Lecture / Ecriture
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Hautes solitudes de Anne Vallaeys

Anne Vallaeys
  Hautes solitudes

Hautes solitudes - Anne Vallaeys

Par mots et par vaux
Note :

   Anne Vallaeys est une journaliste et écrivain d’origine belge née en 1951 au Congo belge (selon la dénomination d’alors). Membre de l'équipe des fondateurs de Libération, Anne Vallaeys a publié plusieurs romans mais aussi des essais et enquêtes.
   
   Hautes solitudes, sous-titré Sur les traces des transhumants, est le récit d’un périple pédestre entre la Camargue et les Alpes de Haute-Provence. Trois-cent-quatre-vingts kilomètres ou vingt jours de marche, pour "far la routo, faire la route, en piémontais comme en provençal" en retrouvant les chemins empruntés par la grande transhumance, quand à l’époque des milliers de moutons partaient passer l’été dans les pâturages de montagne.
   
   Elles sont deux, Anne la grande et blond cendré et Marie, menue et brune, de trente ans sa cadette, une des meilleures amies de sa fille, tentée par l’aventure. Sac au dos, grolles de marche aux pieds, les deux vaillantes vont affronter les rigueurs du climat (canicule, orages et pluie), en baver sur des chemins parfois inconnus de leur carte, faire des rencontres sympathiques, des locaux attachés à leur pays.
   
   Il est donc question de bergers, de leur rude métier et de l’histoire de cette transhumance. Leurs chiens ne sont pas absents bien évidemment et comment parler de bergers et de moutons sans évoquer le loup… ce problème qui paraît insoluble. Nature et écologie de bon sens ne peuvent que venir se greffer au récit.
   
   Tout ceci est bel et bon, donnant une furieuse envie de partir sur leurs traces comme vous vous en doutez. Mais le point fort de ce livre est encore ailleurs, l’écriture est absolument remarquable, un festival de vocabulaire époustouflant dans sa diversité ("Les noms qu’on donne aux brebis, agnelles, agneaux, bessons, tardons, anouges, fèdes, arets, moutons…").
   
   Un magnifique voyage par mots et par vaux.
   
   "Nous progressons une bonne heure sous les ramures immobiles, sans le moindre souffle d’air, sinon le fouet des feuillages s’entrouvrant. A nos pieds, un paysage fardé de verts se dévoile, labours ombrés sous un bleu transparent près des mas, déroulé de collines en fond, bosquets et parcelles tendres. Une croupe sculpte l’horizon, c’est la voilure nacrée des Alpilles, zébrures calcaires dans le ciel écru de trop de lumière. On dirait la mer. Marie m’a rejointe, nous échangeons un regard, les paroles nous paraissent superflues."

critique par Le Bouquineur




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