Lecture / Ecriture
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Déloger l'animal de Véronique Ovaldé

Véronique Ovaldé
  Déloger l'animal
  Et mon cœur transparent
  Ce que je sais de Vera Candida
  Le sommeil des poissons
  Toutes choses scintillant
  Les hommes en général me plaisent beaucoup
  Des vies d’oiseaux
  La grâce des brigands
  La salle de bains du Titanic
  Soyez imprudents les enfants

Véronique Ovaldé est une écrivaine et éditrice française née en 1972.

Déloger l'animal - Véronique Ovaldé

De l'autre côté du miroir
Note :

   Pour une fois que je trouve rapidement à la médiathèque un titre vu plusieurs fois sur les blogs! Je me suis précipitée dessus, telle la vérole sur le bas-clergé breton, et me suis lancée dans une lecture aussi désopilante que désarçonnante, aussi étrange que limpide.
   
   La couverture m'avait plu aussitôt: une interprétation d'Alice au pays des Merveilles, un de mes romans préférés, tout en douceurs pastels. Je me suis dit: il va y avoir de la traversée de miroir dans cette histoire! Eh bien, oui et non mais un passage de l'innocence de l'enfance au monde des grandes personnes et des vérités difficiles à admettre.
   
   Rose est une petite fille étrange: elle a 15 ans et en paraît 7, elle est obèse mais d'une finesse extraordinaire lorsqu'elle observe le monde de sa terrasse. Bien entendu, elle a des lapins! Rose est particulière, spéciale: on a l'impression qu'elle ne saisit rien dans la vie alors que ses monologues intérieurs sont d'une saisissante perspicacité et d'une intelligence aiguë. L'enveloppe recèle un véritable trésor de sensibilité.
   
   Rose a une très très jolie maman répondant au doux nom de Rose. Elle vend des bonbons, a une perruque blonde (ses cheveux ne sont plus, pour qui pourquoi? Mystère mais Rose invente de belles explications), des tenues qui pourraient être vulgaires mais qui « passent » portées par elle.
   
   Rose a un papa, énoooorme, qu'elle appelle « Monsieur Loyal ». Pendant un bon moment, le lecteur adhère à cette appellation... tant que durent les rêves de l'enfance.
   
   Rose a une imagination débordante et brode, brode, brode sans cesse sur les infimes gestes des adultes de son entourage et invente un passé à ses parents,de multiples explications au comportement maternel.
   
   Quand quittons-nous l'enfance? Lorsque nous quittons la mère ou lorsque la mère nous quitte? Telle pourrait être la question sous-jacente de ce roman particulier, entre drôleries et tragédies.
   
   Une lecture qui nous emmène, sans que nous y prenions garde, de l'autre côté du miroir: la vie imaginée et la vie vécue, deux bords de chemin sur lequel nous promenons nos guêtres, le coeur léger ou le coeur lourd, au rythme de la marche incessante vers le monde des limbes.
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critique par Chatperlipopette




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Merveilleuse, oui, et colorée, piquante, farfelue, et plus encore
Note :

   J'adore absolument ces romans où l'on se fait piéger, qui se révèlent tout autre chose que ce que la 4° de couverture peut en dire, ou les premières pages laisser supposer. Donc, baissez vos défenses, oubliez ce que vous pensez savoir ou deviner, et entrez dans l'histoire de Rose.
   
   15 ans, en paraissant 7, scolarité en institut spécialisé, une passion pour l'élevage des lapins sur le toit de son immeuble, une Maman à perruque et un père Monsieur Loyal dans un cirque, voici Rose, telle qu'elle se raconte.
   
    Sa meilleure amie a 65 ans, et lorsque Maman disparaît, peu à peu elle fissure l'imaginaire qu'elle prenait pour la réalité, qui pouvait nous décontenancer légèrement, pour tout recadrer dans le concret, quitte à écorner la poésie... Car Rose ne ment pas, elle construit à partir de ce qu'elle a entendu, supposé....
   
   Une petite merveille où de page en page on savoure, on apprécie en se félicitant de notre chance. J'ai absolument dégusté le personnage de Markus, ses réflexions, son environnement, je me suis souvent demandé comment Véronique Ovaldé pouvait exister sans que je n'en aie jamais entendu parler. Son écriture est drôle, touchante, sensible, profonde, bref, c'était LE roman de la rentrée 2005. Ruez-vous.
   166 p.
   Extrait : p. 144
   "Retournons à la caravane, dit-elle.
   Il avala sa salive.
   Il se dit, il faut que nous nous arrêtions en chemin, que je trouve un truc à fumer, que je puisse boire quelque chose de fort, que nous nous perdions en route, que la neige se remette à tomber, que nous soyons pris dans le blizzard, que son cinglé de frère surgisse, il faut que nous ne puissions pas atteindre la caravane, que nous fassions tous les bars du coin, qu’elle tombe, que je m’endorme brutalement sur le trajet, que je fasse un infarctus, qu’un nuage toxique s’abatte sur la ville, que se produise un grand incendie, que les Nord-Coréens attaquent, que ma mère débarque et me demande de l’aide pour sortir sa voiture des congères, il faut que je propose autre chose.
   Puis Markus s’est dit, putain j’ai jamais eu aussi peur."

   (avant le premier baiser ! )

critique par Cuné




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