Lecture / Ecriture
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La guerre des pauvres de Eric Vuillard

Eric Vuillard
  Conquistadors
  14 juillet
  Tristesse de la terre
  L’ordre du jour
  La guerre des pauvres

Éric Vuillard est un écrivain et cinéaste français né en 1968 à Lyon.

La guerre des pauvres - Eric Vuillard

16ème siècle
Note :

    Eric Vuillard s'empare de faits historiques pour créer une histoire vraie.
   
    Les mots sont choisis, maniés et décortiqués pour rendre ici la puissance de la révolte des pauvres gens. Il arrive à donner aux dialogues un ton actuel.
   
    La naissance de l'imprimerie à Mayence au 15ème siècle a permis la traduction et la diffusion de la Bible. Elle est traduite dans la langue que le peuple comprend, et non plus avec le latin élitiste.
   
    Les livres se sont répandus et la connaissance du monde a fait prendre conscience de la réalité des uns par rapport aux autres.
   
    Depuis de nombreuses révoltes de paysans se sont déroulées en Europe. Le peuple relève la tête, pose des questions, interpelle les riches.
   
    A travers la vie très romanesque de Thomas Munzter, Eric Vuillard donne la parole à ceux que l'Histoire oublie.
   
    Munzter a été un pasteur et théologien en Allemagne. Il a écrit le Manifeste de Prague en 1521 où il exhorte les pauvres à ne plus se soumettre à l'ordre social et religieux. Avec eux il va mener le mouvement de la révolte luthérienne face aux religieux et aux princes.
   
    Réprimés dans la violence ces soulèvements marquent un changement et des nouvelles voix se font entendre.
   
    Eric Vuillard mène avec talent un récit court et bien rythmé qui interpelle avec l'actualité et qui fait réfléchir aussi à l'importance et la puissance des livres qui disent le monde.
    ↓

critique par Marie de La page déchirée




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68 pages
Note :

   "Aimer les pauvres, c'est aimer la pauvreté haïssable, ne plus la mépriser. C'est aimer l'homme. Car l'homme est pauvre. Irrémédiablement. Nous sommes la misère, nous errons entre le désir et le dégoût."
   

   Les révoltes paysannes et le destin de quelques uns de leurs initiateurs, dont l'exalté Thomas Müntzer, prédicateur qui vit son père pendu pour d'obscures raisons, lut la Bible en allemand (sacrilège !) pour la rendre au peuple, c'est ce dont parle cette Guerre des pauvres. Pas fun, on est d'accord. Eric Vuillard a fait le choix de sujets arides, de textes de plus en courts (68 pages ici) et si ce n'était lui, je fuirais à toutes jambes.
   
   Mais voilà, c'est lui. Eric Vuillard, cet écrivain génial qui m'avait fait vibrer avec son 14 juillet, émue avec Tristesse de la terre, intéressée avec L'ordre du jour... je crois qu'il pourrait me parler à peu près de n'importe quoi, je suivrais.
   
   Parce qu'Eric Vuillard, c'est une écriture puissante, tonitruante, une vraie "gueule" mêlée à une érudition impressionnante. Il me stupéfie à chaque fois. Ce Thomas Müntzer (dont bien sûr j'ignorais l'existence) que la pauvreté des petites gens révolte, ces paysans dévorés jusqu'à l'os par une Eglise et des princes dotés de tous les pouvoirs et dont les abus laissent le peuple exsangue, ces révoltes écrasées dans le sang, il faut une trempe comme celle de Vuillard pour les raconter d'une façon aussi saisissante, captiver la lectrice, à deux heures du matin... et l'amener à lire ces 68 pages deux fois de suite, pour être sûre d'avoir tout compris et rien loupé...
   
   "Les histoires vraies, personne ne sait en raconter"
, écrit Eric Vuillard dans le dernier chapitre de son récit.
   
    De livre en livre, il prouve heureusement le contraire.
   
    "Il cite l’Évangile et met un point d’exclamation derrière. Et on l’écoute. Et les passions remuent, car ils sentent bien, les tisserands, que si on tire le fil toute la tapisserie va venir, et ils sentent bien, les mineurs, que si on creuse assez loin toute la galerie s’effondre. Alors, ils commencent à se dire qu’on leur a menti. Depuis longtemps, on éprouvait une impression troublante, pénible, il y avait tout un tas de choses qu’on ne comprenait pas. On avait du mal à comprendre pourquoi Dieu, le dieu des mendiants, crucifié entre deux voleurs, avait besoin de tant d’éclat, pourquoi ses ministres avaient besoin de tellement de luxe, on éprouvait parfois une gêne. Pourquoi le dieu des pauvres était-il si bizarrement du côté des riches, avec les riches, sans cesse ? Pourquoi parlait-il de tout laisser depuis la bouche de ceux qui avaient tout pris ?"

critique par Une Comète




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