de l’époque où, enfant, je dévorai à maintes reprises “Les Quatre filles du Docteur March”, revivant toujours avec la même intensité, autant d’espoir, de chagrin et d’amusement chacune des scènes qui composaient un tableau si parfait. Jo était bien sûr ma petite préférée, son aînée m’exaspérait parfois avec ses airs de petite fille modèle – on eût dit Marie dans La Petite Maison dans la Prairie. La maladie de la petite sœur m’arrachait à chaque fois quelques larmes mais quoi qu’il en soit, tu restais à l’époque l’une de mes plus chères amies de papier et, chaque année, je retrouvais avec un plaisir toujours inégalé les quatre sœurs.
   
   Voilà quelques jours, j’ai découvert par hasard un de tes livres dans ma librairie. Trop heureuse de retrouver une amie oubliée, j’ai acheté, lu et adoré en un rien de temps tes “Secrets de Famille”.
   
   Encore toute émoustillée par ces retrouvailles inattendues, me voilà qui me précipite chez mon libraire pour me procurer “Derrière le masque”, espérant ainsi renouveler quelques jours le plaisir de te lire. De là mon mécontentement et ma lettre accusatrice.
   
   Par où commencer? Par l’histoire sans doute, du moins, «the plot». En refermant ce livre, je n’ai pas pu m’empêcher de me demander quel était le but de ces quelques 200 pages, qui du début à la fin, ne mènent pas à grand-chose. Deux ou trois hypothèses se présentaient à mon esprit – aucune d’elle n’étant franchement élaborée. Je ne me suis pas trompée car l’une d’elle s’est totalement réalisée, les deux autres partiellement. Le mystère dont tu entoures Mlle Muir est grotesque. Tu nous dis dès le début qu’il s’agit d’une fourbe, d’une arriviste. Le peu que l’on apprend sur elle gâche tout le plaisir de l’attente et ruine une fois pour toutes nos espoirs. Non, pas de chute dramatique, pas de bouleversement, pas de secret honteusement dissimulé pendant près de 200 pages.
   
   Quant aux personnages, malgré leur entrain, leur joie de vivre ou leur cynisme, aucun ne parvient à convaincre. Sans être caricaturaux, ils restent trop plats, trop fades pour éveiller l’intérêt. Sans parler de Mlle Muir, terrible caricature. Peut-être pourrait-on la comparer à Ambre, à laquelle j’avais déjà pensé en lisant “Secrets de Famille”. Mais là où Ambre est piquante et pleine de caractère, Muir n’est que le pâle reflet de l’horrible sorcière qu’elle devrait être en réalité.
   
   Impossible d’être convaincue car dès le début, les exagérations gâchent le texte, tandis que les libertés que prend la gouvernante sont totalement aberrantes et improbables. Bref, on est dans la farce, le théâtre, sans y être tout à fait. Sans l’humour et le goût du grotesque.
   
   Quant à l’éditeur qui compare ce livre à Dickens ou Collins, je m’interroge sur ses motifs – ou plutôt je les connais trop bien. Car ce livre ne soutient pas la comparaison.
   
   En résumé une lecture rapide et monotone qui a suscité ma curiosité dans l’espoir d’une fin grandiose. Le tout s’achevant sur un superbe flop. Une belle déception.
   Cela dit rassure-toi ma chère Louisa, je fais partie de ces lectrices perfides qui aiment gâcher le plaisir des meilleurs auteurs.
    Une fidèle lectrice fort déçue
    ↓

critique par Lou




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L’apparence et la réalité
Note :

   Recommandée par lady Sydney comme "une fille calme, accomplie, aimable, ayant grand besoin d’un foyer", Jean Muir, l’héroïne du roman, est une jeune gouvernante qui entre pour sa nouvelle place chez Mme Coventry, une aristocrate dont la fille Lucia, belle et discrète, est fortement éprise en secret de son cousin Gerald. Elle arrive au bon moment car tout le monde s’ennuie dans cette maison où vivent aussi la pétillante Bella, l’autre fille plus jeune et plus sympathique, et l’autre cousin, Edward, qui s’éprend très vite de la jeune gouvernante. D’ailleurs celle-ci séduit tout le monde sauf Lucia, très jalouse et Gerald, très méfiant. Attention cependant à l’eau qui dort: la jeune gouvernante n’a rien d’une fille sage!
   
   C’est un roman sur les riches et les pauvres, l’apparence et la réalité, l’amour idéal et désintéressé et l’autre dont on se sert comme tremplin pour s’élever dans la société. Je devinais facilement la suite au début, tout en craignant quand même toujours un peu de me tromper et surtout toujours prête à abandonner ma lecture si celle-ci m’ennuyait trop mais non, ça n’a pas été du tout le cas. Je me suis bien amusée à suivre ce que la romancière avait pu imaginer pour finir de cette façon sans rendre pour autant son héroïne antipathique. C’était un bon moment. Ce n'est peut-être pas un récit inoubliable mais un bon petit roman pour enlever les idées noires par exemple.

critique par Mango




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