Lecture / Ecriture
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L'homme qui parle de Mario Vargas Llosa   

Mario Vargas Llosa
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  L'homme qui parle
  Éloge de la marâtre
  Lituma dans les Andes
  La vérité par le mensonge
  Le poisson dans l'eau
  Jolis yeux, vilains tableaux
  Les cahiers de don Rigoberto
  La fête au bouc
  Le paradis… un peu plus loin.
  Tours et détours de la vilaine fille

AUTEUR DES MOIS DE JUIN & JUILLET 2007

Mario Vargas Llosa est né au Pérou, à Arequipa, en 1936. Il a vécu son enfance en Bolivie et au Pérou. Il a suivi ses études à Lima, à l’Académie Militaire à partir de 14 ans, puis à l’Université. Durant cette période, il a collaboré à des revues ainsi qu’à des mouvements politiques de gauche.


Grâce à une bourse, il a poursuivi ses études en Europe (Espagne). Il obtient son doctorat, devient enseignant et traducteur et commence à publier. Il rencontre immédiatement le succès et de nombreux prix couronnent son œuvre. Il vit alors dans d’autres villes d’Europe dont Paris.

Il écrit des romans, des essais et du théâtre.

Le temps passant, ses options politiques deviennent plus libérales et il fonde finalement un mouvement de droite démocratique au nom duquel il se présente aux élections présidentielles de son pays en 1990. Mais il n’est pas élu. Il s’installe alors en Espagne et jouit de la double nationalité : péruvienne et espagnole.

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

L'homme qui parle - Mario Vargas Llosa

Peuples et mythes d'un continent perdu
Note :

   Florence. Sous la chaleur caniculaire de l'été toscan, un touriste péruvien n'a qu'un souhait en tête: tout oublier de sa patrie, à laquelle semble le lier une troublante relation d'amour-haine, et s'immerger dans la Florence de Dante et de Michel-Ange. Un programme exécuté sans accroc, jusqu'à ce que, au détour d'une ruelle, une photographie exposée à la devanture d'une petite galerie d'art ne capte son regard.
   
   Et voilà le narrateur de "L'homme qui parle" ramené au Pérou, à la forêt amazonienne où il a jadis séjourné à plusieurs reprises, et au peuple des Machiguengas, les hommes-qui-marchent, pour lesquels son meilleur ami de ses années de jeunesse s'était pris d'une véritable passion. La valse des souvenirs est lancée. Souvenirs des conversations avec un ami qui a disparu sans plus donner de nouvelles. Souvenirs de nombreuses heures passées à lire toute la littérature traitant des mythes des Machiguengas, au peu que les ethnologues ont pu en apprendre, des mythes auxquels le narrateur de "L'homme qui marche" projetait de consacrer un livre. Livre avorté dès les premières pages et resté lettre morte, à moins qu'il ne s'agisse en fin de compte du livre que nous sommes en train de lire.
   
   L'imagination dispute la tribune à la mémoire, dans ce roman qui flirte avec l'autobiographie - tant le narrateur ressemble furieusement à l'auteur en personne -, et avec l'essai ethnologique. S'il est difficile de faire la part des faits et de la liberté du romancier, pour tout ce qui touche à la vie des Machiguengas, je suis en effet bien persuadée que "L'homme qui parle" s'appuie sur une documentation solide. Du reste, Vargas Llosa a bel et bien effectué plusieurs séjours d'étude dans la forêt de l'Amazonie péruvienne, comme étudiant à l'Université San Marcos de Lima puis comme journaliste. Et les réflexions qui sont ici entretissées au roman - concernant le rôle de l'ethnologie, les dangers qu'elle représente pour son objet d'étude, et cet équilibre, si difficile à atteindre et peut-être même impossible, entre intégration et acculturation -, témoignent d'une réelle maîtrise du sujet.
   
   Mais roman, autobiographie ou essai ethnologique, "L'homme qui parle" se lit comme un roman, tout simplement. Et c'est un roman captivant, porté par le souffle incantatoire, épique et poétique que Mario Vargas Llosa a su communiquer aux mythes Machiguengas qui viennent s'intercaler entre les épisodes du récit de son narrateur. Un souffle qui emprunte sans doute autant aux transcriptions des ethnologues qu'aux pouvoirs de l'imaginaire de l'auteur, à ses fantasmes et à sa fascination pour la faculté créatrice des mots et du langage. Tout comme cette mystérieuse figure de l'homme-qui-parle, institution machiguengas, ciment de la communauté ou invention de toutes pièces, incarnation des sortilèges de la parole...
   
   
   Extrait:
   
   "Je fus extraordinairement ému à l'idée de cet être, de ces êtres qui parcouraient inlassablement les forêts insalubres à l'est du Cusco et de Madre de Dios, des jours et des semaines durant, apportant et colportant des histories de Machiguengas, des uns aux autres, rappelant à chaque membre de la tribu que les autres vivaient, qu'en dépit des grandes distances qui les séparaient, ils formaient une communauté et partageaient une tradition, des croyances, des ancêtres, des malheurs et quelques joies, à l'image furtive et peut-être légendaire de ces hommes qui parlent et qui, sous le prétexte simple et très ancien - affaire, nécessité, manie humaine - de raconter des histoires, étaient la sève et le ciment qui faisaient des Machiguengas une société, un peuple d'êtres solidaires et communicants. (...)
   Ils sont une preuve tangible que raconter des histoires peut être un peu plus qu'un simple divertissement, eus-je l'idée de lui dire. Quelque chose de primordial et dont dépend l'existence même d'un peuple." (p. 110)

critique par Fée Carabine




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