Lecture / Ecriture
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Pêche de Emma Glass

Emma Glass
  Pêche

Pêche - Emma Glass

Mauvaise Pêche
Note :

   Rentrée littéraire 2018
   
    128 pages, le livre d'Emma Glass est court. Je trouve que c'est sa seule qualité. Pêche, c'est le nom de l'héroïne et je vais avoir beaucoup de mal à écrire une chronique de lecture. J'ai perdu. Perdu mon temps déjà, et je n'aime pas ça. Car Pêche a beau ne compter que 128 pages, il a fallu que je m'escrime pour ne pas le laisser tomber. Selon la quatrième de couv. ce roman fascine par son inventivité rythmique. Et ils ont raison chez Flammarion. Phrases courtes. Souvent un ou deux mots. "L'amour. Malheur. Mon malheur. Nulle compréhension. Mon corps cède." Désolé, je n'ai pas mordu à cette Pêche.
   
    Censé nous faire partager les affres de la jeune Pêche, victime d'agression sexuelle, le roman m'a ennuyé dès son incipit "Poisse épaisse poisseuse empoissant..." Joli travail de traducteur en passant mais sans intérêt pour moi. Tout le livre est à peu près consacré aux meurtrissures du corps de Pêche. Ceci est mon corps, semble nous dire Pêche, nous asséner serait plus juste.
   
    Emma Glass, très jeune Galloise dont c'est le premier roman, est actuellement infirmière à Londres dans un service de pédiatrie. Ceci explique sans doute cela. Certains lecteurs y verront éventuellement une langue vivante, charnelle et musicale (dixit la couv.). Je n'y ai guère vu que prétention et snobisme. La brièveté de ce billet me semble assez explicite.
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critique par Eeguab




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Assez brillant
Note :

   J’ai enfin terminé les examens pour les cours que j’ai suivis cette année. C’est une bonne chose de faite, même si ce n’est qu’un début (en tout cas je l’espère), puisqu’il faut bien que cela aboutisse à quelque chose. Mais en attendant, je peux reprendre un rythme de lecture normal et retrouver un peu de temps pour moi et mes loisirs. En fait, ce n’est pas vraiment le rythme qui posait problème mais les lectures : si j’avais rédigé des billets pendant la période de révision, vous auriez eu un billet par jour (voire plusieurs) mais avec des BD. Une fois ma disponibilité d’esprit retrouvé, j’ai commencé à lire les romans de la rentrée littéraire que j’avais repérés, dont celui-ci : Pêche de Emma Glass.
   
   Il s’agit d’un premier roman d’une auteure galloise, travaillant à Londres en tant qu’infirmière. Vous avez sûrement déjà dû lire des avis très contrastés sur ce livre, soit on aime, soit on n’aime pas, souvent à cause de la langue, parfois à cause des situations irréalistes ou des scènes insoutenables. Personnellement, j’ai trouvé le livre assez brillant pour la langue justement et pour la manière dont l’auteure nous fait ressentir la détresse de la jeune fille.
   
   Pêche est une adolescente tout ce qu’il y a de plus normal : elle a un petit ami, Vert, des amis, qu’elle rencontre à la cafétéria, fait de la natation. Ses parents viennent d’avoir un bébé et sont plus amoureux que jamais (quitte à être indécent pour leur fille). Sa vie bascule le jour où elle se fait violer, en rentrant de chez son petit ami, par un adolescent (?) Lincoln, qui dégage une affreuse odeur de saucisses. Son corps est meurtri, elle est déchirée et doit se recoudre seule, pour ne pas dévoiler son secret. Car oui, elle va tout garder pour elle, garder son secret. Ce n’est pas difficile vis-à-vis des parents car eux ne veulent rien voir : ils sont dans leur bulle d’amoureux. Le petit-ami, les amis, un professeur voient tous, dès le lendemain, qu’il y a un problème car Pêche grossit de manière anormale, de plus en plus.
   
   C’est la force du roman d’Emma Glass. Tout passe par le corps et les sensations. Plus que de longues descriptions psychologiques, c’est la description des sensations (de la peur, de l’angoisse) qui vont nous faire nous approcher un peu de la jeune fille. Dans cette optique, et dès le début, j’ai interprété la masse dans le ventre de Pêche, non comme un bébé mais comme le poids du secret, un secret qui l’empêche d’avoir des relations normales avec ses amis, qui l’empêche de plus en plus d’agir comme auparavant. En traitant le sujet de cette manière, l’auteur ne pouvait pas finir de manière "réelle" et pour moi la fin tire plus vers la métaphore. J’avoue me poser encore des questions sur la dernière page : est-ce que la masse était un bébé ou non ? Est-ce que je me suis trompée ? Il faudrait relire car il y a un test de grossesse négatif tout de même. Je suis intéressée par votre avis si vous avez lu le roman.
   
   De la même manière (c’est plus anecdotique), Pêche a une très belle peau (très douce), Vert a de long bras (un peu un corps de légume en fait), les amis s’appellent Patate (il est tout rond bien sûr) et Sable (pas très solide en face d’autres personnes), le professeur est Mr Mélasse (très collant en plein soleil). C’est la première fois que cela m’arrive mais je n’ai pas vu, pendant ma lecture les personnages avec corps, tête, jambes et bras mais uniquement par la caractéristique dont les affuble l’auteure (le moment où Vert et Patate se disent bonjour est un très beau passage). Seule Pêche était incarnée en tant que personne à mon sens. C’est intéressant car finalement, l’auteure arrive à nous faire comprendre le monde à travers les yeux de la jeune fille puisqu’on est dans son imaginaire. C’est pour cela que je vous parlais d’un livre plutôt brillant.
   
   Pour ce qui est de l’écriture, je parlerais d’une écriture vive, alerte, rapide, joueuse, imaginative mais qui peut être fatigante à la longue (surtout si on n’a pas le temps de se plonger dans le livre) ou paraître factice. Personnellement, j’ai tout de suite aimé car je suis friande d’écriture avec des jeux de mots, avec une suite logique d’idées très rapide. Le premier paragraphe donne une bonne idée de la virtuosité de l’écriture (il faut admirer le travail du traducteur) :
   "Poisse épaisse poisseuse empoissant la laine lourde engluée dans les plaies, mes pas pressés ravaudant ma peau fendue, ma mitaine humide raclant le mur. Briques rouges rêches déchirant la laine. Déchirant la peau. Peau rêche rouge. Tête rêche rouge. Je grimace en ôtant le gant plucheux, la laine lacérée érafle mes doigts meurtris. Il fait nuit. Le sang est noir. Sec. Grince grinçant grincement. Le relent de gras grillé m’obstrue les narines. Je porte mes doigts à mon visage, essuie le gras. Il colle à ma langue, glisse dans ma glotte, coule sur mes dents, mes joues, goutte au fond de ma gorge. Je vomis. Le vomi est rose au clair de lune. Charnu. Gras. Je m’appuie contre le mur, ferme les yeux. Ravale ma bile. Goût de chair. De viande. Je vomis encore. Mes yeux dansent. Éclairs roses. Retour au noir. Le corps racle la brique. Je vois noir. Noir poix. Gras. Mes paupières sont grasses. Enflées. Noires et gonflées par les gifles. Graissées par les gluantes saucisses de ses gros doigts. Sa voix violente me vrille les oreilles. Ferme les yeux. Ferme les yeux et ouvre ta – ferme-les. Ferme-les. Ferme-les."
   

   Un autre passage, moins virtuose mais plus représentatif du roman :
   
   "J’ouvre la porte de la cuisine et jette un œil. Ils me sourient exagérément. De grands yeux. Énormes. Fixes. J’essaie de sourire. Je m’assois à côté de Papa. Sur l’assiette, devant moi, des légumes. Verts et jaunes. Des pâtes. Jaune clair. Couleurs. Pas de rose. J’ai faim. Ça a l’air bon, dis-je à Maman. Elle sourit. Elle observe. Elle veut me voir manger. Alors je mange. Lentement. Je coupe le maïs. Coupe les haricots. Enroule les pâtes autour de la fourchette. En tournant. Je les mets dans ma bouche. Mâche. Papa enfourne les spaghettis dans son sourire. Je ne sens pas leur viande. Nous mangeons. Je suis pleine. Je bois de l’eau. Je la sens stagner dans mon estomac saturé. Ça clapote quand je me lève pour aller dans l’autre pièce."
   

   En conclusion, une excellente découverte dans mon cas, et qui promet pour les prochains romans de cette auteure.

critique par Céba




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