Lecture / Ecriture
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Tout passe de Vassili Grossman

Vassili Grossman
  Vie et Destin
  Tout passe

Tout passe - Vassili Grossman

Après trente ans de camps
Note :

   Peut-être avez-vous lu le livre majeur de Vassili Grossman : "Vie et destin" dont le manuscrit fut confisqué par le KGB.
   
   Mais l'auteur a un autre livre à son actif, un roman que j’aime particulièrement et que j’ai relu tout récemment.
   
   Vassili Grossman fut un communiste convaincu jusqu’à la seconde guerre, là sa vision changea, il fut l’un des premiers à entrer dans Treblinka, puis il découvrit le massacre des juifs à Babi Yar où sa mère mourut.
   Lorsque après guerre l’antisémitisme stalinien se fit plus fort avec le procès des blouses blanches, Grossman change, prend la plume et dénonce.
   
   "Tout passe" c’est l’histoire d ’ Ivan Grigorievitch qui revient chez lui après trente ans de camps. Il fut un idéaliste mais il a depuis longtemps perdu la foi.
   
   Il est accueilli à Moscou par son cousin Nikolaï Andreïevitch qui ne lui a jamais fait un signe pendant trente ans.
   
   Nikolaï et sa femme Maria Pavlovna accueillent Ivan avec quelques réticences. Il faut dire que Nikolaï c’est l’homme des compromis, il a survécu à toutes les purges, il a vu le système broyer beaucoup d’hommes et de femmes autour de lui, c’est lui qui a signé (comme Grossman) des manifestes pour punir les traitres à la patrie, les vendus, il craint une société où le simple fait de penser met en danger.
   
   C’est la rencontre d’un homme terrassé par la peur, toujours prompt à obéir, et d'un homme qui pense que
   "l’histoire de la vie, c’est l’histoire de la violence invaincue, insurmontée. La violence est éternelle et indestructible. Elle se transforme mais ne disparait pas et ne diminue pas ...L’humain ne s’accroit pas en l’homme."

   prêt à tout pour vivre en liberté, pour parler.
   
   Vassili Grossman mêle le destin d’hommes et de femmes et nous dit ne pas voir de différence fondamentale entre le servage russe sous le Tsar et le fanatisme bolchevique qui fait plier les êtres.
   
   En un chapitre extraordinaire Vassili Grossman dresse le portrait de tous les Judas, tous ceux qui ont dénoncé, calomnié, trahi car pour eux l’état et le parti sont trop puissants pour ne pas être obéis.
   
   Des lâches ? des monstres ? ils n’ont pourtant jamais cessé d’aimer leurs proches, aimer la musique ou la littérature
   
   "Ces hommes ne souhaitaient de mal à personne mais toute leur vie ils avaient fait le mal".
   

   A la lecture de ce roman magnifique et terrible on comprend les paroles de l’auteur qui font penser à Stig Dagerman :
   
   "L’angoisse de l’âme humaine est terrible, inextinguible, on ne peut la calmer, on ne peut la fuir ; devant elle sont impuissants même les paisibles couchers de soleil champêtres, même le clapotis de la mer éternelle."

critique par Dominique




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