Lecture / Ecriture
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L’auberge rouge de Honoré de Balzac

Honoré de Balzac
  La peau de chagrin
  la fille aux yeux d'or
  Le colonel Chabert
  L'interdiction
  La messe de l’athée
  Le contrat de mariage
  Une ténèbreuse affaire
  Le lys dans la vallée
  Mémoires de deux jeunes mariées
  Illusions perdues
  Le Chef-d’œuvre inconnu
  Philosophie de la vie conjugale
  Louis Lambert
  Séraphîta
  Béatrix
  Splendeurs et misères des courtisanes
  La Grande Bretèche
  La Recherche de l'Absolu
  Eugénie Grandet
  Le curé de village
  La duchesse de Langeais
  Le médecin de campagne
  La Rabouilleuse
  La Grenardière
  L’auberge rouge
  La Cousine Bette
  Adieu
  Le bal de Sceaux
  La Bourse
  La Vieille Fille

Honoré de Balzac est un écrivain français né en 1799 et mort en 1850. Très prolifique, il a publié 91 romans et nouvelles de 1829 à 1852 et laissé une cinquantaine d'œuvres non achevées.


* Voir la fiche "Du roman considéré comme un des beaux-arts".

L’auberge rouge - Honoré de Balzac

Court et efficace
Note :

   Je poursuis ma lecture de Balzac avec l’Auberge rouge que j’ai apprécié.
   
   Un banquier, Monsieur Hermann un "bon gros Allemand" dîne en compagnie d’amis et relations. En fin de repas l’hôte annonce
   "Avant de nous quitter, monsieur Hermann va nous raconter encore, je l’espère, une histoire allemande qui nous fasse bien peur."

   Hermann choisit une histoire qui se déroula alors qu’il était prisonnier des Français :
   En 1799 deux chirurgiens militaires en route pour leur garnison traversent le pays Souabe et passent la nuit dans une auberge entièrement peinte en rouge.
   L’auberge est bondée et l’aubergiste les avertit
   "Si vous tenez à coucher dans un bon lit, je n’ai plus que ma propre chambre à vous offrir."

   Chambre qu’ils vont partager avec un homme de passage qui fuit les hostilités et qui dit imprudemment
   "J’ai cent mille francs en or et en diamants dans ma valise !".

   Prosper Magnan l’un des chirurgiens est troublé par la présence de cette fortune. Il s’imagine riche. "Ses pensées prirent insensiblement une mauvaise pente. Il songea très exclusivement aux cent mille francs sur lesquels dormait le négociant. Pour lui, cent mille francs étaient une immense fortune tout venue. Il commença par les employer de mille manières différentes, en faisant des châteaux en Espagne"
   Au réveil son compagnon a disparu et le spectacle est épouvantable
   "La tête du pauvre Allemand gisait à terre, le corps était resté dans le lit.Tout le sang avait jailli par le cou."

   Il a été tué à l’aide d’un instrument chirurgical or "L’instrument de chirurgie dont s’était servi l’assassin se trouvait sur la table avec la trousse, le portefeuille et les papiers de Prosper."
   Arrestation de Magnan, procès et condamnation à mort.
   
   Le récit terminé le banquier glisse qu’il pense avoir démasqué l’assassin, qu’il connait l’identité du meurtrier car Prosper Magnan était innocent le banquier en est certain.
   
   Le narrateur présent à ce diner est lui aussi d’une certaine façon impliqué dans cette histoire (je ne vous dirai pas comment) il va petit à petit deviner la vérité et s’apercevoir que cela va le contraindre à prendre une décision importante.
   
   Balzac aime bien les récits à emboîtements, procédé dont il use régulièrement. Dans cette nouvelle il peint avec habileté la société et les mœurs de l’époque. Il avance très habilement les thèmes de la culpabilité, du remord qui taraude, de la responsabilité. En sous-main on peut aussi penser que Balzac nous alerte sur l’origine de l’argent dans une certaine société.
   
   L'Auberge Rouge est une nouvelle philosophique, très courte et très efficace. Elle n'a rien à voir avec le film du même titre.
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critique par Dominique




* * *



Culpabilité - innocence
Note :

   L’auberge rouge de Honoré de Balzac commence comme de nombreux romans de l’époque romantique par une histoire racontée par un convive, à la fin d’un bon repas. Nous sommes chez un banquier parisien qui a réuni des amis autour de sa table pour honorer Hermann, un banquier allemand, de passage dans la capitale. Et c’est, bien sûr, à la demande d’une "blonde et jeune personne", la fille du banquier, "qui sans doute avait lu les contes d’Hoffmann et les romans de Walter Scott" que le récit ( qui doit faire peur) commence.
   
   Le relation d’Hermann se déroule en Allemagne en 1799 pendant les guerres napoléoniennes. Deux étudiants en chirurgie, militaires français, originaires de Beauvais, rejoignent leur régiment. L’un se nomme Prosper Magnan, l’autre, dont Hermann a oublié l’identité, reçoit pour les besoins du récit le prénom de Wilhem. Tous deux s’arrêtent dans une auberge peinte en rouge et louent une chambre qu’ils doivent partager avec un vieux négociant. Pendant la nuit, Prosper, d’origine modeste, est tenté par une mallette pleine d’argent, une véritable fortune, que le voyageur a placée sous son lit. Il est prêt au meurtre. Effrayé par ses pulsions criminelles, il s’enfuit par la fenêtre et ne revient que lorsqu’il a surmonté son trouble et repoussé la tentation. Pourtant le lendemain, l’on retrouve le vieillard mort, la tête coupée par un instrument chirurgical qui lui appartient. Wilhem, quant à lui, a disparu; la valise aussi. Prosper est accusé de meurtre et condamné à mort. C’est là qu’il fait connaissance de Hermann. Ce dernier est bien vite convaincu de son innocence…
   
   Le romantisme
   Balzac se moque des codes traditionnels du romantisme tout en leur obéissant ! Il place le récit d’Hermann en Allemagne, berceau du romantisme, et prénomme le conteur Hermann mais ne peut s'empêcher de remarquer ironiquement "comme presque tous les Allemands mis en scène par les auteurs". Le voyage des jeunes gens avant l’arrivée à L’auberge rouge donne lieu à la description des paysages accidentés, pourvoyeurs d'émotions fortes, avec des pitons rocheux escarpés, des eaux tumultueuses, des vertiges et des a-pic que l’on retrouve non seulement chez tous les écrivains de cette époque mais aussi chez les peintres. Des sites "où le pittoresque du Moyen-âge abonde, mais en ruines…" et où "le Rhin bouillonne" au fond des gorges. Mais ce faisant, Balzac casse les poncifs du romantisme en s'exerçant à la caricature d'Hermann, "un bon gros allemand".
   "En homme qui ne sait rien faire légèrement, il était bien assis à la table du banquier, mangeait avec ce tudesque appétit si célèbre en Europe, et disait un adieu consciencieux à la cuisine du grand Carême."
   

   Au cours de la nouvelle, le narrateur principal qui écrit à la première personne, interrompt de temps en temps le récit d'Hermann, narrateur secondaire, pour apporter des précisions. On remarque la structure complexe de l’écriture, où le narrateur n°1 commente ce qui se passe dans le présent au moment du récit mais aussi, on le verra, après le récit, et le narrateur n°2 raconte le passé, deux narrations qui s’enchâssent l’une dans l’autre.
   
   Nouvelle policière, gothique ?

   L’auberge rouge n’est pas à proprement parler un roman policier. Certes, il y a meurtre, mais le lecteur sait tout de suite qui a commis le crime même si tout accuse Prosper. Il n’y a jamais de doute. L’on ne recherche pas le vrai assassin mais l’attitude apeurée d’un des convives observé par le narrateur 1 pendant le récit nous met tout de suite la puce à l’oreille. Pas de suspense donc pour savoir qui est le coupable. Il est à cette table ! C’est la certitude que nous avons.
   
   Pour moi, la nouvelle s’apparente beaucoup plus au roman gothique si prisé chez les Anglais dès la fin du XVIII siècle et si apprécié des romantiques.
   Balzac joue, en effet, sur la peur. L’effet fantastique est créé par la crise de folie qui s’empare de Prosper quand il pense à tuer le voyageur. Tout semble se dérouler comme dans un rêve, hors du temps. Le jeune homme perd peu à peu ses repères moraux, le silence de la nuit agit sur sa pensée "qui acquiert une puissance magique". Plus tard, après sa marche désordonnée au bord du Rhin, il s’endort, calmé, semble-t-il. Mais tout concourt encore à créer une impression d’angoisse, d’étouffement. L’atmosphère est lourde, la terreur étreint Prosper même au plus profond de son sommeil, le bruit de l'eau (du sang?) goutte toute la nuit près du lit du dormeur, enfin vient la découverte macabre : "La tête du pauvre Allemand gisait à terre, le corps était resté dans le lit. Tout le sang avait jailli par le cou."
   
   Une nouvelle philosophique

   Pourtant, c’est en plaçant définitivement L’auberge rouge au sein de La comédie humaine, dans Etudes philosophiques que Balzac révèle la véritable intention de son œuvre.
   
   Il y est question de culpabilité, pas seulement de celle du véritable assassin qui se révélera être un personnage récurrent de la Comédie Humaine, Frédéric Taillefer, père de la jolie Victorine, dont le narrateur n°1 est amoureux. Mais de celle, plus subtile, de Prosper qui a commis le crime en esprit. Mais est-on responsable de ses pensées? Le passage à l’acte, seul, fait-il la différence entre l’innocence et le coupable ?
   Enfin, au-delà de cette question, l’épreuve vécue par Prosper ne révèle-t-il pas la part de monstruosité qu’il y a en chacun de nous ?
   
   La notion de culpabilité entraîne aussi celle du remords et de la souffrance. Balzac montre que la conscience de l’assassin le tourmente tellement qu’il en arrive à se trahir lui-même, en refusant le croiser le regard de son voisin. C’est en jouant aux cartes avec lui que le narrateur n°1 va le confondre, ce qui rappelle l’importance symbolique du jeu de cartes dans une autre nouvelle romantique, comme vecteur de vérité, de bien et de mal, de vie et de mort, La dame de pique de Pouchkine. Mais en démasquant le coupable, le narrateur fait-il une œuvre morale et juste comme le lui fait remarquer une dame de sa connaissance : "Pourquoi ne pas laisser agir la justice humaine et la justice divine ? Si nous échappons à l’une, nous n’évitons jamais l’autre ! Les privilèges d’un président de Cour d’assises sont-ils donc bien dignes d’envie ? Vous avez presque fait l’office du bourreau." Bref ! Quel droit avons-nous de nous ériger en juge ?
   
   Enfin dernière question philosophique : Le narrateur est lui-même puni car il ne peut pas résoudre le dilemme suivant. Comment peut-il épouser Victorine et en s’alliant à elle jouir d’une fortune teintée de sang ? Le problème moral semble insoluble. Il ne peut se résoudre à sacrifier son amour ni à l'épouser ! C’est pourquoi il va réunir ses amis pour leur demander leur avis : parmi eux un juge, un protestant, un curé, un puritain, un philosophe, un avocat, un ancien ministre… On a alors l’impression de se retrouver dans un conte voltairien qui renvoie dos à dos, avec une ironie malicieuse, tous ces personnages marqués par leur milieu social, leur métier, leur religion, et l’on se réjouit de leurs réponses sentencieuses, hypocrites et vides qui ne mènent à rien ! Je vous laisse découvrir la chute finale !

critique par Claudialucia




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