Lecture / Ecriture
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Les Invisibles de Antoine Albertini

Antoine Albertini
  Les Invisibles

Les Invisibles - Antoine Albertini

Ile de beauté
Note :

   L'homme est étendu sur le dos, la balle de gros calibre a pénétré par le côté arrière du cou, et a emporté la moitié inférieure du visage, un Arabe qui a été fumé près de l'ancienne voie ferrée. Il s'appelait El Hassan, surnommé "La vache", c'était un menteur, une grande gueule, un mécréant qui aimait un peu trop les femmes, il buvait pas mal et avait toujours de belles sommes d'argent sur lui. Était-il un prospère trafiquant de drogue ?
   
   El Hassan a participé à un documentaire consacré à l'immigration clandestine, vingt-huit secondes pour dénoncer ce qui se passe avec les ouvriers clandestins, un sous-prolétariat agricole, une population invisible et muette. Est-il mort d'avoir trop parlé ?
   
   À travers l'enquête sur ce meurtre, l'auteur dénonce ce quart- monde, à deux cents mètres de la route qui mène les touristes vers les plages du sud de l'île, ces invisibles qui acceptent les plus basses besognes pour un billet de vingt euros. Une enquête minutieuse qui nous raconte l'arrivée des pieds-noirs en Corse qui accaparent les terres, apportant un nouvel essor, une agriculture mécanisée et intensive, profitant de facilités et d'aides auxquelles les Corses n'ont jamais eu droit. Les paysans corses sont étranglés, la mèche est allumée, le nationalisme corse vient de naître. Les arrangements avec la loi, les combines, les menaces la brutalité, le vin importé du continent que l'on met dans des bouteilles tête-de-Maure et que l'on vend par milliers de bouteilles dans les supermarchés norvégiens.
   
   Ces nouveaux colons venus dans leurs bagages avec des milliers de travailleurs marocains, une filière clandestine liant passeurs marocains et agriculteurs corses, ces travailleurs accusés de voler le pain, d'occuper des emplois qu'aucun Corse ne veut, injures et vexations, la violence qui gagne du terrain, les rackets, des vagues d'attentats, on les rend responsables du trafic de drogue, la montée du racisme d'une partie de la société corse.
   
   Le travail remarquable d'Antoine Albertini à partir de faits exacts permet de mettre en pleine lumière ces invisibles, esclaves des temps modernes.
   
   Présentation de l'éditeur:
   "Le 16 novembre 2009, un homme était abattu sur une route de campagne déserte dans la Plaine orientale de la Corse. Je l’avais rencontré une semaine auparavant à l’occasion d’un documentaire sur les filières d’immigration clandestine. Il s’appelait El Hassan M’Sarhati. Il m’avait raconté comment un passeur l’avait acheminé dans l’île, comment il avait travaillé pour des patrons inhumains, comment il se retrouvait à cette époque sans ressource, sans travail, les mains fracturées. Ce jour-là, j’ai fait mon métier, je l’ai convaincu de parler. Il a accepté en m’avertissant : Si je parle, ils vont me mettre en balle dans la tête. C’est ce qui est arrivé."
   La justice n’a jamais su qui étaient ces ils. Les assassins n’ont jamais été retrouvés.
   Antoine Albertini a voulu reconstituer le parcours de cet homme exécuté dans le dos, d’une balle de fusil de chasse. Il a enquêté. Visité les mobils homes où vivent des milliers de déracinés, serfs des temps modernes, qui récoltent le raisin, les kiwis, les clémentines dans les champs corses. Il a rencontré des immigrés clandestins, des avocats, des gendarmes, des vignerons. A travers le destin tragique d’El Hassan, Antoine Albertini révèle le sort de milliers d’hommes dont on ne parle jamais, il décrit une économie, une société, un monde caché. Lorsque le rosé bu par les touristes sur une plage de Porto-Vecchio a un arrière-goût de sueur d’esclaves."

critique par Y. Montmartin




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