Lecture / Ecriture
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Rancœurs de province de Carlos Bernatek

Carlos Bernatek
  Banzaï
  Rancœurs de province

Né en 1955 à Buenos Aires, Carlos Bernatek a été finaliste du prix Planeta en 1994 et premier prix du Fondo Nacional de las Artes en 2007. "Banzai" est son premier roman traduit en France.

Rancœurs de province - Carlos Bernatek

Inévitable violence
Note :

   Il existe plusieurs images de l’Argentine. Pour beaucoup, cet immense pays est celui de la Pampa et Buenos Aires la capitale mondiale du tango. Certes. Mais derrière ces images d’Epinal se cache une autre réalité que tout visiteur découvrira dès son arrivée ; celle d’un pays en faillite complète tant financière que politique, un monde où la pauvreté est omniprésente et où les petits payent le prix fort d’années de dictature puis de gabegie.
   
   Alors, forcément, la violence y est omniprésente et la solitude aussi. Deux données qui forment le matériau de base du dernier roman de Carlos Bernatek considéré comme l’une des figures de proue de la littérature argentine actuelle.
   
   Solitude que celle des deux personnages principaux dont nous allons suivre une courte tranche de vie parallèle. D’un côté, Poli, un mec un peu paumé que sa femme vient de mettre dehors à coups de lampe sur la tête alors qu’il venait de découvrir qu’elle le trompait depuis des années avec un notable du coin. Non content d’être désormais sans domicile, il perd également son travail, la crise rendant la poursuite d’activité de son employeur impossible. Du coup, il survit, dormant pour l’essentiel dans sa vieille camionnette avec laquelle il sillonne la campagne pour tenter de vendre en porte-à-porte des encyclopédies.
   
   De l’autre, Selva, une jeune femme sans formation particulière, ayant toujours eu une peur instinctive et viscérale des hommes. Elle vient d’abandonner un job mal payé pour un autre qui ne l’est guère moins mais qui lui laisse la perspective de vivre au bord de la mer, un peu en vacances, seule, sans homme et sans patron sur le dos.
   
   Chacun à sa façon va se trouver confronté à la violence d’un pays où, pour survivre, il faut savoir tricher, abuser de la naïveté des crédules, montrer ses muscles et menacer sans vergogne. Pour Poli, c’est en tombant sur une bande de pseudo-prêcheurs pour lesquels il va se mettre à vendre des bibles et du dentifrice qu’il va peu à peu comprendre les vraies règles d’un jeu auquel il n’est guère préparé. Pour Selva, ce sera par l’agression physique extrême, le traumatisme physique et psychologique subi ou infligé que la violence toquera littéralement à sa porte.
   
   Comment aimer simplement et sincèrement dans un tel contexte ? Du coup, Carlos Bernatek n’hésite pas à faire de la sexualité l’ultime forme de violence donnant lieu à des scènes éprouvantes dont il est impossible de sortir indemne. On sort sonné de ce roman construit comme un polar noir et qui illustre la face cachée d’un pays à la dérive.

critique par Cetalir




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