Lecture / Ecriture
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La Légende des montagnes qui naviguent de Paolo Rumiz

Paolo Rumiz
  Aux frontières de l’Europe
  L'ombre d'Hannibal
  Le phare voyage immobile
  La Légende des montagnes qui naviguent

Paolo Rumiz est un écrivain voyageur italien né en 1947.

La Légende des montagnes qui naviguent - Paolo Rumiz

De la Croatie au Sud de l'Italie
Note :

   Paolo Rumiz, né en 1947 à Trieste, est un journaliste et écrivain voyageur italien. Envoyé spécial au journal Il Piccolo de Trieste, puis à la rédaction de La Repubblica, il couvre en 1986 les événements de la zone balkanique. Pendant la dissolution de la Yougoslavie, il suit en première ligne le conflit de la Croatie puis celui de Bosnie-Herzégovine. En novembre 2001 il est à Islamabad puis à Kaboul, pour couvrir l'attaque des Etats-Unis en Afghanistan. En tant qu'écrivain voyageur, Paolo Rumiz a parcouru de nombreux pays, notamment le long des frontières de la communauté européenne. La Légende des montagnes qui naviguent, est son nouvel ouvrage.
   
   Un périple de huit mille kilomètres, de la baie de Kvarner en Croatie jusqu’au Capo Sud italien, Paolo Rumiz chevauche les deux grands ensembles montagneux de l’Europe, Alpes et Apennins, passant par les Balkans, la France, la Suisse et bien sûr l’Italie. Parti de la mer, il arrive à la mer. Un voyage qui s’étale entre 2003 et 2006, empruntant divers modes de locomotion mais on retiendra particulièrement sa voiture, une Fiat 500 (la Topolino).
   
   Un récit particulièrement dense qu’on s’étonne de voir condenser dans si peu de pages finalement. L’écrivain aime les gens, tout son voyage n’est fait que de rencontres avec des personnages, quelques uns connus (comme Jörg Haider (1950-2008) le politique populiste autrichien) mais le plus souvent des inconnus extraordinaires, paysans, bergers, écrivains, artisans, vieillards… tous, porteurs d’une philosophie de vie et mémoire encore vivante du passé proche. Conséquence directe, si vous n’avez qu’un livre en main, celui-ci recèle mille histoires ébouriffantes et passionnantes.
   
   Impossible de résumer la diversité des sujets abordés car l’auteur, cultivé, sait marier avec une facilité déconcertante, l’Histoire et les petites histoires locales, la géographie, l’écologie comme l’économie, la politique et les sciences sociales, la philosophie… que sais-je encore ? Il y a donc des reconstitutions historiques, des ours et des loups, Ötzi la fameuse momie décongelée, les migrants et les frontières disparues, des régions dépenaillées et d’autres où tout est réglé comme des horloges.
   
   De ce long voyage, se dessine en creux, une Europe partagée : un vieux continent coincé entre la modernité qui se retranche derrière l’économie et son bras armé le commerce, et de l’autre cette Europe chargée de nostalgie et de bon sens, celle des traditions qui ne faisaient qu’un de l’homme et de la terre. Le combat semble inégal mais n’interdit pas la résistance de certains.
   
   Les premières pages m’ont paru un peu difficiles mais bien vite, l’écriture parfaite de Paolo Rumiz vous embarque ("dans un silence venteux de marmotte" superbe autant que mystérieux, non ?) dans un inoubliable périple.
   
   Une lecture chaudement recommandée !
   
   
   "La maison du crucifié. C’était là que je dormirais. Les éclairs illuminaient un démon en bois, installé juste au-dessous du toit pour monter la garde. Mais c’était le Christ qui faisait peur, cloué un peu plus bas. Ruisselant de pluie, il était accroché à la maison, en plein orage. A l’origine, il se trouvait dans l’église du village, mais le curé s’en était débarrassé, parce qu’il faisait pleurer les petits enfants. "Alors je l’ai pris chez moi", me dit Max en me montrant le chemin de ma chambre. Un Christ refusé par le prêtre, ça ne porte pas bonheur, me dis-je. Mais son visage et ses membres désarticulés, sa douleur terrestre et indicible exprimaient l’essence même de cette amère région qu’est la Carnie."

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critique par Le Bouquineur




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Le long des Alpes et des Apennins
Note :

   Quand on est un peu accro à un auteur on saute sur tout ce qui parait, sans se poser trop de questions, par fidélité en somme.
   C'est ce qui m'a fait acheter ce livre et non seulement je n'ai aucun regret mais j'ai des petites étincelles dans les yeux.
   
   Attention c'est un livre qui date un peu, enfin tout est relatif, mais quand même, les articles ont été écrits par P. Rumiz pour les journaux dans les années 2003 à 2006. Mais qu'importe car ils mettent déjà l'accent sur les changements que connaissent les territoires de montagne, en Italie, en Suisse, en Autriche et en France. Et aujourd'hui les choses n'ont fait qu'empirer.
   
   Paolo Rumiz a entrepris un voyage de 7000 Km le long des Alpes et des Apennins, son voyage l'emporte du golfe de Kvarner jusqu'au bout de la botte italienne.
   
   Les Alpes pas de problème, je voyais bien les paysages, les lieux, les vallées, les sommets. Par contre les Apennins c'était plus nébuleux pour moi malgré plusieurs séjours en Italie ça ne me parlait pas vraiment.
   
   Mon regret ? Ne plus avoir sous la main l'équivalent du fabuleux atlas que j'avais enfant, celui du Reader Digest qui à l'époque m'a fait voyager partout, l'Europe était mon terrain de jeux et j'ai passé bien des heures penchée sur les doubles pages à la taille démesurée (Il faut dire que j'étais petite et gringalette), je me suis vengée sur ma tablette.
   
   Vous êtes prêt pour le voyage ?
   
   Un mot d'abord des moyens de circulation, à pied évidement, en vélo, et plus insolite en Topolino de 1954 "Sur le marché, c'est celle qui se rapproche le plus de la mule." dit Paolo Rumiz
   
   Tout commence dans les Alpes en Slovénie, surprenant voyage dans un pays qui n'attire pas l'attention et que les pages de Rumiz m'ont donné envie de découvrir même si le penchant des Slovènes va plus vers les ours que vers les étrangers.
   
   On navigue, car c'est bien de navigation qu'il s'agit, entre le pays des loups, des ours et du miel, le Tessin italien, les sommets avec Walter Bonatti un guide idéal dans les Alpes ou Mario Rigoni Stern qui devait disparaitre peu après.
   
   Ce début de voyage m'a enchantée et a ravivé des journées en montagne, des cueillettes de fleurs, des photos de sommets, des vallées presque inconnues, des glaciers et de somptueux coups de soleil.
   Une belle randonnée dans les Alpes que j'ai parcourues au fil des années et le récit de Rumiz a réveillé bien des souvenirs pour moi.
   
   On croise des musiciens, des experts, des gardiens d'auberges de montagne, il est à Chamonix juste avant que ne soit décidé la réouverture aux poids lourds après la catastrophe du tunnel du Mont Blanc, entrainant la catastrophe écologique qui sévit aujourd'hui si vous avez écouté les dernières constations sanitaires sur la vallée de l'Arve.
   
   Il évoque la catastrophe du Vajont en 1963 qui tua 2000 personnes et anéantit une partie de la Vénétie.
   Ces Alpes où la neige est de plus en plus rare, où les stations plongent dans un marasme économique et écologique.
   
   On croise Õtzi l'homme des glaciers découvert par Helmut Simon, avec autour de cette découverte un peu de ce qu'à connu chez nous la Grotte Chauvet et les enjeux médiatiques qui s'y rattachent.
   
    Les Apennins c'est différent, je ne me sentais pas en pays connu. Ces montagnes nécessitent la lenteur, la recherche d'une certaine harmonie. Les lieux ont été parfois saccagés, parfois épargnés, les témoignages sont là pour appuyer les propos.
   Et puis les Apennins vivent encore dans l'ombre d'Hannibal.
   
   Traverser ces montagnes "sans croiser un gendarme ou une autoroute" cela tient d'une gageure. On peut lire les marques sur le paysage de la désertification, du manque d'eau, l'installation de la "grande peur climatique".
   
   Paolo Rumiz déniche une Topolino, datant de 1954. Un véhicule pour se faire instantanément des amis. La sienne prend l'eau, a des ratés mais avance vaille que vaille.
   
   On s'enfonce dans "un labyrinthe aussi fascinant qu’infini" qui va des côtes ligures jusqu'au bout du bout de la Calabre.
   
   On navigue dans des villages déserts, uniquement habités de vieillards et de leurs auxiliaires de vie, Paolo Rumiz rivalise d'anecdotes pour faire oublier la tristesse des lieux.
   
   Vous pensez que cela va vous plomber le moral ? Eh bien pas du tout, l'humour de l'auteur est là, et puis il y a ces personnages hors du temps qui enchantent le récit.
   Certains noms de lieu ne parlent pas à nos oreilles françaises et la magie d'internet est là pour combler le vide
   
    "Vous verrez des merveilles. Des fleuves de lumière, des villages abandonnés, des maquis impénétrables, des cascades."
   

   Un journal de voyage plein de surprises, sans GPS mais avec carte. Des sites hors des itinéraires touristiques, où la cuisine est savoureuse et les villages dépeuplés.
   
   Un livre par un écrivain de la lenteur, pour les fous de voyage, de montagne, de protection des territoires, d'écologie.
   
   Pour clore ce billet je laisse la parole à Paolo Rumiz:
   
   "Parti pour m'échapper du monde, j'ai fini, au contraire, par en trouver un autre : à ma grande surprise, mon voyage s'est transformé en révélation d'un univers vivant et secret. Je l'ai décrit avec rage et émerveillement. Émerveillé par la beauté fabuleuse du paysage humain et naturel, mis en rage par le pouvoir qui n'en tient aucun compte."

critique par Dominique




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