Lecture / Ecriture
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Journal d’un vieux fou de Junichiro Tanizaki

Junichiro Tanizaki
  Quatre sœurs
  Le Goût des orties
  Eloge de l’ombre
  La clef
  Svastika
  Un amour insensé
  Journal d’un vieux fou

Jun'ichirō Tanizaki est un écrivain japonais né en 1886 et mort en 1965.

Journal d’un vieux fou - Junichiro Tanizaki

Fétichiste du pied
Note :

    Après le billet sur ce livre, j’arrête de vous embêter avec Junichirô Tanizaki pour au moins une semaine. Je me suis fait offrir le Quarto (où il y a plein de romans et trois nouvelles), et en plus j’en ai pris d’autres à la bibliothèque (des nouvelles mais pas de romans). Ceci explique cela.
   
   Journal d’un vieux fou est le dernier texte qu’a écrit Junichirô Tanizaki, où il parle d’un sujet qu’il vit tous les jours : la vieillesse et plus exactement la maladie, le corps qui lâche... Mais comme c’est Tanizaki, il y a une relation malsaine avec une femme (pas la sienne par contre). On va aborder ces deux points séparément en commençant par la maladie.
   
   Le livre est écrit sous forme d’un journal, le journal d’un homme âgé, très malade. Plus exactement, il enchaîne les maladies le rendant dépendant de son entourage, c’est-à-dire son infirmière, sa femme, son fils et sa belle-fille qui vivent avec les parents. Cet homme a aussi deux filles mariées, qui ne vivent pas là mais qui viennent régulièrement en visite dans la famille. La forme du journal permet de connaître les pensées intimes de l’homme.
   
   Il a trois préoccupations principales : les médicaments pour calmer les douleurs, le contrôle de la famille et sa belle-fille. Pour les médicaments, l’homme connaît tous leurs noms, mieux que les médecins et son infirmière, qui se voit contrainte d’administrer des médicaments selon les consignes du malade. Bien sûr, ses nombreuses maladies font qu’il pense à la mort et surtout à son enterrement. J’ai eu l’impression que l’organisation des funérailles n’était qu’un prétexte (par exemple, il ne cherche pas à soulager sa famille qui sera dans le deuil) ; son but est plutôt de jouer de sa maladie, de son enterrement pour garder le contrôle sur sa famille, continuer à être le chef de famille. Ainsi, du fait de sa maladie, il ne peut plus avoir les mêmes activités qu’auparavant. Sa famille l’aide, cherche aussi à lui faire plaisir, mais lui rabroue tout le monde et surtout fait tout ce que tout le monde lui déconseille. Un autre exemple, il refuse de l’argent à sa fille, alors qu’il offre un diamant hors de prix à sa belle-fille, lui fait construire une piscine…
   
   Cela marque aussi tout "l’attachement" qu’il a pour sa belle-fille. Celle-ci n’a jamais été acceptée par le reste de la famille car elle était danseuse avant son mariage (et a donc supposément des mœurs douteuses). C’est le père qui a laissé le mariage se faire, pour embêter tout le monde mais aussi pour profiter de la plastique de la dame (et de son fort caractère). La dame en profite tout ce qu’elle peut : elle accepte de recevoir le vieil homme dans sa douche contre le fait que son amant puisse venir en journée dans la maison (je rappelle que le mari de la dame est le fils du monsieur), elle accepte d’autres choses que l’on pourrait qualifier d’érotiques (mais pas de sexuel ou pornographique) pour obtenir un bijou. Tout cela provoque une certaine fébrilité chez le narrateur, qui ne contribue pas à sa guérison. Toute la famille est au courant mais ne peut rien dire car c’est lui qui est le chef de famille. La belle-fille profite de son beau-père et vice-versa à mon avis.
   
   Je ne pense pas en révéler trop en disant que tout va s’arrêter quand le beau-père va prendre des empreintes des pieds de sa belle-fille. Je n’en ai pas parlé pour les autres romans mais c’était déjà présent. Tanizaki est un fétichiste du pied, c’est pour lui l’apogée du désir. Il n’y a pas de scènes explicites de sexe dans ses livres (cela se comprend vu que ce sont des romans japonais, écrits au début du XXe siècle) mais toujours des scènes avec les pieds des jeunes femmes, où l’auteur met beaucoup d’érotisme. Ici, on voit tout le poids qu’il met dans cette partie du corps puisque c’est le moment où le vieil homme va trop loin. Personnellement, je trouvais déjà qu’avant cela allait trop loin (elle accepte son beau-père dans sa douche !) alors que pour Tanizaki, c’était un jeu et c’est le fait qu’on touche aux pieds, qui fait que l’on rentre dans l’intime, dans le trop intime en fait.
   
   J’ai aimé ce roman mais moins que les précédents. J’ai aimé la description du corps qui flanche, de la relation familiale et de la relation personnelle avec sa belle-fille. J’ai trouvé par contre les passages sur les médicaments très ennuyeux (ils sont réalistes par contre). Mon sentiment est aussi que le mélange des deux thèmes principaux, la passion amoureuse et la vieillesse, est un peu faible. Il y a des longs passages sur un thème puis des longs passages sur un autre thème, et quand on est plus intéressé par un thème que l’autre, forcément cela peut devenir long. Après, je peux accepter que c’est la forme du journal qui impose cela. Quand on souffre, il est normal de n’écrire que sur sa santé et ses médicaments, et de ne plus penser aux histoires avec sa belle-fille. Le problème vient donc de moi, et de ce que je voulais, pour ce point particulier.
   
   En conclusion, je n’ai toujours pas compris l’illustration de couverture ; cela doit être un peu trop subtil pour moi. Si vous avez un bout d’explications, je suis preneuse en commentaire.

critique par Céba




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