Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Oeuvres Complètes de René Char

René Char
  Oeuvres Complètes
  Correspondance (1946-1959)
  Fureur et Mystère

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Pour ceux qui s'intéressent à la vie de René Char: Ceci

Oeuvres Complètes - René Char

Un poète tourmenté
Note :

   J’ai découvert René Char il y a déjà un certain nombre d’années.
   
   C’est un poète comme je les aime : différent, dérangeant, aux rimes torturées, aux strophes parfois assez difficiles d’accès mais avec des sonorités qui ne permettent pas le doute quant à la qualité poétique de ses créations. On dit sa poésie abrupte, hermétique. Tout son travail résidait dans l'épuration de ses phrases jusqu'à les réduire à de fulgurants instantanés.
   
   Je laisserai à José Corti, éditeur, ce commentaire qui exprime tout à fait ce que je pense : « Char laboure. Il va droit, pesant de tout son poids sur les mancherons de sa charrue, pour faire rouler de chaque côté des versoirs luisants une terre vivante, grasse, riche et dont chaque motte révèle ce que cachent les herbes folles et les fleurs dont d'autres composent leurs bouquets. »
   
   Pour reprendre cette image, c’est vrai qu’il est plein d’herbes folles, Monsieur Char, herbes folles qui nous gratouillent, qui nous donnent des démangeaisons pénibles…
   Mais c’est vrai aussi qu’il va jusqu’au bout de ses pensées, qu’elles soient communes ou extravagantes. En vrai solitaire, il construit, fidèle à l’objectif qu’il s’est choisi, ce qui nous donne parfois des poèmes très travaillés (trop, disent certains).
   
    Il a appartenu peu de temps au mouvement surréaliste, avant de consacrer ses écrits à l’expression de son ressenti des événements de son époque : en 1937, son « Placard » est dédié aux « enfants d’Espagne », en 1946, « Les feuillets d’Hypnos » sont le reflet de son expérience de résistant ; de même, « Seuls demeurent » en 1945, « Poème pulvérisé » en 1947 et « Fureur et mystère » en 1948 sont de vraies chroniques de faits de guerre.
   En 1950, pour clore cette époque bousculée et bouleversante, « Les Matinaux » ont mission d’éveiller au sortir de la réclusion.
   
   Ses œuvres complètes contiennent non seulement des poèmes mais aussi des entretiens autour des poètes et de la poésie ( « N’oubliez pas que le feu d’artifice des poètes a toujours été tiré dans le cœur de ceux-ci, leurs ennemis du dehors et du dedans les ayant entourés d’une zone livide ») et trois piécettes de « théâtre saisonnier ».
   
   Quelques vers piochés au hasard :
   MASQUE DE FER : Ne tient pas qui veut sa rage secrète
    Sans diplomatie.
   ( le marteau sans tête- Arsenal 1927-1929)
   
   LA ROSE VIOLENTE : Oeil en transe miroir muet
    Comme je m’approche je m’éloigne
    Bouée au créneau
   
    Tête contre tête tout oublier
    Jusqu’au coup d’épaule en plein cœur
    La rose violente
    Des amants nuls et transcendants
   (le marteau sans tête- Arsenal)
   
   LA LIBERTÉ : elle est venue par cette ligne blanche pouvant tout aussi bien signifier l’issue de l’aube que le bougeoir du crépuscule .
   Elle passa les grèves machinales ; elle passa les cimes éventrées.
   Prenaient fin la renonciation à visage de lâche, la sainteté du mensonge, l’alcool du bourreau.
   Son verbe ne fut pas un aveugle bélier mais la toile où s’inscrivit mon souffle.
   D’un pas à ne se mal guider que derrière l’absence, elle est venue, cygne sur la blessure, par cette ligne blanche.
   ( fureur et mystère- seuls demeurent 1938-1944)
   
   BANDEAU DES MATINAUX : Premiers levés qui ferez glisser de votre bouche le bâillon d’une inquisition insensée- qualifiée de connaissance-et d’une sensibilité exténuée, illustration de notre temps, qui occuperez tout le terrain au profit de la seule vérité poétique constamment aux prises , elle, avec l’imposture, et indéfiniment révolutionnaire, à vous.
   (1950)
   
   BELLE ALLIANCE :
   Rapproche la marée de mes mains ;
   Le sel gris au vert s’électrise,
   Les étoiles traîne-sanglot,
   Ces glisseuses ont voulu leur chance :
   Haute mer déroulant mon linge,
   Bas soleil habillant ma mort.
   
   Dans les airs au rouge abandon, le neutre serait-il à l’aise,
   Ô soleil qui blanchis mon linge !
   (10 février 1981- Loin de nos cendres)

   

critique par Jaqlin




* * *