Lecture / Ecriture
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La vraie vie de Adeline Dieudonné

Adeline Dieudonné
  La vraie vie

La vraie vie - Adeline Dieudonné

Récit d'une lutte
Note :

   Rentrée littéraire 2018
   Prix du roman Fnac 2018
   
   "La mort habitait chez nous. Et elle me scrutait de ses yeux de verre. Son regard mordait ma nuque, se délectait de l 'odeur sucrée de mon petit frère."
   

   Attention, bombe émotionnelle !
   
   Dans un lotissement jouxté par le bois des Petits Pendus (tout un programme), vit une famille qui se donne l'apparence de la normalité: deux parents, deux enfants dont l'aînée, la narratrice, aime et protège son petit frère.
   
   En effet, dès l'incipit, le ton est donné : "A la maison, il y avait quatre chambres. La mienne, celle de mon petit frère, Gilles, celle de mes parents et celle des cadavres." C'est là que le père, tyran domestique, entrepose les trophées de chasse les plus divers, dont une hyène particulièrement effrayante. Cet animal deviendra ainsi la métaphore du mal qui, à la suite d'un choc traumatique, fera basculer Gilles dans un univers où les émotions auront disparu. Dès lors, la narratrice se donne une mission en apparence impossible: effacer cette vie qu'elle considère comme une mauvaise branche pour sauver son frère.
   
   Nous la suivrons donc au fil de cinq années, où, avec une volonté farouche, elle va progressivement se donner les moyens de changer le présent. Dotée de grandes capacités scientifiques, elle analyse lucidement la situation, d'un œil quasi clinique: sa mère est une amibe qui a pour seule fonction d'avoir peur de son mari. Quant au père , "Son goût pour l’anéantissement allait [l']obliger à[ se ]construire en silence, sur la pointe des pieds."
   

   Adeline Dieudonné ne ménage pas nos nerfs, maîtrisant son récit d'une main ferme, tout en le dotant d'une écriture à la fois imagée et efficace. On tremble, on frémit, on a la gorge serrée devant cette héroïne qui se construit à la fois physiquement, psychologiquement et émotionnellement, refusant farouchement de devenir une victime.
   
   Un premier roman que j'ai trimballé partout avec moi le temps de sa lecture, un objet compact dont la couverture rend parfaitement l'idée de huis-clos et de menace animale. Une réussite époustouflante. Et zou sur l'étagère des indispensables !
    ↓

critique par Cathulu




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Naissance de la violence
Note :

   La narratrice a dix ans, elle habite dans un lotissement de pavillons gris alignés comme des pierres tombales. Son frère Gilles a six ans, "Gilles, je l'aimais d'une tendresse de mère. Je le guidais, je lui expliquais tout ce que je savais, c'était ma mission de grande soeur. La forme d'amour la plus pure qui puisse exister. Un amour qui n'attend rien en retour. Un amour indestructible."
   

   Son père n'aime pas son travail, il aime la chasse, la télé et le whisky. Dans la chambre des cadavres, il a entassé tous ses trophées, des animaux empaillés. Sa mère aime ses chèvres et le jardinage, elle a peur de son père. Elle ressemble à une forme de vie primitive, unicellulaire, translucide, une amibe. “Elle a souri un peu, sa tristesse est partie faire un tour dehors.”
   

   Le père cherche en permanence une raison pour cracher toute sa colère, le visage de la mère porte les traces de cette colère. La jeune fille assiste avec son frère à un terrible accident, depuis Gilles reste silencieux, comme s'il ne vivait plus, il ne ressent plus rien, sa machine à fabriquer les émotions s'est cassée. Son joli sourire pue la mort. Alors elle décide de construire une machine, pour voyager dans le temps, pour revenir en arrière, pour sauver son petit-frère.
   
   Devenue adolescente, elle comprend que désormais elle est devenue une proie comme sa mère. “Et puis, cette année-là, mon corps avait beaucoup changé. Tout s'était arrondi. Mes seins, bien sûr, mais aussi mes cuisses, mes hanches, mes fesses. Je ne savais pas trop quoi faire de tout ça. Je n'y prêtais pas trop attention. Mais je voyais bien que le regard des autres changeait en même temps que mes formes”. Son père s'attend à ce que comme sa mère, elle soit une enveloppe vide, dépourvue de désir. Mais il ne sait pas qu'à l'intérieur d'elle vit une bête, une bête qu'il vaut mieux ne pas approcher. “Mes parents n'ont rien vu. Mon père était trop occupé à commenter la télé à ma mère et ma mère était trop occupée à avoir peur de mon père.”
   

   Un premier roman qui m'a étonné, l'écriture douce, poétique et tendre portée par l'imagination d'une fille de dix ans, devient irrespirable et d'une violence inouïe quand le récit sombre dans l'horreur des violences familiales. Adeline Dieudonné nous décrit avec une grande maîtrise la transformation d'une fillette intelligente, sensuelle, courageuse, dure à la douleur, passionnée de physique elle rêve d'être Marie Curie et qui va devenir une bête féroce pour survivre et redonner le sourire à son petit frère.
   
   Il y a des romans qui vous marquent profondément, pour ma part “La vraie vie” en fait partie par la force du personnage de cette jeune fille et par la façon originale dont l'auteur aborde le thème difficile de la violence conjugale.
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critique par Y. Montmartin




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Roman adulte (et young adulte ?)
Note :

   C’est l’histoire de l’amour absolu d’une grande sœur pour son petit frère et qui se fait la promesse de le sauver de la violence.
   
   Dans un territoire rural entre deux, un désert culturel, une mère "amibe" et un père cruel, le pouvoir de l’imagination, la nature, l’amour des animaux, le destin de Marie Curie, l’apprentissage de la physique quantique donnent la force à la jeune fille d’affronter la bête.
   
   Car c’est en guerrière qu’elle se dresse, en femme qui se libère de l’oppression, qui s’affranchit de la morale. Comment ? C’est là que réside toute la puissance de ce récit
   
   Plusieurs scènes, dont une dans les bois digne d’un Hunger Games, vous laisseront le souffle court.
   
    Tout nos sens sont sollicités dans ce roman, on est sur la brèche, en éveil, car il réunit la symbolique du conte et la dramaturgie antique.
   Premier roman.
    ↓

critique par Nathalire




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Tout le monde en parle...
Note :

   Le problème d’un roman dont tout le monde parle et que tout le monde encense est que l’horizon d’attente est forcément immense. Et que le risque c’est que la déception soit au bout du chemin… Ce fut mon cas pour "La vraie vie", prix du roman Fnac, retenu par les jurées Elle pour la sélection d’octobre et plébiscité un peu partout. J’ai beau chercher sur le net, je n’arrive pas à trouver une critique négative ni même réservée et pourtant…
   
   Certes, ce roman est bien écrit, il se lit très vite et est prenant. Mais si noir et si glauque, si oppressant, que j’ai tout de même ressenti beaucoup de malaise à sa lecture. Et je ne l’ai pas trouvé si original que cela… Manquant même parfois de profondeur. J’ai l’impression d’avoir déjà lu d’autres romans de ce type, bien plus aboutis. Sans compter quelques facilités dans le dénouement, même si jusqu’à la fin le suspense demeure.

critique par Éléonore W.




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