Lecture / Ecriture
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A livre ouvert de William Boyd

William Boyd
  Le destin de Nathalie X
  La femme sur la plage avec un chien
  Un Anglais sous les tropiques
  A livre ouvert
  La vie aux aguets
  Armadillo
  L'après-midi bleu
  Orages ordinaires
  Solo
  L'Attente de l'Aube
  Les vies multiples d'Amory Clay
  Brazzaville plage
  Nat Tate

William Andrew Murray Boyd est un écrivain britannique né en 1952 au Ghana.

A livre ouvert - William Boyd

Chic et spirituel
Note :

   Logan Mountstuart est mort d’une crise cardiaque en 1991, il avait 85 ans. Sa vie durant, par intermittence, il tint un journal intime, depuis ses 17 ans, en 1923. Ecrivain, critique, vendeur d’art, espion, correspondant de guerre, amoureux fou, père indifférent ou déchiré, amant vorace, membre d’une organisation terroriste et j’en passe, il aura vécu énormément de choses et côtoyé les plus grands. Une vie pleine, diversifiée, captivante, un personnage qui sait nous toucher tout en n’attirant pas complètement notre sympathie : quelles heures fiévreuses j’aurai passées sur ces pages !
   
   William Boyd signe là des carnets touchant au magistral, bourré de faits tellement précis qu’on a plusieurs fois envie de vérifier si ce beau personnage de Logan ne serait pas inspiré d’untel ou d’un autre, bien qu’on sache que c’est un roman (son huitième).
   
   Dès les années de collège, Logan s’interroge : « Pourquoi est-ce que je mens autant ? […]… Est-ce normal, je me demande ? Tout le monde ment-il autant que moi ? Nos vies sont-elles la somme des mensonges que nous inventons ? Est-il possible de vivre raisonnablement sans mentir ? Les mensonges forment-ils la base naturelle de tout rapport humain, le fil qui relie nos différentes personnalités ? Je vais aller fumer une cigarette derrière les courts de squash et continuer à réfléchir à de grandes idées. »
   
   Son insulte suprême est CAT (Con Achevé Total), il n’aime pas « Pour qui sonne le glas » d’Hemingway, qu’il fréquente ( « son livre espagnol est un désastre navrant. Qu’est-ce qu’il lui a donc pris d’écrire aussi mal ? » ), il est sans illusion sur sa propre prose ( « Je suis toujours motivé après une rencontre avec un autre écrivain (un autre tâcheron) et je me rends compte que nous avons notre propre fraternité secrète, même si cela se réduit à compatir avec les plaintes et gémissements des autres. Je suis rentré à la maison relire mes chapitres de L’été. Atterrants. Je suis allé au fond du jardin et j’ai brûlé dans l’incinérateur tout ce que j’avais écrit. Je n’ai aucun regret – en fait, je suis soulagé. » ).
   
   Et puis la vie passe, avec ses terribles évènements et malgré tout si vite, si soudainement, voici la vieillesse, solitaire et miséreuse : c’est la dèche financière pour ses 71 ans. Il en est réduit à manger de la nourriture pour animaux, moins chère et néanmoins bourrative, noyée de Worcester sauce.
   
   Après encore quelques rebondissements, le voici en France pour sa toute fin de vie, et sa conception du bonheur est alors pas mal la mienne :
    « Les plaisirs de ma vie sont simples – simples, peu couteux et démocratiques. Un beau monticule rouge vif de tomates de Marmande sur un éventaire dans la rue. Une bière glacée servie à une table sur le trottoir du Café de France – tandis qu’à l’intérieur Marie-Thérèse me prépare un sandwich au camembert. Le croûton d’une baguette de pain tout frais que je croque en revenant de Sainte-Sabine. L’odeur farineuse de la poussière blanche soulevée dans l’allée par la brise. Un coucou qui chante dans le parfait silence au-delà du pré. Les immenses gris, cerise, rose, orange et bleu délavé d’un coucher de soleil vu de ma terrasse. Le crissement des cigales à midi, le ton doux des grillons quand vient lentement le crépuscule. Un bon livre, un hamac et une bouteille de blanc sec perlée de fraîcheur. Un vin rouge rugueux et un steak frites. Le silence frais, sombre, clos de ma chambre – et, alors que je m’endors, la perspective que tout ceci sera da nouveau à ma disposition, inchangé, demain. »
   
   Ajoutez à tout ça un humour discret, présent de bout en bout, et on peut se demander si on ne tient pas là le meilleur roman de Boyd.

critique par Cuné




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