Lecture / Ecriture
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Le temps gelé de Mikhaïl Tarkovski

Mikhaïl Tarkovski
  Le temps gelé

Le temps gelé - Mikhaïl Tarkovski

Dans la taïga
Note :

   Né en 1958 à Moscou, il est le neveu du réalisateur Andreï Tarkovski. Après des études de biologie il s'est installé dans la région de Krasnoïarsk en Sibérie. Le Temps gelé est son premier livre traduit en français)
   
   Une longue postface biographique confère aux huit nouvelles de ce recueil toute leur authenticité. Mikhaïl Tarkovski évoque sa vie de chasseur-trappeur au cœur de la Sibérie, près du fleuve Ienisseï.
   
   Comme autant de petits documentaires pris sur le vif, ces récits "bruts de décoffrage" donnent à imaginer l’immensité de la taïga et, malgré la rudesse du climat, la chaleur des rencontres. C’est un petit monde d’hommes, de solitaires, où l’on croise quelques rares femmes.
   Dans la taïga l’hiver éprouve hommes et animaux. Par moins 40° C "même le temps semble gelé" et "tout le monde attend la débâcle comme une fête". Solitaires, chacun dans sa cabane, les trappeurs posent des kouliomki, des pièges à zibelines, dont la fourrure est de bon rapport. Quand la solitude devient pesante, les motoneiges facilitent les réunions entre copains et "l’alcool libère les âmes", surtout lors de la fête de Noël : au village, allant de maison en maison, les chasseurs "boivent des coups" jusqu’à s’endormir ivre mort sur le motoneige comme Gochka dans la nouvelle éponyme. Ce sont des loups solitaires, attachés à leur liberté, leur indépendance, leur autonomie dans la taïga, "ce monde que l’on peut encore ordonner de ses propres mains". Ils n’ont que mépris pour les citadins ; lorsqu’une expédition zoologique s’installe dans leur secteur, ils accusent les scientifiques de "piller la taÏga".
   
   Certains, comme Petrovitch, sont mariés mais la vie de couple leur pèse et leurs épouses ne supportent pas longtemps leurs longues absences. Ces hommes aimeraient pourtant "partager la beauté environnante" avec quelque conquête. M. Tarkovski se souvient d’avoir aimé Tania, la biologiste, "jeune femme élancée", citadine, alors que "nos bonnes femmes ne sont pas aussi minces qu’à la télé". Il a connu l’amour fou avec celle qui "sentait la ville, l’été et le shampoing à la pomme". Mais elle n’avait fait que flirter... Nouveau rêve enfui... Mais il assume ; "faut pas attendre éternellement les hommes comme moi" ; toutefois les souvenirs de ces "instants restent comme des amers sur le fleuve immense" de la vie.
   
   Seule une septuagénaire édentée, sans famille, vit en cabane ; elle seule sait retenir les chasseurs : son sens de l’accueil sa gaîté sa sérénité — "un zour ze mourirai !" — réchauffent leur cœur sans rien exiger en retour.
   
   Une telle existence invite à la méditation, surtout à l’automne, car "alors nous voyons sourdre en nous une étonnante réceptivité à la nature, une mélancolie qui est un véritable don de Dieu".
   
   Authentique monde en soi, la taïga sibérienne envoûte ceux qui y ont toujours vécu. On songe alors aux textes de S. Tesson. Il n’est pas natif de Sibérie, pourtant elle exerce sur son imaginaire, depuis des années, une profonde fascination. C’est sans doute ce regard étranger, cette prise de recul, qui donnent à ses récits une profondeur que M. Tarkovski ne peut avoir. Ses nouvelles nous offrent cependant un agréable dépaysement.
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critique par Kate




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Huit petits textes
Note :

   Mikhaïl Tarkovski est né en 1958 à Moscou. Il est le petit-fils du poète Arseni Tarkovski et le neveu du célèbre cinéaste Andreï Tarkovski. Après des études de géographie et de biologie, il part en expédition avec des zoologues dans la région de Krasnoïarsk, où il décide de s’installer définitivement. En 1986, il suit les cours par correspondance de la faculté de littérature Gorki. Il commence par écrire de la poésie, puis des récits en prose et se consacre aujourd’hui à la littérature.
   
   Le Temps gelé est un recueil de récits se déroulant en Sibérie dans le village de Bakhta, situé au bord de la Bakhta, un affluent de l’Ienisseï, le plus grand fleuve russe. C’est ici, dans la région de Krasnoïarsk, que l’écrivain s’est installé depuis une trentaine d’années. Il y connait donc bien la région et ses occupants.
   
   En huit petits textes, Mikhaïl Tarkovski nous plonge dans cet univers clos mais fait de grands espaces où la rudesse du climat (l’hiver les températures font des chutes abyssales sous le zéro) est contrebalancée par la chaleur et l’humanité de ses habitants. Des personnages sympathiques comme tiota Nadia la mémé qui zézaie ou Nicolaï qui ne peut plus chasser et « sentait de tout son cœur usé qu’il perdait quelque chose d’essentiel, de vital. » Ici, être chasseur c’est être trappeur en quête de peaux d’écureuils ou de zibelines revendues au comptoir.
   
   Les animaux, la chasse et la pêche, la neige et la glace, et ce fleuve, commun à tous, colonne vertébrale et repère puissant, symbole de liberté. Une liberté chèrement acquise car peu de femmes supportent cette solitude et cet éloignement de la civilisation. Tant pis, on boira un bon coup avec les copains et la vie reprendra son cours, car « Tout le monde il boit, tout le monde il est content. C’est pas le bonheur, ça ? » Mikhaïl Tarkovski est attaché à sa cabane, « j’aime ma cabane, et tout ce que j’y ai vécu, tout ce que j’y ai pensé », ainsi qu’à la taïga, « ce monde que l’on peut encore ordonner de ses propres mains. »
   
   Les récits sont complétés en fin d’ouvrage par une postface (biographique et hommage à sa grand-mère), un glossaire des termes locaux et de cartes.
   
   Pour conclure on peut dire que c’est surtout bien écrit et que le lecteur passe un moment agréable et rafraichissant (sic !)… mais sans plus.
   
   
   « Par la porte entrebâillée Vaska voyait son partenaire assis devant le feu, son visage rouge aux joues tombantes, son chien Sery, qui était allongé à côté de lui, auquel Nikolaï disait quelque chose en grattant à travers sa fourrure le petit pli qu’il avait sur le front. Vaska savait que Nikolaï ne lui en voulait pas le moins du monde de sa jeunesse, et qu’il n’y avait pas de mots pour dire le flot de confiance et d’affection qui circulait de l’un à l’autre par l’entremise du chien qui somnolait. »

critique par Le Bouquineur




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