Lecture / Ecriture
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Être sans destin de Imre Kertész

Imre Kertész
  Être sans destin
  Sauvegarde: journal 2001-2003

Imre Kertész est un écrivain hongrois né à Budapest en 1929 et ayant survécu à Auschwitz et à Buchenwald.
Il s'est vu décerner le prix Nobel de Littérature en 2002

Être sans destin - Imre Kertész

Ecrire après Auschwitz, encore...
Note :

   Un jeune homme de quinze ans est arrêté à Budapest et déporté à Auschwitz puis à Buchenwald.
   
   Comme beaucoup de monde, j'ignorais jusqu'à l'existence d'Imre Kertész, écrivain hongrois, avant qu'il reçoive le Prix Nobel de littérature 2002. Les éditions Actes Sud n'avaient pas attendu cette soudaine renommée pour traduire et publier son œuvre en français et doivent aujourd'hui s'en frotter les mains. Dans «Être sans destin», qui est le premier volet d'une trilogie, Kertész raconte l'expérience des camps qu'il a lui-même connue.
   
   Auschwitz encore. Comment écrire après Auschwitz ? Question rebattue. Comment, surtout, écrire sur Auschwitz après ce que Primo Levi et Robert Antelme ont écrit sur le sujet ? Kertész fait la démonstration que c'est possible en adoptant un point de vue neuf, celui qu'il avait à l'époque, celui d'un adolescent peu au fait des choses de la vie et spectateur passif de ce qu'il vit.
   
    Pas question pour Kertész de prendre la parole au nom de la communauté juive : c'est dans le camp qu'il se découvre juif, juif rejeté par ses coreligionnaires d'ailleurs parce qu'il ne parle pas yiddish. Le narrateur regarde, subit, observe, survit, mais ne comprend rien à ce qui lui arrive. De ce point de vue, pour trouver un équivalent cinématographique, on est plus proche de Benigni que de Claude Lanzmann. Kertész ne fournit pas d'explication a posteriori : le lecteur ne sait pas plus que lui pourquoi il a pu miraculeusement échapper à la mort en étant bien soigné à l'infirmerie, pourquoi un médecin et un infirmier se sont attachés à lui. Il essaie d'expliquer à ses anciens voisins, lors de son retour à Budapest, qu'il n'a pas eu le sentiment de vivre l'horreur : "Puisque là-bas aussi, parmi les cheminées, dans les intervalles de la souffrance, il y avait quelque chose qui ressemblait au bonheur. Tout le monde me pose des questions à propos des vicissitudes, des "horreurs" : pourtant en ce qui me concerne, c'est peut-être ce sentiment-là qui restera le plus mémorable. Oui, c'est de cela, du bonheur des camps de concentration, que je devrais parler la prochaine fois, quand on me posera des questions."
   
   On comprend le fait que Kertész, dans son refus d'entretenir une vision purement manichéenne, dans sa célébration du bonheur de survivre, ait eu un mal fou à se faire publier et ait été mis au ban de la Hongrie communiste.

critique par P.Didion




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