Lecture / Ecriture
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Madame Proust de Evelyne Bloch-Dano

Evelyne Bloch-Dano
  Madame Proust
  Madame Zola
  Le dernier amour de George Sand
  Jardins de papier

Évelyne Bloch-Dano est une écrivaine française contemporaine née en 1948.

Madame Proust - Evelyne Bloch-Dano

Vergiss mich nicht
Note :

   C’est une très belle biographie que signe là Evelyne Bloch-Dano, qui éclaire bien des aspects de l’œuvre à venir de Marcel Proust, mais c’est aussi avant tout le portrait d’une relation fusionnelle entre une mère et son fils. A ce titre, que l’on apprécie, qu’on lise ou pas Proust n’augure pas de l’intérêt et même, du plaisir que l’on prend à parcourir ces lignes.
   Et c’est bien là vraiment qu’est l’admirable, à un travail copieux et conséquent de biographe s’allie une plume romanesque, qui dégage l’universel du cas particulier.
   Tout commence par le mariage de Jeanne Weil et d’Adrien Proust, l’occasion de remonter un peu leur arbre généalogique, et de constater, déjà, la relation fusionnelle entre Jeanne et Adèle, sa mère, et de se voir très bien expliquée l’union voulue et finalement heureuse, d’une juive et d’un catholique, tous deux athées.
   
   Puis naît Marcel, le premier enfant, naissance houleuse, on a craint le pire et, de ce pire évité, le petit Marcel tirera une prébende qui sera aussi une charge.
   Enfant fragile, difficile, émotif (atteint de « nervosisme » comme on disait à l’époque), Marcel est aussi un enfant comme tous les autres.
   Vous avouerais-je mon ravissement idiot devant son orthographe, à sept et demi ?
   « j’ai pleuré pendant un cardeur apré cela j’était en sanglot »
   Ou comme je comprends, lorsque Jeanne part pour deux jours avec Robert, le petit-frère, mais sans emmener Marcel « Celui-ci envisagea une courte seconde de mettre le feu à la maison pour retarder le départ. Il embrassa sa mère autant qu’il put, c’est-à-dire moins qu’il ne l’aurait voulu. »
   Mais Marcel grandit, souffre de très violentes crises d’asthme, et afflige dans un premier temps son père en raison de son « onanisme ». Il tente bien de lui payer une prostituée, mais rien n’y fait. Marcel n’est pas, et ne sera jamais attiré par les femmes. S’ajoute à cela une vie hors de la norme, il dort le jour, sort la nuit, ne travaille pas de manière assidue. Jeanne, qui l’aime autant sinon plus qu’elle-même, accepte tout dans un deuxième temps, mais de façon tacite. Il y avait une très grande liberté d’expression chez les Proust, mais certains sujets étaient tout simplement inabordables. Encore qu’adolescent, il se livrait beaucoup plus facilement, jusqu’à ce que plusieurs déconvenues l’amènent à déclarer, des années plus tard, à André Gide : « Vous pouvez tout raconter ; mais à condition de ne pas dire Je. »
   Il ne dira plus Je.
   Jeanne peut respirer.
   La relation entre la mère et le fils, sans jamais se relâcher, subit des aléas :
   « La vérité c’est que dès que je vais bien, la vie qui me fait aller bien t’exaspérant, tu démolis tout jusqu’à ce que j’aille de nouveau mal. » et de conclure : « Il est triste de ne jamais pouvoir avoir à la fois affection et santé. » Phrase écrite sous le coup de la colère – et d’une justesse dont il ne mesure sans doute pas toute la profondeur. D’autant plus cruelle pour une mère.
   Mais la vie de Jeanne Proust ne se résumait pas à Marcel, c’était une femme active, cultivée, intelligente, qui avait choisi délibérément, et sans aucune aigreur, de se consacrer à sa vie d’épouse et de mère. Tous ces aspects sont très bien développés, nous la rendent infiniment attachante. Au point de ressentir une vraie émotion lorsqu’elle s’éteint, après avoir beaucoup souffert, le mardi 26 septembre 1905, à 56 ans.
   Et la conclusion d’Evelyne Bloch-Dano est d’une justesse confondante, et si jolie…
    ↓

critique par Cuné




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Longtemps je me suis couché de bonne heure...
Note :

   Des personnages se détachent de La Recherche.
   Comme dans un jeu des sept familles je demande la mère, bonne pioche pour moi d’avoir lu le livre d’Evelyne Bloch-Dano.  
   Il était sur mon Ipad depuis quelques semaines mais je ne sentais aucune urgence, à écouter Antoine Compagnon et son été avec Proust c’est devenu une envie forte.
    
   C’est une biographie de la mère de l’écrivain qui se lit pftt comme un roman.
   Jeanne Weil nait en 1849 dans une famille juive de a haute bourgeoisie parisienne mais cette biographie nous fait découvrir une foule de personnages qui vont graviter autour d'elle. Une famille tenant le haut du pavé parmi les familles de la grande bourgeoisie juive, un père décoré de la Légion d’honneur, un oncle ministre. 
   
   Dans la famille c’est la première à se marier hors de la communauté, son père voyait là l’occasion de renforcer leur intégration à la bonne société de l’époque, Adrien Proust était déjà un médecin respecté et tenait une place enviable dans le système de santé de l’époque. Epouser un catholique c’était franchir un échelon de plus vers l’assimilation sans jamais renier ses origines et par exemple sans jamais se convertir.
   
   C’est un portrait très attachant que brode Evelyne Bloch-Dano, Jeanne Proust est une bourgeoise cultivée, soucieuse en permanence d’être une épouse irréprochable qui sert les intérêts de son mari. Elle reçoit le tout Paris à la fois artistique et scientifique.
   Voilà pour l’aspect mondain de Jeanne Proust, maintenant l’autre facette c’est cette relation unique avec un de ses fils qui ne prendra fin qu’à son décès.
   
   Jeanne Proust fut une mère très attentive à la grande émotivité de Marcel, elle tâcha à la fois de le réconforter et de l’aguerrir mais en vain. Plus tard elle admis ses penchants sans jamais pourtant être capable d’en parler avec lui, le carcan moral est encore bien présent.
   
   Cette amour fusionnel est largement décrit et commenté par Evelyne Bloch-Dano et elle ne cache rien des heurts qui parfois découlèrent de cette relation, heurts avec le père ou le frère.
   
   Ardente dreyfusarde Jeanne eut là le courage de tenir tête à son époux qui par ailleurs ne dédaignait pas les petites demoiselles de l’Opéra.
   
   Les débuts littéraires de Marcel lui doivent beaucoup. C'est une femme cultivée qui lit énormément, qui admire et sans doute se retrouve dans Mme de Sévigné. Elle a également un passion pour la musique. Sa connaissance de l'anglais lui permit d'assurer avec son fils la traduction de Ruskin qui le fit connaître dans le monde littéraire.
    
   L’auteur ajoute un cahier photographique pour compléter cette biographie de la Maman du petit Marcel...
   
   Elle ne vit jamais la revanche éclatante que son fils prit et ne connut jamais l’hommage magnifique que son fils lui rendit à travers son œuvre.
   
   Les passages dans "la Recherche du Temps Perdu" concernant la mère sont parmi les plus mémorables du roman. 
    
   Une belle biographie qui obtint le Prix Renaudot de l’essai et que j’invite les amateurs de Proust à mettre dans leur bibliothèque.

critique par Dominique




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