Lecture / Ecriture
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Middlesex de Jeffrey Eugenides

Jeffrey Eugenides
  Middlesex
  Virgin Suicides
  Le roman du mariage
  Des raisons de se plaindre

Jeffrey Eugenides est un romancier américain né en 1960.

Middlesex - Jeffrey Eugenides

LE pavé qui fait plaisir
Note :

   On peut passer des heures à lire sur le net ce qui s’est déjà dit sur cet excellent roman, et se perdre complètement quant à savoir qu’en dire soi-même.
   
   En même temps je répugne à entrer dans les détails, ils contribuent grandement au plaisir de lecture, c’est tout un art de faire manger le lecteur dans sa main en l’emmenant des années 20 en Grèce à la fin des années 80 à Détroit.
    (Paresse ? Sûrement un peu, aussi. Ca a déjà été fait, et super bien fait, tellement de fois).
   
   Très rapidement alors, ceci est l’histoire de Calliope Stéphanides, né(e) avec un cinquième chromosome récessif. Hermaphrodite, voici un truc qu’on connaît mal. Mais nous ne nous pencherons sur son cas précis qu’après avoir suivi de près ses grands-parents, puis ses parents, depuis leur adolescence.
   
   Il y a du génie dans la plume de Jeffrey Eugenides. Le sujet ne m’emballait pas des masses, j’ai rechigné plusieurs années avant de me lancer dans ce pavé, et je n’en ai que plus savouré chacun de ses mots. Il est drôle, inventif, lyrique, poétique, léger et grave, amical et proche, pointu et ouvert.
   
   J’ai fait des tas de recherches sur Smyrne, la Turquie et la Grèce, parcouru les rues de Détroit pendant la prohibition, j’ai roulé sur un lac gelé et dévalé des pentes ensoleillées.
   
   J’ai adoré le mauvais anglais de yia yia et ses « poupée mou », j’ai essayé de prononcer le nom de Marius Wyxzewixard Challouehliczilczese Grimes. (désastreux !)
   
   J’ai suivi pas à pas chaque étape de cette fresque foisonnante en aimant chacun de ses personnages, même le père Mike.
   
   Bref, j’ai A-Do-Ré, et j’espère que vous aussi !
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critique par Cuné




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Deux sexes, une réussite
Note :

   Il y a des livres qu’on a du mal à quitter. C’est son cas. (J’ai relu la première partie aussitôt achevé la dernière phrase)
   
   Il y a des livres qui ne nous ont pas quitté. Ce sera son cas, pour sûr.
   
   Alors par quoi démarrer? C’est comme un bon repas.
   
   D’abord l’ambiance, un narrateur qui nous dit tout dès le démarrage, qui nous met dans la confidence de sa particularité, qui nous présente avec bienveillance les membres de son histoire familiale.
   
   Ensuite la table, originale sans tape à l’œil, haute en couleur, emplie de nourritures diverses et variées (éléments historiques, géographiques, sociaux et psychologiques).
   
   Enfin la nourriture littéraire, idéalement servie, sans précipitation, équilibrée, sans fausse note. Alternant descriptions et accélérations bienvenues. Une écriture très cinématographique dans les moments clés. Une utilisation des temps (présent et passé) judicieuse.
   
   Que trouve-t-on dans ce roman irrésistible?
   
   Un narrateur hermaphrodite (qui témoigne des difficultés d’être des deux sexes, et des douleurs de ne pas savoir véritablement duquel) Cal/Calliope, ce seront ses deux prénoms, va faire un saut en arrière de deux générations pour nous raconter la vie de ses grands-parents, puis celle de ses parents pour en arriver à la sienne propre et particulière.
   
   Les grands-parents Desdemona et Lefty, sont des victimes de la guerre Turquie/Grèce, dans l’obligation d’émigrer vers les Etats-Unis pour sauver leurs peaux. Ils découvrent/confirment leur amour en quittant leur pays. Jusque là, rien de bien original, vous me direz, sauf que ces deux là sont frère et sœur. Nous est conté leur arrivée sur le sol américain (Détroit), leur combat pour gagner leur vie…
   
   Les parents Tessie et Milton, eux aussi cachent quelque chose de particulier (mais je ne vais pas tout raconter tout de même!). Ils vivent à Détroit, se soucient de leurs enfants: chapitre onze (c’est ainsi que sa sœur de narratrice le nomme) et la Calliope qui raconte. Ce père est un self made man, pur sauce américaine, et l’on vit en sa compagnie l’histoire américaine d’après guerre.
   
    « Des yeux d’Arménien presbyte rencontrèrent des yeux d’Appalachienne quadragénaire. Le contact se prolongea puis se rompit. Je n’avais que cinq minutes et déjà les thèmes de ma vie - le hasard et le sexe – s’annonçaient. Rosalie rosit. "Magnifique, dit le docteur Philobosian, parlant de moi mais regardant son assistante. Une petite fille magnifique en pleine santé."» P 282

   
   Puis vient le tour, un peu plus intime de la vie de la narratrice au profil si particulier. C’est ce permanent va et vient entre vie intime et histoire générale qui donne du charme à ce roman. Savant équilibre attachant. Le ton est celui de la confidence.
   
    « Seule ma main bougeait, et mes pieds sur la balustrade, poussant la balancelle. Cela dura trois minutes, ou cinq, ou quinze. Je n’en ai aucune idée. Le temps disparut. Cependant nous n’étions pas toujours conscient de ce que nous faisions. La sensation se dissolvait directement dans l’oubli.» P508

   
   Un roman plein d’émotions diverses et variées mais toujours superbement restituées. Dans la famille de John Irving et de son "monde selon Garp" pour les connaisseurs.

critique par OB1




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