Lecture / Ecriture
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Le Château de la licorne de Iris Murdoch

Iris Murdoch
  La mer, la mer
  Les demi-justes
  Le message à la planète
  Le Château de la licorne
  Le Prince noir

Iris Murdoch est une écrivaine britannique née en Irlande en 1919 et décédée en 1999.

Le Château de la licorne - Iris Murdoch

Un aspect tragicomique...
Note :

   Roman acheté, il y a plus de vingt ans que j'ai enfin lu!
   
   Dans un manoir hanté sur une côte irlandaise sauvage, Hannah vit recluse mystérieusement entourée de serviteurs qui sont autant de geôliers.
   
   c'est ce que constate Marian, qui vient d'être engagée comme répétitrice de français auprès de Mrs Green-Smith (Hannah) qui vit dans une sombre demeure isolée qu'entourent un jardin aux grilles défensives, un marécage mortifère, une falaise imposante, un vieux dolmen à l'air menaçant, et l'océan avec ses lames de fond.
   
   Un certain Gerald s'occupe des affaires d'Hannah ainsi que d'elle en personne, d'une manière singulière. Protecteur, sournois, trop plein de sollicitude. D'autres protagonistes jouent le même rôle auprès de la belle jeune recluse.
   
   Et il n'y a pas d'enfant ! Marian découvre que, loin d'être répétitrice, elle sera dame de compagnie d'Hannah. Une appréhension la saisit. Son penchant immédiat pour la maîtresse des lieux qu'elle s'avoue en partie, lui donne envie de savoir pourquoi elle mène cette existence en huis clos et craignant de sortir.
   
   Lorsque Marian apprend quelque vérité sur Hannah, elle brûle de la faire évader, même contre son gré.
   
   En effet, Hannah, victime d'un mariage qui se révéla vite une mésalliance, aurait poussé son mari du haut de la falaise, sept ans plus tôt. Et serait depuis sous bonne garde, grâce à des "amis" de ce mari, que Marian imagine terrifiant, et dont les occupants du manoir craignent le retour.
   
   Cependant Hannah a eu un amant qui vit encore dans le manoir d'en face, à ½ heure de là en voiture. Et aussi un prétendant, Effingham, qui lui propose en vain la fuite à deux pour tout recommencer de zéro.
   
   Cherche-t-elle à expier une faute, est-elle la proie d'un enchantement, comme le croient les gens du voisinage ?
   
   Est-elle seulement terrifiée par la menace latente que représentent la situation qu'elle vit, la surveillance que l'on exerce sur elle, le retour de l'époux ?
   
   Hannah est tous d'abord vue comme une personne inaccessible, un être charmant, intouchable, dangereux aussi comme l'être fabuleux qui donne son titre au roman. Autour d'elle, les geôliers comme des libérateurs en puissance, ne savent eux-mêmes, ce que signifie la liberté pour elle.
   
   Ils apprendront à leurs dépens ce qu'a pu lui coûter certaines visions fantasmatiques.
   
   Chacun interprète le silence d'Hannah et sa manière de vivre ou de supporter la vie, comme on cherche à décrypter les paroles de la Sybille. Pour Effingham, homme de quarante ans, narcissique, naïf et paresseux, Hannah et une enchanteresse, la femme inaccessible des romans courtois. Mais cet amoureux couard (un peu caricaturé)n'est pas à la mesure des ancien troubadours !
   
   Pour Max Lejour, le vieux professeur platonicien, qui vit à "Rider's", autre propriété isolée, et qui est son plus proche voisin, Hannah est en train de trouver la sagesse dans l'épreuve.
   
   Pour Marian, Hannah est victime de sa peur et de la culpabilité, prisonnière mentalement plus que physiquement. Et il importe de la sauver.
   
   Avec l'aide d'Effingham, elle tente de la soustraire à ses gardiens. Mais Hannah est très surveillée, et Effingham bavard, et maladroit, précipite les événements...
   
   La fin du roman montre qu'Hannah avait peur d'elle-même de ses réactions, mais une partie m'est restée obscure.
   
   Un roman d'analyse psychologique, d'intrigue et de suspense, une parodie réussie des romans gothiques, des réflexions sur des notions telles que culpabilité et liberté, et aussi une bonne dose de satire de mœurs, voilà les points forts du livre.
   
   Effingham est un personnage assez vain qui donne à l'histoire ses moments comiques. Les autres personnages sont moins chargés mais l'ironie s'exerce sur tous ces gardiens de "harem" pour une seule femme, et même à l'égard d'Hannah elle-même et de ses tentatives de conjuration : la robe de chambre jaune, les deux plantes fétiches : la monnaie du pape et l'herbe de la pampa, la lecture de la Princesse de Clèves sur laquelle Marian et elle s'endorment, donnent à l'ensemble une tonalité tragicomique.

critique par Jehanne




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