Lecture / Ecriture
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Le maitre du jugement dernier de Leo Perutz

Leo Perutz
  La nuit sous le pont de pierre
  Le cavalier suédois
  Turlupin
  Où roules-tu, petite pomme?
  La Neige de saint Pierre
  Le Judas de Léonard
  La troisième balle
  Le tour du cadran
  Le miracle du manguier
  Seigneur, ayez pitié de moi !
  Le marquis de Bolibar
  Le maitre du jugement dernier
  Le cosaque et le rossignol

AUTEUR DES MOIS DE février & mars 2019

Leo Perutz est né à Prague (alors Autriche-Hongrie) en 1882. Il est fils d'un industriel du textile d'ascendance juive, mais peu religieuse.

Il entame des études de mathématiques qu'il ira poursuivre à Vienne. Il s'intéresse tout particulièrement aux probabilités et statistiques, ce qui lui vaudra de publier un traité de jeu de bridge et plus tard, un poste d'actuaire dans une compagnie d'assurance.

Avec la première guerre mondiale, il sera envoyé sur le front de l'est où il sera sérieusement blessé. C'est pendant sa convalescence qu'il écrira son premier roman: La troisième balle.

En 1938, il doit fuir devant le nazisme et s'installe à Tel Aviv, redevenant actuaire. Il ne publiera plus rien jusqu'en 1953.

Leo Perutz est mort en Autriche en 1957, laissant une œuvre importante. Il avait 74 ans.

Le maitre du jugement dernier - Leo Perutz

Le mystère des suicides en chaine...
Note :

   Encore un de ces récits énigmatiques du grand Leo Perutz ! Cette fois, nous sommes en 1909, à Vienne, dans un monde bourgeois et artistique, et même noble d'ailleurs, grâce à notre narrateur, le peu accommodant Baron Von Yosh, Capitaine, et surtout amoureux éperdu de la comédienne Dina, qu'il avait pourtant eu le tort de négliger, ce qui fit qu'il la retrouva mariée à un autre...
    Et cet autre, c'est Eugen Bischoff, star du théâtre, un peu sur le déclin, et depuis ce matin, ruiné. Mais il ne le sait pas encore. Notre narrateur, lui, le sait, mais ne manifeste guère de tristesse ou de compassion. Pourtant toute cette petite troupe forme, avec quelques autres, un groupe amical qui aime à se réunir pour jouer de la musique de chambre. C'est d'ailleurs ce qu'il vont faire ce soir, il y aura également Félix, le frère de Dina, le docteur Gorki, et un nouveau venu, ingénieur du nom de Solgrub, qui jouera les enquêteurs en concurrence avec le Baron. Car ce soir, il y aura un mort (qui ne s'en ira pas sans avoir évoqué un mystérieux "Maître du Jugement Dernier"), et une bien étrange histoire de personnes qui toutes, après avoir vécu une certaine expérience, se suicident... Nous voulons savoir laquelle, comment, pourquoi, et resterons "scotchés" aux basques du peu sympathique Baron Von Yosh, courageux, pointilleux sur son honneur, froid, calculateur, sans cœur et intelligent, que ses "amis" considèrent comme une "Superbe canaille" pour sa brutalité à toujours obtenir ce qu'il veut. Cette fois, c'est comprendre ce qui s'est passé. Et nous avec lui.
   
   Nous allons frôler, voire plus, le surnaturel, retomber dans la réalité pour la quitter à nouveau. De surprise en péripétie, de découverte en retournement de situation, et quelques morts plus tard, nous finirons par avoir le fin mot de cette histoire compliquée, mais souvenez-vous avec Perutz : Jamais avant la dernière page !!
   
   Une écriture superbe, une énigme captivante, une belle galerie de personnages et une époque début de siècle parfaitement rendue, vous vous régalerez en essayant de trouver la solution...
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critique par Sibylline




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Chambre close
Note :

   L’histoire est une variation autour du meurtre dans une chambre close, à Vienne en 1909. Le narrateur, un certain baron von Yosh, reçoit la visite du docteur Gorski qui lui propose d’aller chez Eugen Bischoff, célèbre acteur, pour jouer de la musique avec Dina, la femme d’Eugen, pour distraire ce dernier. D’autant que le jour même, la banque où il avait placé toutes ses économies a annoncé sa faillite.
   
   Un fois sur place, deux autres personnes sont aussi présentes : Felix, le frère de Dina, et Waldemar Solgrub, ingénieur très spécial, qui ressemble par ses talents de déduction à Sherlock Holmes.
   
   Au cours de la soirée, Eugen Bischoff s’isolera et se suicidera (aucun doute là-dessus). Le problème est que tout le monde a entendu deux coups de feu. Felix va très vite accuser le baron von Yosch car il a été l’amant de Dina il y a quelques années et a fait de nombreuses allusions déplaisantes tout au long de l’après-midi. Waldemar Solgrub est moins catégorique et commence son enquête. Le baron von Yosch en fera une en parallèle pour se disculper. La résolution du mystère ne se fera pas facilement, entraînera deux suicides dans des circonstances tout aussi incompréhensibles.
   
   En avançant, on s’oriente vers une explication livresque, irrationnelle et fantastique, à laquelle j’ai totalement adhéré. La fausse postface de l’éditeur est d’autant plus déconcertante.
   
   J’ai beaucoup aimé ce livre pour le côté mystère à résoudre, enquête parodique de Sherlock Holmes. J’ai eu plus de mal à comprendre le passage au fantastique. Une fois passé, j’y ai par contre totalement adhéré.
   
   Ce qui est déconcertant aussi c’est le fait que le baron von Yosch soit narrateur. Volontairement ou involontairement on adhère à son point de vue. Les accusations dont il est l’objet semblent incompréhensibles par exemple, car le baron nous les explique par des maladresses involontaires. Pour simplifier, on a du mal à croire à une quelconque culpabilité. Cela enlève un élément de suspens dirons nous. Un autre désavantage d’avoir le baron comme narrateur est le fait que les autres personnages nous sont inaccessibles, au niveau psychologique, notamment le personnage de l’ingénieur qui me semblait pourtant très intéressant. Cela vient du fait que le baron est peu empathique et a tendance à être manipulateur (en tout cas, c’est ce que le docteur nous dit savoir de lui par ouï-dire).
   
   Si on résume, le livre m’a plu mais moins que Le cavalier suédois. J’ai eu du mal à rester dans le livre quand je l’ouvrais. D’un autre côté, cela s’explique en grosse partie par le fait que ma lecture s’est faite dans les transports en commun et que les gens aiment s’asseoir à côté de moi pour parler avec leurs amis.
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critique par Céba




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Bon polar, bon roman
Note :

   Léo Perutz est un écrivain autrichien de langue allemande né à Prague en 1882. Il quitte la Bohème à l'âge de 17 ans pour Vienne où il étudie les mathématiques et la littérature. Il s'intéresse à la théorie des jeux de hasard et commence par travailler dans une compagnie d'assurances avant d’être appelé au combat pendant la Première Guerre mondiale, au cours de laquelle il est blessé. De retour à Vienne, il publie son premier ouvrage et entreprend de nombreux voyages. Il quitte l'Autriche pour la Palestine en 1938, au moment de l'Anschluss. Léo Perutz meurt en 1957. Le Maître du Jugement dernier est paru en 1923.
   
   Vienne, en 1909. Au cours d’un récital privé de musique de chambre, on découvre le corps sans vie du célèbre acteur Eugen Bischoff. Les circonstances de sa mort sont pour le moins mystérieuses, suicide provoqué ou meurtre maquillé ? Les soupçons se portent très vite sur le baron von Yosh, toujours amoureux de Dina, l’épouse de Bischoff, avec laquelle il eut une courte liaison avant son mariage. Une enquête menée en secret par Waldemar Solgrub, un ingénieur, membre du petit cercle d’intimes comprenant les susnommés ainsi que le docteur Gorki et Félix le frère de Dina, bascule soudain dans le plus grand mystère quand d’autres morts, toutes très troublantes, vont se produire.
   
   Je m’interroge souvent sur cette pratique consistant à catégoriser les livres en romans, polars, thrillers etc. J’en vois très bien le côté pratique et globalement adéquat mais combien de polars m’ont semblé faibles considérés comme tels alors qu’ils étaient de bons romans pour autant. C’est le cas inverse ici, ce roman de Leo Perutz est en fait un excellent thriller !
   
   Je connaissais l’écrivain pour Le Tour du cadran, très bon roman avec une poursuite haletante, ce bouquin-ci est un suspense très prenant, voire envoûtant, car l’énigme du début qu’on pouvait associer à des intrigues genre Le Mystère de la chambre jaune, par exemple, va prendre un tour ésotérique, ce qui ne fait qu’amplifier l’écarquillement des yeux du lecteur pressé d’en connaître l’épilogue. Fin du roman astucieusement négociée par Perutz, puisqu’elle est double et reste ouverte à toutes les interprétations. Du coup, même ceux qui n’aiment pas l’intrusion du surnaturel dans leurs lectures, peuvent opter pour l’autre hypothèse proposée. Malin, le gars !
   
   Si l’intrigue générale est peut-être un peu datée dans son développement, l’écriture est assez moderne et enlevée pour nous faire oublier l’ancienneté de ce très bon roman.
   
   "Il a choisi librement de mourir, dis-je à mi-voix. – Tiens donc ! Librement ! s’écria l’ingénieur d’une voix si virulente que je sursautai. En êtes-vous bien sûr ? Je vais vous dire une chose, baron : j’ai été le premier à pénétrer dans cette pièce. La porte était verrouillée de l’intérieur. J’ai dû briser la vitre de la fenêtre (…) J’ai vu son visage. J’ai été le premier à voir son visage. Et je vous dis : l’horreur qui avait déformé les traits (…), cette expression d’horreur n’était rien en comparaison de celle que j’ai vue sur le visage d’Eugen Bischoff. Il a eu une peur insensée de quelque chose qui nous est inconnu. (…) Eugène Bischoff a été acculé au suicide."

critique par Le Bouquineur




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