Lecture / Ecriture
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En camping-car de Ivan Jablonka

Ivan Jablonka
  Le Corps des autres
  Laëtitia ou la fin des hommes
  En camping-car

Ivan Jablonka est un historien et écrivain français né en 1973 à Paris.

En camping-car - Ivan Jablonka

Charme suranné
Note :

   "Soyez heureux !". C’est par cette formule que le père de l’auteur enjoignait à ses enfants de cesser leurs jeux pour s’intéresser aux paysages traversés dans un camping-car Combi Volkswagen.
   
   Au-delà de ce qui, contextuellement comme l’explique Ivan Jablonka dès le début de son livre, relevait plus de la menace incantatoire qu’autre chose, la formule traduisait surtout l’angoisse de ce père physicien des particules. Lui n’avait pas franchement connu le bonheur enfant. Ses parents furent raflés, disparurent en camp de concentration et il fut élevé sans joie dans différents centres pour la jeunesse placés sous la responsabilité de mouvements juifs communistes. Pour lui, il était du coup inconcevable que ses enfants ne pussent avoir droit au bonheur dont il avait été privé. Et ce bonheur était condensé dans ces périples chaque été qui les faisaient sillonner la France, l’Europe ou le Maghreb à la recherche de spots uniques et désertiques repérés avec un flair infaillible par le père de famille du couple d’amis avec lesquels ils partaient à l’aventure.
   
   A l’image de ces sympathiques camping-cars qui firent fureur pour leur côté baroudeur, leur inventivité et leur prix modeste mais désormais totalement démodés, le livre de Jablonka possède un charme suranné. Celui des années d’adolescence et d’un esprit de très grande liberté volontairement cultivé par des parents aussi ouverts qu’intelligents. Celui des premières tentatives d’écriture à l’aide d’un journal de bord intime dans lequel le jeune Ivan fait part de ses sentiments dans un style encore maladroitement grandiloquent et dont il se moque lui-même aujourd’hui. Celui d’une époque révolue où le tourisme de masse n’avait pas encore envahi le monde transformant des lieux idylliques en zones de débarquement. Celui d’un monde où le travail abondait et où l’optimisme l’emportait. Celui d’une insouciance bienveillante aussi.
   
   Il serait abusif de qualifier cet ouvrage de majeur. Il est simplement charmant et parlera assurément à toute une génération qui aura connu et côtoyé ces véhicules dont nous croisons quelques vestiges survivants de temps à autre bien qu’ils aient été largement supplantés par des concepts plus modernes, plus confortables et plus efficaces.
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critique par Cetalir




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Vacances d'après guerre
Note :

   "Notre style de vacances était aristocratique parce qu'il valorisait la liberté, le plaisir, la découverte, l'échappée belle, mais il était aussi foncièrement démocratique: pas cher, pas consumériste, pas tape-à-l’œil, pas couche-tard, pas compliqué, quelque chose d'accessible, de proche, de simple, quasiment rudimentaire, une locomotion terrestre, un contact direct avec les gens, des haltes toujours respectueuses de la nature, des coutumes et des produits locaux [...]. En un mot, une grande vadrouille à l'échelle de l' Europe. Maître de soi, mais pas chez soi."
   

    Dans les années 80, Ivan Jablonka, ses parents et son frère, souvent accompagnés de familles dotées elles aussi d'enfants, ont sillonné les routes estivales en camping-car. L'évocation de ces vacances est tout à la fois l'occasion d'une plongée dans la nostalgie de l'enfance, mais aussi d'une analyse sociologique d'un type de vacances bien particulier dans un véhicule tout sauf anodin quand ses deux parents ont été des enfants cachés durant la Seconde guerre mondiale.
   
   En effet ce véhicule de marque Volkswagen témoignait du "génie de l’organisation allemand [...] mis au service non pas du crime de masse, mais de la vie, de la joie, de l'intimité, de l'intégration familiale, et il est facile de comprendre en quoi le camping-car a sauvé mon père et nous avec."
   
   Ivan Jablonka analyse ainsi avec une émotion tangible la relation très particulière que son père entretenait au bonheur, n'hésitant pas à enjoindre avec colère à ses enfants ignorant un superbe paysage: "Soyez heureux !"
   
    Néanmoins, comme l' évoque très justement la quatrième de couverture l'auteur "esquisse une socio-histoire de son enfance" et c'est justement ce côté un peu léger dans l'analyse, s'essoufflant peut être à vouloir courir plusieurs lièvres à la fois que j'ai regretté. N'étant guère adepte de la nostalgie, j'ai en outre trouvé les évocations de ces vacances aussi longuettes que les séances diapos d'autrefois. Bilan en demi-teintes donc.

critique par Cathulu




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