Lecture / Ecriture
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Middlemarch de George Eliot

George Eliot
  Middlemarch
  Silas Marner
  Le Moulin sur la Floss

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, George Eliot n'est pas un homme, mais une femme. C'est en effet sous ce nom que Mary Ann Evans, romancière britannique née en 1819 et décédée en 1880, publia ses romans.

Middlemarch - George Eliot

C’est un satané freluquet de pédant à sang de navet !*
Note :

   Virginia Woolf, dans la préface, dit merveilleusement une chose très vraie :
   « Quand on revient à ces livres après plusieurs années d’absence, ils répandent, même contre notre attente, les mêmes réserves d’énergie et de chaleur, si bien que nous éprouvons par-dessus tout l’envie de paresser dans cette chaleur comme sous le soleil qui tombe du mur rougeoyant du verger. »
   
   « Middlemarch », c’est un roman fort complet, dont on pourrait dire qu’il relate la chronique de l’Angleterre rurale des années 1830. Vie sociale, politique, amours, ambitions, intrigues, on entre dans le détail de la vie de toutes les couches de la population.
   
   Ce qui en ressort très fortement et nettement, par delà l’histoire et le contexte et tout le reste, c’est la formidable précision avec laquelle George Eliot dissèque tout sentiment ou toute pensée des protagonistes.
   Ce qui, souvent, est appréhendé par bouffées, est ici détaillé à l’extrême.
   Et puis on trouve, entre autres :
   * De cinglantes petites phrases disséminées ici et là :
    « Décidément cette femme était trop jeune pour s’élever au niveau altier de la condition d’épouse – puisqu’elle ne se montrait pas incolore, informe, résignée d’avance à tout. »
   * Des cocasseries, qui tombent du ciel, et nous ravissent.
   Comme Will Ladislaw qui « dans les maisons où il se liait d’amitié, était enclin à s’étendre de tout son long sur le tapis devant la cheminée tout en parlant»
   * De si jolis noms, pour les protagonistes : Tertius Lydgate, Elinor Cadwallader… Quelles magnifiques sonorités.
   * De la finesse, façon de faire passer le gagatisme d’une mère à travers deux petites phrases, dans le courant de l’action :
    « Il paraissait évident que là où se trouve un bébé les choses se passent assez bien et que l’erreur, de façon générale, est due à la simple absence de cette force centrale comme élément d’équilibre.
   […] Ce n’est pas nous qui nous affligerions, n’est-ce-pas, bébé ? demande Célia en confidence à ce centre inconscient de l’équilibre du monde, possesseur des petits poings les plus remarquables, complètement équipés jusqu’au bout des ongles, et d’une quantité de cheveux suffisante, vraiment, quand on lui enlevait son bonnet, pour faire… on ne sait quoi, bref, un bouddha dans le style occidental."

   * Du suspens, la lecture des testaments de Peter Featherstone, le codicille mystérieux de M. Casaubon, ces scènes mettent savamment l’imagination en branle, tournant gracieusement autour des faits avant de les révéler.
   Et puis vers la fin l’action s’accélère, on est pris comme dans un tourbillon et on brûle d’impatience de voir le sort réservé à ces personnages qu’on accompagne depuis si longtemps, tout en redoutant de le lire noir sur blanc, voulant presque que cela reste à l’état de possibilité, encore ouvert à tout.
   
   C’est à un fort agréable voyage, au long cours, que nous convie George Eliot. Je conserve malgré tout mon penchant pour Jane Austen, dont je n’ai pas trouvé ici, malgré toutes les qualités, l’impertinence joyeuse.
   
   * dit Will avec une impétuosité grinçante. (A propos de M. Casaubon)
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critique par Cuné




* * *



Parce qu'il n'y a pas que les insomnies la nuit:...
Note :

   Parce qu'il n'y a pas que les insomnies la nuit: il y a aussi des personnages étranges dans la pièce...
   
   La nuit, l'inanimé prend vie, je le sais. Allongée, je guette les mouvements presque imperceptibles qui froissent le silence. Dans ma bibliothèque faiblement éclairée par les lumières parisiennes qui parviennent à s'infiltrer par les ouvertures des volets, je devine les frémissements des livres, je les aperçois, ils sont comme pris d'une respiration, les pages se gonflent puis s'affaissent puis reprennent du volume et, lentement, s'extirpant des pages légèrement entr'ouvertes, je vois un pied suivi d'une jambe, une tête, une main, un bras, ils se glissent hors des lignes imprimées avec précaution: les personnages prennent le frais dans ma chambre.
   
   Je les regarde s'éparpiller dans la pièce, je m'efforce de conserver une respiration assoupie pour ne pas les effrayer et pour pouvoir continuer à les observer à travers mes paupières à demi baissées.
   
   Ils sont tous là, plus ou moins bien dessinés, avec plus ou moins de volume, de netteté, de couleurs, de caractère. Certains, selon l'attention que leur a accordé leur auteur, sont presque transparents, falots, ne pouvant articuler que quelques mots, à peine des silhouettes découpées dans une feuille de papier. D'autres sont multicolores, ont du bagout, de la personnalité.
   
   Parmi tous ces personnages, certains ne méritent qu'un coup d'oeil, une simple attention de quelques secondes mais d'autres sont inoubliables. Et parmi ces rares personnages que resteront gravés dans ma mémoire, ceux de "Middlemarch" de George Eliot tiennent une place de choix.
   
   Cette deuxième lecture de "Middlemarch" (la première m'ayant laissé une impression de longueur, de pages lues à toute allure pour enfin connaître la suite de l'histoire, le dénouement des intrigues) a été un vrai plaisir et une plongée dans des abysses narratives. En effet, "Middlemarch" est la juxtaposition de deux romans (et c'est ce qui en fait toute la richesse).
   
   Le premier est une peinture extrêmement vivante et très ironique de la vie d'une communauté rurale dans l'Angleterre du XIXe s. Toutes les composantes de cette société sont présentes : de l'aristocrate propriétaire terrien aux journaliers en passant par la classe moyenne, toutes les tensions, les rumeurs, les machinations, préjugés, rumeurs propres à ces petits groupes sont décortiqués: implications très locales des grandes réformes nationales, refus du changement, qui s'exerce par exemple contre l'introduction de nouvelles méthodes de soin, petites jalousies héréditaires et grandes trahisons. George Eliot crée une fresque sur un sujet qu'elle connaît bien puisqu'elle dépeint sa ville natale, et toute la galerie de personnages attachants, odieux, fades ou mesquins qui naissent de ses lignes m’a donné l'impression d'être littéralement dans la petite ville de Middlemarch.
   
   Le second roman de "Middlemarch" est une histoire d'accomplissement d'un destin à travers la vie de Dorothea de Lydgate. Dorothea est une jeune fille bien née, belle, talentueuse et vertueuse qui cherche à s'accomplir en se dévouant corps et âme à un objectif supérieur. Après s'être essayée à l'amélioration de la vie des paysans, elle décide d'épouser un vieux savant, Casaubon, qu'elle pense pouvoir aider à rédiger son oeuvre sur la mythologie, espoir qui est vite découragé par le caractère acariâtre, méfiant et jaloux de son mari qui s'avère bien moins brillant qu'elle ne le pensait. Car c'est tout le tragique de la situation de la femme que dénonce George Eliot: ces femmes brillantes, capables d'accomplir de grandes oeuvres ou de grandes actions mais qui sont contraintes par la société à se cantonner à une place inférieure et qui n'ont comme seule solution pour utiliser ne serait-ce qu'un peu leurs ressources et leurs dons de se mettre au service d'un homme pour le soutenir dans cette action. "Middlemarch" est le récit de la réduction en esclavage de Dorothea à un mari autoritaire mais aussi de sa progressive découverte de l'amour et d'une certaine - mais relative - indépendance.
   
   Autre figure principale de "Middlemarch", Lydgate, le jeune et orgueilleux médecin, qui veut faire de Middlemarch une communauté modèle sur le plan sanitaire, l'homme qui oubliera ses hautes ambitions en cédant aux charmes très superficiels de Rosamond croyant découvrir en elle la femme qui saura l'admirer et le soutenir dans sa mission. Mais rapidement, il devra déchanter en découvrant le véritable caractère de sa femme, égoïste, dépensière, frivole.
   
   J'oublie tous les autres personnages, Ladislaw, Fred, Mary, la famille Garth, Farebrother, Bustrode... Tous ceux qui dotés, d'un petit ou d'un grand rôle, font la richesse et l'intérêt de "Middlemarch".
    ↓

critique par Cécile




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Intensité et profondeur...
Note :

   J'ai l'inestimable loisir d'assouvir l'ambition de toute une vie: celui de lire à satiété!
   
   Et dans ma poursuite de la réalisation de cette ambition, une étape importante consiste à compléter la lecture de classiques de la littérature: me voici à la rencontre de George Eliot, femme de lettres anglaise, célèbre romancière britannique du XIX siècle et de son non moins célèbre chef-d’œuvre, "Middlemarch"!
   
   J'ai lu ce dernier en version française avec un énorme plaisir, grâce à la très grande qualité de la traduction, réalisée dans mon édition par Sylvère Monod, illustre angliciste et traducteur français.
   
   Considérée comme l'une des plus grandes écrivaines de l'époque victorienne, l'auteure situe dans l'Angleterre provinciale ce formidable récit empreint de réalisme et d'une très grande profondeur psychologique.
   
   Comme toujours, à la fin de la lecture d'un immense pavé comme celui-ci, plus de onze cents pages, je me suis sentie seule, un peu triste de quitter tous ces personnages...
   le style de George Eliot est un long fleuve, moderne, intelligent et d'une façon tout à fait inattendue, doté d'un humour et d'une ironie omniprésents, souvent caustiques, parfois cinglants!
   
   Ce remarquable roman de George Eliot retrace trois ans d’anecdotes, de petits malheurs et de grands bonheurs de la ville de Middlemarch. On suit l’intrigue à travers trois couples: celui de la belle et vertueuse Dorothea et de Will, deux jeunes philanthropes; celui du jeune médecin Lydgate fraîchement débarqué en ville et de la superficielle Rosamond; et enfin celui du jeune Fred et de la vaillante Mary.
   
   C'est un roman incroyablement riche en détails, chaque personnage étant doté d’un caractère, d’une personnalité complexe qui lui est propre, du plus insignifiant au plus important pour l’intrigue.
   
   Ce que je retiens surtout de cet admirable roman, c’est que l'auteur a su rendre vivante toute une ville! C’est ainsi toute une galerie de personnages incroyablement réalistes qui prennent vie grâce à ses mots.
   
   George Eliot aborde grâce à une formidable érudition beaucoup de thèmes dans son roman: médecine, théologie, politique, sciences, art, elle n’a peur d’aucun sujet. J’ai malgré tout ressenti cette abondance de thèmes comme un défi pour la romancière, à cause de son statut de femme? Qui sait...?
   
   N'oublions pas que ses contemporains d'alors comptaient entre autres: Dickens, Thackeray, Trollope, Hardy, Hugo, qu'elle cite d'ailleurs...
   
   Malgré que ce livre comporte certains passages un peu indigestes, remplis de références un peu obscures aujourd’hui: comme l'aberration de la religiosité omniprésente et de ses égarements, l'impitoyable barrière des classes sociales et de ses injustices, beaucoup moins que ces caractéristiques qui marquaient cette époque ce que je retiens plus que tout de cette lecture sont l'incomparable intensité du propos, ainsi que l'irréprochable qualité de la prose.
    ↓

critique par Françoise




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Village anglais
Note :

   Il y a un côté jouissif à s’attaquer à un pavé. D’abord arrivera-t-on au bout ? Le temps passé vaudra-t-il la peine ? Je réponds oui aux deux questions.
   Bien sûr il m’a fallu quelques jours de lecture pour parvenir au bout de ce roman, mais qu’importe quand on est tout à fait subjugué par la lecture le temps ne parait pas long du tout.
   
   
   Je n’avais jamais rien lu de George Eliot, je me le promettais depuis longtemps mais l’occasion ne s’était pas trouvée.
   Trois temps : j’ai commandé, j’ai reçu et j’ai lu, tout cela dans la foulée sans effort aucun mais avec un vrai grand plaisir.
   
   Un petit préalable pour dire que je connaissais déjà le traducteur Sylvère Monod comme tous les lecteurs de Dickens, j’étais déjà certaine de la qualité de la traduction et c’est vraiment très important pour un livre aussi long dont il est important de saisir non seulement le contenu mais aussi toutes les nuances.
   
   
   George Eliot se rapproche de Jane Austen en cela qu’elle aime brosser la vie d’un village, de ses habitants, des liens qui les unissent, des histoires drôles ou sordides qui les lient.
   
   Sa fresque, parce qu’il faut bien parler ici de fresque plutôt que de tableau qui aurait un air un peu trop restrictif, sa fresque est de l’avis de Virginia Woolf "Un des rares romans anglais écrits pour grandes personnes."
   
   Les personnages qui vont apparaitre sur la fresque de la petite ville de Middlemarch : Dorothea Brooke qui très vite épouse pour son malheur un ecclésiastique froid, raide, à la réputation largement usurpée. Lydgate le médecin ambitieux qui va se fourvoyer dans un mariage raté, Peter Vincy qui court après un amour impossible et est un rien incapable de s’engager véritablement dans une carrière professionnelle lui assurant un avenir, le pasteur Casaubon qui court lui après la gloire universitaire mais ne va rencontrer qu’échec et humiliation après une expérience ratée de mariage avec Dorothea, enfin le jeune Will Ladislaw qui représente l’avenir.
   
   Autour d’eux tout un monde qui vient croiser le destin de chacun pour le bien ou pour le mal. Les imbroglios des relations familiales reposant sur des mensonges, les caractères des personnages allant de l’inconséquence absolue à l’abnégation totale comme Mary Garth.
   
   
   George Eliot à l’art du masque et un même personnage est tour à tour nimbé d’admiration pour passer aussitôt à l’opprobre sociale. Vous allez me dire que je ne vous parle pas de l’intrigue du roman, tout simplement parce qu’il n’y en a pas vraiment.
   
   Certes il y a des péripéties, des imbroglios, mais l’important c’est la peinture de cette société où l’auteur passe du destin individuel au tableau plus large de la vie d’un pays : épidémies, réformes politiques, changements techniques comme l’arrivée du chemin de fer.
   
   Cette alternance, George Eliot en a la maitrise parfaite et les épisodes avec une large vision et ceux centrés sur un personnage, se mêlent avec une grande habileté. Il y a à la fois de la sévérité dans les portraits qu’elle trace mais en même temps beaucoup de lucidité. On a tout : le rôle de l’argent, du pouvoir, les faiblesses des êtres humains au prise avec l’ambition, la soif de l’argent, le désir, la haine ou l’amour.
   
   
   Il y a un souffle puissant dans ce roman, la société anglaise de l’époque est analysée avec finesse, acuité, ironie et brio.
   
   Un roman habile et riche qui mérite totalement l’effort de la lecture.

critique par Dominique




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