Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Ça raconte Sarah de Pauline Delabroye-Allard

Pauline Delabroye-Allard
  Ça raconte Sarah

Ça raconte Sarah - Pauline Delabroye-Allard

Histoire d'amour
Note :

   Un poème en prose, plutôt qu’un roman. Ça ne raconte rien… ça raconte Sarah !
   
   Bien composé, avec des leitmotivs (répétition du titre ainsi que de la phrase elle est vivante"). Vivante, mais pas forcément incarnée : Sarah est moins une femme réelle que l’expression même de la passion amoureuse (comparée au craquage d’une allumette, à une étincelle, soufre et souffre. Les jeux de mots ne sont pas gratuits, ils retranscrivent parfaitement l’atmosphère incandescente et irrespirable de cette malheureuse histoire). Feu follet. rythme des présences qui ne comblent pas, et des absences, insupportables aussi. Puis finalement l’absence finale que ne pourra pas supporter la narratrice.
   
   Le rythme, la ligne mélodique, ses accélérations et ses ruptures, les métaphores bien trouvées, font de ce poème une réussite. N’hésitez pas à le lire, même si, je vous préviens, c’est terriblement éprouvant…
    ↓

critique par Jehanne




* * *



Les ravages de l'amour
Note :

   La narratrice jeune professeur mène une vie qu'elle ne pensait pas mener, elle vit seule avec un enfant dont le père a disparu sans crier gare. Tous les jours se ressemblent.
    " Je me trouve jolie, on me dit gentille, attentive aux autres. Je ne fais pas de vagues. Je suis la mère d'une enfant parfaite, la professeure d'élèves remarquables, la fille de parents merveilleux. La vie aurait pu continuer comme ça encore longtemps. Un long tunnel sans surprise, sans mystère "
   

   Le soir du 31 décembre, elle va faire la connaissance de Sarah, elle a trente-cinq ans, aucune patience, elle veut tout, tout de suite. Elle n'a rien à foutre des convenances. Elle est animée, exaltée, passionnée, elle est violoniste, elle est vivante. Elle va s'installer dans sa vie, calmement, sans se dépêcher. Elle plonge ses yeux dans les siens, ses lèvres sur les siennes, l'amour avec une femme, une véritable tempête.
   
   " Elle me laisse sans savoir qu'à la fin de la matinée je prends rendez-vous chez le médecin, bien incapable de travailler plus longtemps, qu'il me met en arrêt maladie pendant deux jours, que je me précipite sous ma couette dormir dans ton odeur, en plein après-midi. le lendemain je déplie l'arrêt maladie, pour l'envoyer. Dessus, le médecin a écrit : altération de l'état général."
   

   Commence une passion irrésistible,
   “Ça bat à mes oreilles, à mes poignets, ça bat dans mon sexe et au fond de ma gorge. Je ne suis plus qu'une pulsation, mon corps entier bat la mesure, une cadence affolée, un truc virtuose.”
   

   Mais une passion violente, elle est épuisée par cette histoire, par sa présence dans sa vie. Cet amour est la plus merveilleuse chose qui lui soit arrivée, mais aussi la plus terrible. Elle est à bout de forces de cette vie qui va trop vite, de son instabilité, de son incertitude, de ses caprices, de ses colères flamboyantes. Sarah est imprévisible, versatile, terrifiante parfois. Fuir pour guérir de sa passion, faire cicatriser son cœur.
   
   Cela fait bien longtemps que je n'ai pas lu un roman d'une seule traite. Dès les premières pages, j'ai été littéralement happé, et j'en suis ressorti complètement groggy. Comme un nageur, de temps en temps, je ressortais la tête du livre pour reprendre mon souffle et je replongeais aussitôt.
   
   Une histoire de passion entre deux femmes, comme je l'ai rarement vu écrite avec autant de talent, une passion qui vous entraîne, qui vous dévore, qui vous détruit. L'attente du prochain rendez-vous, partager les mêmes goûts, la douleur de la séparation, le bonheur des retrouvailles, tout est décrit avec précision, avec des phrases courtes, avec un rythme rapide qui décrit bien cet amour fou qui emporte tout sur son passage. Une première partie pleine de sensualité pour parler de cette relation qui va littéralement aspirer la narratrice jusqu'à lui faire oublier son enfant, son conjoint, son travail.
   
   Si certains lecteurs ont pu être déroutés voire déçus par la seconde partie du roman, j'ai personnellement été impressionné par la capacité de l'auteur à changer de rythme, voire carrément de style pour décrire la fuite de la narratrice qui ne peut plus regarder le visage de Sarah, qui a peur de la voir dormir, peur de la voir mourir. Elle n'en peut plus de la voir souffrir, de la voir se faire bousiller par la maladie. Une lente descente vers la folie

critique par Y. Montmartin




* * *