Lecture / Ecriture
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Le vampire de Ropraz de Jacques Chessex

Jacques Chessex
  Le vampire de Ropraz
  L'économie du ciel
  Incarnata
  Un Juif pour l’exemple
  Le dernier crâne de M. de Sade
  L'interrogatoire
  La Mort d’un juste

Jacques Chessex (prononcer Chessê), est un écrivain suisse né en 1934. Il a principalement écrit des poèmes et des romans et a obtenu le Prix Goncourt en 1973 pour "L'ogre". (Il est le seul écrivain suisse à avoir reçu le Prix Goncourt)
Il a également reçu le Prix Jean Giono en 2007.
Il a succombé le 9 octobre 2009 à un malaise cardiaque dans une bibliothèque publique suisse alors qu'il répondait à une personne qui lui reprochait son soutien à Roman Polanski récemment incarcéré dans ce pays.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Le vampire de Ropraz - Jacques Chessex

Sinistre vampire...
Note :

   Février 1903. Nous sommes dans la commune de Ropraz en Suisse, en plein cœur de l’hiver. Une série de profanations de tombes de jeunes filles va réveiller de vieux démons, de vieilles croyances et autres superstitions venues d’un autre siècle.
   
   Ces corps, mis en terre la veille, sont retrouvés au matin, les membres à moitié dévorés, la tête arrachée, scalpés, les organes mâchouillés et recrachés…Les traces de sperme et de salive indiquent, s’il le fallait, le caractère pervers de celui que l’on va nommer le Vampire de Ropraz.
   
   Le soir, la neige qui recouvre tout feutre le moindre bruit. La peur s’installe ne laissant place qu’au silence dans ces contrées reculées et éloignées de tout… Avec la nuit arrivent les frayeurs. Les moindres craquements de vieilles poutres sont suspects, on ressort les crucifix, les gousses d’ails, les chiens sont lâchés, les fusils sont armés, les haches à portée de main. Mais rien n’y fait… Le monstre est introuvable et continue à sévir.
   
   Il faut un coupable. Viendront alors les médisances, règlements de comptes en tous genres. On s’épie, dénonce, montre du doigt. On traque l’étranger, le valet de ferme un peu simplet, bohémiens et autres tziganes….Et puis il y aura Favez.
   
   Ce roman qui est tiré d’un fait réel, nous entraîne dans les méandres de l’horreur, de l’abomination, de la plus pure folie meurtrière. Atmosphère glauque, ambiance rurale sinistre, digne des plus grands films du genre épouvante. La descente est rapide, direction l’enfer. L’auteur qui exploite ce fait divers de l’époque et qui habite le village de Ropraz, tisse là une histoire percutante mais où la fin peut surprendre.
   
   A découvrir pour les fans du genre.
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critique par Patch




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Œuvre de sociologue
Note :

   Après ma lecture de "Un Juif pour l’exemple", je savais que j’allais relire Jacques Chessex. L’homme médiatique ne me plaît pas beaucoup, mais son écriture est vraiment saisissante, très belle, comme le montrent les premières pages de ce court roman que l’on peut lire ici. Elles décrivent avec une précision aussi poétique qu’assassine les moeurs désolées du Haut-Jorat vaudois au tout début du XXe siècle: misère intellectuelle et sexuelle qui ne pouvait qu’engendrer des crimes aussi terribles que ceux rapportés ici.
   
   En ce glacial mois de février 1903, une jeune fille de vingt ans a été enterrée. Peu de jours après, sa tombe est ouverte et son corps profané de manière ignoble: violé, tailladé et même dévoré par endroits. La presse du monde entier se fait l’écho de ce crime qui se répète par deux fois à quelques semaines d’intervalle. La population s’émeut, les esprits s’échauffent mais les recherches restent vaines. Un homme pourtant est bientôt arrêté, puis relâché faute de preuves, puis arrêté à nouveau, en flagrant délit de viol, d’une femme bien vivante toutefois. Le coupable présumé s’appelle Charles Augustin Favez, une vingtaine d’années, parfait représentant d’une population dégénérée. Violent, quasi abruti, coupable de bestialité sur les vaches de son patron, peut-être devint-il nécrophage et nécrophile, Jacques Chessex n’est pas totalement affirmatif.
   
   Le plus intéressant n’est en effet pas de savoir si Favez était bien le vampire de Ropraz. Si, comme il le fera pour "Un Juif pour l’exemple", Jacques Chessex plonge dans les annales sordides de son pays, ça n’est pas pour faire la lumière sur des crimes odieux mais bien, me semble-t-il, pour faire œuvre de sociologue, pour analyser le passé de son pays, décrire des pratiques pour comprendre des populations. Car coupable ou pas, Favez fut avant tout “la victime d’une ruralité misérable“, d’une région où “l’alcool, l’inceste et l’illettrisme sont des plaies ataviques“. Violé et battu dès son plus jeune âge, qu’est-ce que Favez pouvait espérer de la vie? Quelle place le Haut-Jorat réservait-il à sa victime? Car si Chessex dénonce les crimes odieux et les corps profanés, il exprime également sa compréhension voire même sa compassion car Favez n’est pas né monstrueux, il l’est devenu.
   
   On pourra reprocher à Chessex de ne pas avoir écrit un roman; de fait, ce livre tient plus de la chronique. C’est à mon avis le style qui convient à cette histoire vraie, les faits parlant d’eux-mêmes sans qu’il y ait besoin de rajouter une part de romanesque ou d’imaginer la psychologie de certains personnages. Et aussi insupportables que soient certaines descriptions, on lit ce texte qui capte la curiosité morbide du lecteur écoeuré et pourtant captivé.
    ↓

critique par Yspaddaden




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Roman? Faits divers, plutôt!
Note :

   On nous dit ceci en quatrième de couverture: « A partir d’un fait réel, Jacques Chessex donne le roman de la fascination meurtrière.» Roman? Ce très court ouvrage me semble plutôt une interprétation personnelle à l’auteur de crimes commis début du 20ème siècle, à Ropraz, entre Jura et canton de Vaud, par celui qu’on appelât «le vampire de Ropraz». Jamais vraiment élucidées, ces abominations ont bien marqué le pays à l’époque. Des cadavres de jeunes femmes fraîchement enterrées, déterrés et profanés, conduisent les autorités à inculper et condamner un dénommé Favez, garçon de ferme convaincu de zoophilie. L’intérêt d’un psychiatre pour l’individu en question et son cas conduira à l’interner plutôt que l’enfermer et ces circonstances lui permettront de s’évader et de rallier… la Légion Etrangère pendant la Première Guerre mondiale. A cette occasion, Jacques Chessex ira très loin dans les supputations, mais laissons un peu de suspens tout de même !
   
   L’intérêt de Jacques Chessex pour cette vieille histoire fut manifestement provoqué par son emménagement en ces lieux:
   «Quand je suis venu habiter Ropraz, en mai 1978, la tombe de Rosa Gilliéron était encore intacte dans l’allée du cimetière que longe le chemin de ma maison. C’était une dalle de grès sur laquelle se dressait une colonnette en marbre blanc cernée de roses en cuivre noirci, qui portait le nom et les dates de la morte. La petite colonne était tronquée, pour montrer la brièveté d’une vie trop tôt interrompue, désormais tragique, dans la fleur de la pure promesse.

   
   
   
   Quant à la manière de présenter cette région, nul mieux que lui ne peut le faire, d’autant que la situation reculée de ce secteur participe de ses hypothèses:
   «Ropraz, dans le Haut-Jorat vaudois, 1903. C’est un pays de loups et d’abandon au début du vingtième siècle, mal desservi par les transports publics à deux heures de Lausanne, perché sur une haute côte au-dessus de la route de Berne bordée d’opaques forêts de sapins. Habitations souvent disséminées dans des déserts cernés d’arbres sombres, villages étroits aux maisons basses. Les idées ne circulent pas, la tradition pèse, l’hygiène moderne est inconnue. Avarice, cruauté, superstition, on n’est pas loin de la frontière de Fribourg où foisonne la sorcellerie. On se pend beaucoup, dans les fermes du Haut-Jorat. A la grange. Aux poutres faîtières.»
   
   
   Plus qu’un roman, c’est un acte d’enquêteur, de journaliste sur une affaire qui défrayât la chronique suisse, et l’interprétation principale de l’auteur. Le doute planera toujours, mais…
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critique par Tistou




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Croyez-vous aux vampires ?
Note :

    Jacques Chessex y croyait peut être
   
   C’est à la suite de mon billet sur le roman de Ramuz "La grande peur dans la montagne " que j’ai parlé du livre de Jacques Chessex. Même si le récit est assez différent, les deux romans ont des points communs.
   
   Ce livre je l’ai en fait écouté et je vous assure que ce type de roman passe très très bien pour une lecture audio.
   
   Nous sommes en terre vaudoise, à Ropraz, le village où J. Chessex a fait construire sa maison et nous raconte un fait divers bien réel.
   
   En 1903 la tombe d’une jeune fille décédée à 20 ans est retrouvée profanée. C’était Rosa Gilliéron la fille du député local. Le cadavre a été mutilé sexuellement et le cœur a disparu.
   
   Imaginez l’effet de cette découverte sur un monde rural en proie aux superstitions les plus folles, une terre où la violence dans les familles est entretenue par l’alcool, un village où la cruauté l’emporte parfois sur le sordide.
   
   Le journal de Lausanne parle immédiatement du "Vampire de Ropraz" la panique s’empare des villages du canton, très vite cela tourne à l’hystérie collective.
   
   Peur, méfiance, haine, délation, toute la panoplie est là, tout est près pour que l’on trouve un bouc émissaire d’autant qu’il y a deux nouvelles victimes.
   
   Comme d’habitude dans ce cas là, c’est le plus incapable de se défendre qui est montré du doigt. Un garçon de ferme pas très malin, aux pratiques sexuelles discutables, le profil parfait du coupable.
   
   La sanction tombe : réclusion à perpétuité en hôpital psychiatrique.
   
   Cette histoire sombre est captivante, le texte très dépouillé, très prenant. La folie collective est remarquablement évoquée, la justice qui se met en branle est parfaitement rendue, la façon qu’à Chessex de nous livrer les secrets les plus noirs fait de ce livre un excellent moment de lecture. Il est un adepte des contes et légendes et nous avec lui.

critique par Dominique




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