Lecture / Ecriture
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De Marquette à Veracruz de Jim Harrison

Jim Harrison
  De Marquette à Veracruz
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  Lointains et Ghâzals
  L'été où il faillit mourir
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  En marge - Mémoires
  Julip
  Un bon jour pour mourir
  Dalva
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  Nord-Michigan
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  Une odyssée américaine
  Grand Maître
  Péchés capitaux
  La Route du retour
  Nageur de rivière
  Le Vieux Saltimbanque

Auteur des mois d'avril et de mai 2006

Jim Harrison est né en 1937 dans le Michigan. Il a commencé à écrire dès l´adolescence, par conviction et par ennui, dit-il à peu près.
Il a fait des études de littérature et a commencé à publier de la poésie, puis, des articles, des scenarii, des recueils et ses premiers romans.
Alors qu´il avait débuté dans l´enseignement dans l´état de New York, il abandonne rapidement cette voie pour se consacrer uniquement à l´écriture, et retourner dans le Michigan.



* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

De Marquette à Veracruz - Jim Harrison

A la recherche du nord perdu
Note :

   "Après son dernier évanouissement, mon père a repris conscience. Il avait le visage trop tuméfié pour pouvoir parler clairement et maintenant, plutôt que de gémir, il bêlait. Du regard il a exprimé sa demande sans ambiguïté et je l'ai doucement poussé par-dessus bord. Il a mis beaucoup de temps avant de se noyer pour de bon. J'observais les écailles de poissons puantes et les fragments de viscères séchés au fond du bateau, puis je levais les yeux et il était toujours là à flotter dans le courant. Et puis, enfin, je me suis réjoui de le voir couler. Quelle étrange façon de dire au revoir à son père."
   
   Le "meurtre" du père, voici à peu de choses près la fin de "De Marquette à Veracruz", une fin que Jim Harrison nous jette comme un coup de poing dans la figure à la toute première page de son nouveau roman, une page qui fait figure de présage funeste, vision d'horreur à peine aperçue, le temps d'un - mauvais - rêve. Et la page 13 nous ramène vingt ans en arrière, dans les années soixante, où l'on fait la connaissance de David Burkett quatrième du nom, héritier à son corps défendant d'une lignée de grands prédateurs. Car "prédateurs" est bien le terme qui convient pour décrire les trois premiers David Burkett, qui ont bâti la fortune familiale sur la sur-exploitation des ressources naturelles de la rive sud du Lac Supérieur, dans le nord du Michigan, ressources d'un sol frauduleusement arraché à ses propriétaires légitimes - les indiens Anishinabe. Tous les moyens sont bons pour permettre aux patriarches de la famille Burkett de satisfaire leur avidité de pouvoir et d'argent (et bizarrement, le mot français "avidité" me paraît moins fort que le mot anglais "greed", omniprésent dans ce livre, en véritable leitmotiv). Rien ne peut mettre un frein à cette avidité dévorante, ni la beauté de la forêt primitive - rasée en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, ni les risques encourus par les travailleurs des exploitations forestières ou minières - somme toute, ils ne sont que quantité négligeable... Si j'ajoute que David Burkett III est en outre un grand coureur de jupons, et même de très jeunes jupons, vous comprendrez sans peine que David Burkett IV, adolescent au moment où nous faisons sa connaissance dans les années soixante, doux rêveur, amateur de pêche à la mouche et profondément amoureux des magnifiques paysages de sa région natale, se trouve confronté à une grave crise d'identité. Une crise qui le lance dans le projet titanesque de découvrir la source du mal dans l'histoire de sa famille. Rien de moins!
   
   "De Marquette à Veracruz" est avant tout un roman d'apprentissage dont le héros tente vaille que vaille de se distancier d'un héritage familial qui lui répugne. C'est aussi un extraordinaire catalogue des névroses contemporaines et de tous les moyens que les hommes ont inventé pour s'en évader ne serait-ce qu'un instant, l'alcool, les anti-dépresseurs, le sexe pour un instant d'oubli et puis la religion dont on change comme on change de chemise. J'ai cru un instant, à la fin de la première partie, que "De Marquette à Veracruz" allait sombrer dans le grand-guignol... Et puis non, Jim Harrison côtoie l'abîme mais il n'y tombe pas, pas plus que son héros, personnage impossible, irritant à force de s'apitoyer sur lui-même mais attachant en diable. "De Marquette à Veracruz" est sans aucun doute un bon cru de Jim Harrison. Un très bon cru même jusqu'aux dix dernières pages, dont je ne sais que penser, et une fin expédiée en deux coups de cuillère à pot, bâclage ou vision de cauchemar dont la réalité s'estompe en un battement de paupières, je ne me sens pas capable de trancher... Quant à l'issue de la quête de David Burkett IV et à la signification de la scène initiale, ma foi, je vous le laisse découvrir en lisant "De Marquette à Veracruz"...
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critique par Fée Carabine




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Une vie bien mal partie
Note :

   Un des derniers Harrison en date. Pas forcément celui qui me parait le plus ... abouti ... On y retrouve des thèmes et obsessions récurrents de Jim Harrison : la filiation (toujours douloureuse), les filles ou femmes, toujours plus équilibrées, matures que les garçons ou les hommes, la nature omniprésente et toujours d'une grande importance, ... Le traitement est classiquement "Harrisonien", avec des digressions exubérantes qui semblent nous emmener à mille lieux mais qui s'avèrent indispensables pour appréhender la psychologie des personnages, avec une vision très terre-à-terre, très crue, des diverses interactions entre les protagonistes. Une écriture foisonnante et très originale (oui ! bravo le traducteur !) ... Bref du Harrison. Mais pas celui qui me parait le plus abouti.
   
   PS: On retrouvera les personnages de ce roman dans "Retour en terre" (fiche sur ce site)
    ↓

critique par Tistou




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Lecture exigeante
Note :

   David Burkett, le fils d'une riche famille descendant d'exploitants forestiers se rebelle contre son héritage en s'opposant à son père, un alcoolique vicieux. A partir de 16 ans et jusque dans sa quarantaine, il entreprend de rédiger l'histoire de sa famille et son influence sur la déforestation de la péninsule Nord, sans toutefois être capable de vivre avec une femme en dépit de toutes celles qui traversent sa vie et dont il pense tomber amoureux.
   
   Jim Harrison décide de se glisser (et nous avec) dans la peau d'un homme sur une durée de 20 ans tandis qu'il se débat avec ses soucis existentiels pour parvenir à se faire pardonner aux yeux du monde : il décide d'écrire une sorte de biographie de sa famille.
   
    "Ce que nous ne pouvons pas contrôler est souvent comique." (p.54)
   

   Le compte rendu méthodique des frasques de sa famille, le récit du comportement odieux de son père qui se retrouve en rupture avec sa famille après avoir violé Vera, la jeune fille de 12 ans de Jesse, son ancien camarade de guerre devenu son assistant et associé. Récit initiatique sur la filiation (mère-fils et père-fils), l'amour en général et ses incapacités, sans oublier les thèmes chers à Harrison : la nature, les chiens, le devoir de mémoire et, pour la première fois dans un roman que je lis de lui, la France y tient une belle part. Toujours beaucoup de poésie, d'inventions et d'images qui n'appartiennent qu'à l'univers désenchanté quoique réaliste mais non dénué d'un féroce appétit de la vie qui est celui que je trouve dans les écrits de l'auteur.
   
   "J'ai lu quelque part que les caveaux en ciment qui enferment les cercueils, construits selon la même technique que les fosses septiques, fuient souvent, si bien que les cercueils flottent dans l'obscurité." (p.301)

   
   Lecture exigeante tout de même : la prose de Jim se mérite en lui accordant une belle attention et un esprit assez ouvert.
   
    "Sans doute qu'à une certaine époque, davantage de gens étaient simplement eux-mêmes, mais sans doute que ni elle ni moi n'avions jamais essayé d'être simplement nous-mêmes. Enfin, nous étions peut-être le genre d'individus que la culture n'avait aucun mal à dénaturer. Enfants, nous étions assez fantasques pour souhaiter être un oiseau jusqu'au soir, et rien ne se perd plus aisément que le sens du jeu." (p.252)

   
   Titre original : True North

critique par Wictoriane




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