Lecture / Ecriture
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La légèreté de Emmanuelle Richard

Emmanuelle Richard
  La légèreté
  Désintégration

Emmanuelle Richard est une écrivaine française née en 1985.

La légèreté - Emmanuelle Richard

Adolescence de plomb
Note :

    "N'attend rien sans pouvoir s'empêcher d'attendre tout"
   

   Ne pas se fier au titre. La tranche de vie adolescente qui nous est contée ici a la légèreté du plomb. Une jeune fille de 14 ans, qui ne sera jamais nommée, est en vacances à l'île de Ré avec ses parents et son petit frère. Tous, sauf ce dernier qui conserve (pour combien de temps?) la naïveté et la fraîcheur de l'enfance, semblent à côté de la plaque. Les parents ont le désir de voir leur fille s'émanciper, lui reprochent un tas de choses (le plus souvent en silence, la communication est difficile dans la famille) elle, l'adolescente, veut bien faire, plaire, aimer, faire l'amour, être aimée, satisfaire papa maman, mais n'arrive pourtant qu'à être mal dans sa peau. Dans l'attente obsessionnelle que quelque chose se passe enfin dans sa vie elle fait paradoxalement tout pour que rien ne se passe... l'adolescente cumule les maladresses, elle est brusque, gauche, ne réagit jamais comme il faut au bon moment, n'accepte pas son corps et son visage qu'elle trouve affreux. La famille est "prolo", entend vivre comme si elle ne l'était pas, sans y parvenir (la scène au restaurant : pas de dessert, on n'a plus faim, est assez terrible... ) et la jeune fille en a honte. Une honte cuisante et cruelle. Elle aurait préféré le camping...
   
   Alternant un récit à la troisième personne et celui fait par la jeune fille, ce roman remarquable, à l'écriture à la fois moderne et littéraire (ça pêche peut-être un peu quand c'est l'adolescente qui raconte car c'est "trop" bien écrit, quoique...) m'a beaucoup émue et renvoyé pas mal de choses quant à ma propre période -ingrate- des 14-15 ans. Je ne crois pas qu'on puisse échapper à quelques réminiscences en lisant ce roman douloureux - quand ce ne sont pas des pans entiers de souvenirs qui vous sautent au visage- tant l'auteure fait preuve de justesse et d'acuité dans la description de cette ado tourmentée. J'ai été touchée au cœur, et j'ai trouvé tout cela infiniment triste...
   
   Quelques phrases qui font mal :
   "J'ai quatorze ans et demi et je suis vieille, et d'année en année ce sera pire, et je ne serai jamais légère"
   
   "A cet instant j'ai décidé que ce serait le premier été et qu'il ne pouvait en être autrement. Le premier été de quoi? Je ne savais pas encore"
   
   "Et si je restais laide, toujours?"

critique par Une Comète




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