Lecture / Ecriture
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B comme: La leçon de pêche de Heinrich Böll

Heinrich Böll
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  La Grimace
  Journal irlandais
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  Le destin d'une tasse sans anse
  Mais que va-t-il devenir, ce garçon ?
  Chien blême
  Femmes devant un paysage fluvial
  Une mémoire allemande
  B comme: La leçon de pêche
  Le Train était à l’heure
  Le silence de l’ange

AUTEUR DES MOIS D' AVRIL & MAI 2019

Heinrich Böll est né à Cologne en 1917 dans une famille nombreuse catholique. Son père était ébéniste et sculpteur sur bois. La famille aurait pu être aisée mais la période était aux restrictions et même à la disette (crise économique). Politiquement aussi, l'époque était agitée et brutale. Böll, adolescent, assiste à la montée du nazisme et à sa prise de pouvoir. Il fut de tout temps réfractaire à ces idées et ne fit jamais partie des Jeunesses Hitlériennes.

Après son bac, il s'inscrit à l'université de Cologne pour y faire ses humanités. Il écrit son premier roman : Am Rande der Kirche, en 1939. Mais il est incorporé dans la Wehrmacht. Comme on s'en doute, il déteste l'armée, la guerre, le nazisme... il ira en Pologne, en France, en Roumanie, en Hongrie puis en URSS. Il sera blessé plusieurs fois. ll se marie en 1942. En 1944, sa mère meurt dans un bombardement. Il est capturé par les troupes américaines en avril 1945; envoyé dans un camp de prisonniers et libéré le 15 septembre.

Après la guerre, il mène de front travail dans l'atelier de menuiserie de son frère et études universitaires. En 1947, Böll envoie ses premières nouvelles à différents journaux et périodiques et interrompt ses études, et commencent les vaches maigres car il mettra plusieurs années à pouvoir vivre de sa plume. Mais il remportera ensuite de nombreux prix dont le Prix Nobel de littérature en 1972 .

Heinrich Böll est un écrivain engagé. Il écrit de plus en plus d'essais, de discours et de textes polémiques. Lorsque l'écrivain russe Alexandre Soljenitsyne sera expulsé, il l'accueillera. Plus tard, il recevra la médaille Carl von Ossietzky de la Ligue internationale des droits de l'homme pour L'Honneur perdu de Katharina Blum. De même, il soutiendra de nombreuses causes dans le monde entier comme en Allemagne, au nom de la défense de la liberté, du pacifisme et de l'écologie.

Mais sa santé se dégrade. Malade du cœur, il doit subir plusieurs interventions et restera faible. Il finira par en mourir en 1985, il avait 68 ans.

B comme: La leçon de pêche - Heinrich Böll

Adaptation en BD d’une nouvelle d’Heinrich Böll
Note :

   Illustrations : Emile Bravo
   
   C’est Emile Bravo qui a réalisé les images et qui, j’imagine, a adapté le texte de la nouvelle d’Heinrich Böll, apparemment assisté de Bernard Friot, crédité de la traduction et de l’adaptation.
   
   La nouvelle La leçon de pêche fut écrite en 1963. Il ne reste bien entendu – même si je ne l’ai pas lue – que la ligne directrice et quelques dialogues peut-être ? Car de quoi s’agit-il ?
   Un pêcheur en train de siester dans sa barque amarrée au port se voit réveillé par le déclic de l’appareil photo d’un touriste en train de le prendre en photo. Du coup la conversation s’engage :
   Oui, le pêcheur est sorti ce matin et non, il ne sortira pas cet après-midi. Pourquoi ? La pêche fut bonne entre langoustes et maquereaux, assez bonne pour deux sorties.
   
   Le touriste, digne représentant de la société consommatrice et capitaliste, se lance alors dans un discours qui se veut mobilisateur, lui expliquant que s’il ressortait à nouveau il s’enrichirait, pourrait acquérir une deuxième barque puis un chalutier puis des chalutiers puis … (un peu l’histoire de Rockfeller. Comment vous ne la connaissez pas ? Le jeune Rockfeller, errant dans les rues de New York, pauvre comme Job, trouve une pomme à moitié pourrie. Il l’astique et la revend. Avec l’argent de la vente rachète plusieurs pommes à moitié pourries. Les astique, … et … c’est là qu’il rencontre et épouse la fille d’un millionnaire !).
   
   Mais revenons à notre brave pêcheur. Coi devant le fil du discours du touriste qui en est au stade où le pêcheur vendra directement ses homards, congelés dans son propre entrepôt frigorifique chez Maxim à Paris il demande "Et puis ?" (oui, il n’est pas futé notre pêcheur !). Et là le touriste porte l’estocade :
   "Vous pourriez venir vous asseoir sur le port, faire la sieste en plein soleil ou contempler les splendeurs de la mer !
   "Mais c’est ce que je fais en ce moment, je suis assis au bord de la mer et je fais la sieste … C’est le "clic, clic" de votre appareil qui m’a dérangé …"
   

   D’où la conviction qui me vient que Rockfeller était un touriste. Et notre pêcheur pas Rockfeller !
   
   Il ne s’agit pas typiquement d’une nouvelle "Böllienne" (d’ailleurs qu’est-ce qu’il en a à faire de Rockfeller notre ami Böll ? Il a bien assez de chats à fouetter avec les politiciens ouest-allemands qu’il ne porte pas précisément dans son cœur !).
   
   Les dessins d’Emile Bravo sont du style naïf (la publication est tournée vers la prime jeunesse). Le texte absent (dans les 99% évaluai-je, à la louche) sont compensés par les détails explicites des dessins. Ca en fait une nouvelle accessible au très jeune public, même si je ne suis pas sûr qu’il soit, ce jeune public, en mesure de bien apprécier l’ironie de la situation. Et d’abord, le très jeune public n’a jamais entendu parler de Rockfeller, alors ? !

critique par Tistou




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