Lecture / Ecriture
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La guérilla des animaux de Camille Brunel

Camille Brunel
  La guérilla des animaux

La guérilla des animaux - Camille Brunel

Choc et… malaise
Note :

   Rentrée littéraire 2018
   
   Où?
   Le roman se déroule dans plusieurs endroits du globe, d’abord en Inde, à Udaipur, dans le parc de Ranthambore puis à Ucluelet, au large de l’Alaska, en Afrique, mais aussi à Paris et Brasilia, sans oublier La Réunion, le Vietnam, le Kirghizistan, la Tanzanie, Bornéo, le Swaziland ou encore l’Amazonie.
   
   Quand?

   L’action se situe dans un avenir proche et jusque vers 2045.
   
   En deux mots:
   Isaac en a assez de militer pour la sauvegarde des animaux. Puisque rien n’est fait pour enrayer l’extinction des espèces, il va tuer les tueurs. Le meurtre de braconniers est le début d’une spirale infernale qui provoque une onde de choc. Mais le combat est loin d’être gagné.
   Camille Brunel nous offre un premier roman militant, centré autour d’un défenseur acharné des animaux, qui choisit l’action violente pour secouer les consciences. Choc et… malaise.
   
   Ma chronique :
   Disons d’emblée, ce roman ne va pas tarder à vous mettre mal à l’aise, que vous soyez un ardent défenseur de la cause animale ou non. Nous projetant dans un avenir proche, il s’ouvre sur une scène choc: venant d’assister au massacre d’un tigre par des braconniers dans le dans le parc de Ranthambore en Inde, Isaac Obermann prend son fusil et perfore « le thorax de la chasseuse en un premier coup de feu qui excita les chauves-souris. Le temps que le second chasseur comprenne ce qui venait de se passer, il était touché aussi; que le troisième comprenne ce qui venait de se passer et saisisse son fusil, son corps s’effondrait sur celui du tigre… »
   
   Assassiner ainsi de sang-froid des assassins d’animaux, ce n’est que justice pour ce militant qui fait le constat que toutes les actions politiques menées jusque-là ont été vaines, que les espèces animales sauvages continuent de s’éteindre, que les abattoirs continuent à tourner à plein régime. Et qu’il convient dès lors de tuer les tueurs partout où ils sévissent.
   
   La croisade meurtrière qu’il entame va le mener sur tous les continents. Avec les Sea Shepherd il va s’attaquer à un baleinier japonais sur une île d’Alaska et parviendra à s’enfuir après avoir tué tout l’équipage. Et même s’il ne fait pas des émules partout sur la planète, son discours commence à être entendu. On l’invite à Paris pour une première conférence. Il trouve des soutiens financiers – on murmure même que Hollywood serait derrière les millions qui se déversent – et poursuit sa guerre en Afrique, en Asie, en Europe. Il se radicalise de plus en plus, entraînant avec lui des idéalistes illuminés – Polly, sa compagne du moment, ne va pas hésiter à se sacrifier elle-même – et creuse le fossé avec les «raisonnables», parmi lesquels son père qui ne veut pas croire que son fils soit devenu un assassin. Leur ultime rendez-vous sera l’occasion de dire clairement les choses: « On a trop longtemps considéré que les crimes contre l’humanité ne visaient que les humains, alors que les massacres de loups, de bovins, de baleines, constituent des crimes contre l’humanité aussi – ce sont des portraits d’homo sapiens en trou béant, sans regard, l’âme crénelée tout juste bonne à égorger ce qu’elle rencontre. Je l’attaquerai sans relâche. On ne m’aimera pas. Tu ne m’aimeras plus. Je ne vais pas me tuer, mais ma vie est finie. Voilà, c’est ce que je suis venu te dire. »
   

   À Brasilia, à l’occasion d’une nouvelle conférence, il va réussir à faire bouger les lignes. Puis tout va s’emballer jusqu’à devenir totalement incontrôlable. Le roman devient alors une dystopie qui, aux alentours de 2045, va déboucher sur une terrible catastrophe.
   
   Camille Brunel a le mérite, au moment où chacun prend conscience que les promesses des sommets pour la planète restent des vœux pieux, de réveiller les consciences et de poser les questions qui dérangent. Mais son combat n’est-il pas perdu? Le pessimisme du capitaine du bateau qui le conduit en Alaska ne serait-il pas un douloureux réalisme: « Ne répète à personne ce que je vais te dire, mais écoute-le bien: la vie sauvage n’est pas en train de s’éteindre, elle est éteinte. Il y a deux cents ans, la biomasse de la Terre était majoritairement constituée de vie sauvage. Bisons plein le Midwest, phoques sur le littoral français, oiseaux dans les villages de Bali… Cette vie sauvage constitue désormais l’exception. On ne se bat plus pour la restaurer – pour ça il faudrait des siècles, et des forces telles qu’elles ne sauraient dépendre de notre piètre désir de bipèdes – mais pour en retarder l’extinction. À l’échelle de la vie sur Terre, c’est comme si l’espèce humaine était déjà seule, et les forêts toutes mortes. Dans une cinquantaine d’années, maximum, ce sera officiel. »
   
   Voilà en tout cas un roman qui résonne comme un signal d’alarme strident.

critique par Le Collectionneur de livres




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