Lecture / Ecriture
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China Dream de Jian Ma

Jian Ma
  Nouilles chinoises
  Chemins de poussière rouge
  La route sombre
  Chienne de vie !
  China Dream

Ma Jian (马建) est un écrivain, poète, photographe, peintre et romancier chinois né à Qingdao en 1953.

China Dream - Jian Ma

Le pouvoir et la mémoire
Note :

    Ma Jian est un auteur chinois, dont les livres sont actuellement interdits en Chine. L’auteur est en exil à Londres depuis plusieurs années. De cet auteur, j’avais lu en 2012 Chienne de vie ! Je me rends compte qu’en sept ans, j’ai fait beaucoup de progrès sur l’histoire chinoise récente (principalement grâce au manga Une Vie chinoise à mon avis) car tous les événements dont Ma Jian parle dans China Dream m’étaient connus. Cela m’a permis une lecture bien plus facile.
   
   En 2012, Xi Jinping visite un musée dédié à l’histoire chinoise de la première guerre de l’opium à nos jours. Ce musée se focalise sur le positif, c’est-à-dire la reconstitution d’une grande puissance après l’humiliation des guerres de l’opium, mais oublie la Révolution culturelle ou le Grand Bond en avant. Après cette visite, il fait un discours où il parle de "rêve chinois de renouveau national" pour rendre la Chine plus puissante et plus prospère qu’elle ne l’est déjà, une sorte de direction commune pour atteindre le bonheur suprême. Comme expliqué dans la préface, ce discours est une des sources d’inspiration de l’auteur.
   
   Ma Daode, fonctionnaire local, directeur du nouveau Bureau du Rêve Chinois (qui existe vraiment d’après Ma Jian), est chargé de la mise en place dans la région du fameux rêve. Ma Daode va même plus loin : pourquoi ne pas implanter le "rêve" dans le cerveau de tous les citoyens, pour leur permettre d’être enfin heureux. Cela revient à supprimer de leur mémoire tous les souvenirs qui n’ont aucun rapport avec le rêve. Bien sûr, ce projet n’en est lui aussi qu’au stade du rêve car Ma Daode n’arrive pas à faire admettre cette idée à ses collègues et supérieurs, et n’a donc aucun financement pour commencer les recherches.
   
   Il doit donc pour l’instant se contenter des vieilles méthodes : imposer par la force, le rêve. Cela revient à annihiler la mémoire des gens mais aussi des lieux dans lesquels ils ont vécu. Dans le livre, l’exemple le plus représentatif est la destruction de vieux bâtiments pour construire un parking (très belle métaphore de l’état de la mémoire que l’on souhaite aux habitants).
   
   Ma Jian nous fait au passage découvrir la corruption (argent comme sexuelle) des Gardes rouges au travers du personnage de Ma Daode.
   
   Au cours du roman, Ma Daode devient de plus en plus "malade". Les souvenirs de la Révolution culturelle remontent à la surface, mais fait exceptionnel, ils sont accompagnés de regrets. Il a notamment dénoncé son père, entraînant plus ou moins le suicide de ses parents. Cela donne un personnage complètement schizophrène, avec deux personnalités, dont une non contrôlée. Une partie de lui veut obéir aux ordres du parti, l’autre veut se rappeler et purger ses fautes.
   
   Je suis en train de lire Nous autres de Evgueni Zamiatine, où l’auteur reprend le même type d’idées sur la mémoire personnelle et collective, en insistant sur le fait que dans une dictature, la mémoire et surtout la conscience personnelle sont une maladie à éradiquer pour être heureux dans un tel pays. On retrouve cela dans le roman de Ma Jian.
   
   Dans l’ensemble, j’ai beaucoup aimé ce propos, mais plus pour le propos que la narration où le style. En effet, l’auteur va un peu trop dans la comédie ou dans l’excès à mon goût. De plus, j’aurais aimé que l’idée des implants soit un peu plus poussée. Ici, on lit plutôt un roman dénonçant un état de fait qu’un roman d’anticipation (même d’une réalité proche).
   
   En conclusion, une bonne lecture dans un style parfois surjoué. Cela m’a rappelé que j’avais Beijing Coma dans ma Pile À Lire.

critique par Céba




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