Lecture / Ecriture
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L'intrus de William Faulkner

William Faulkner
  Pylône
  Absalon, Absalon!
  Si je t'oublie, Jérusalem
  Le gambit du cavalier
  Le Bruit et la Fureur
  Sanctuaire
  L'intrus
  The Bear
  Une rose pour Emily
  Sartoris
  Lumière d’Août
  Les Snopes : Le hameau, La ville, Le domaine
  Appendice Compson : 1699-1945
  Tandis que j’agonise
  Monnaie de singe
  Moustiques
  Le Hameau

William Faulkner est un écrivain américain né en 1897 et mort en 1962 dans le Mississippi.
Il a été scénariste. Il a écrit des poèmes, des nouvelles et des romans, le plus souvent situés dans le Mississippi. Il est un des grands écrivains "du sud"
Il a reçu le Prix Nobel de littérature en 1949.

L'intrus - William Faulkner

Willie et moi
Note :

   Homme noir accusé d'en avoir tué un blanc, jeune blanc de 16 ans agissant au nom de la vérité, aidé d'une vieille dame blanche, d'un serviteur noir de son âge, et sous la houlette d'un oncle avocat volontiers disert sur les questions philosophiques, le tout dans un état du sud américain, voilà pour planter grosso-modo l'histoire de L'intrus. Mais elle n'est en fait que tout à fait secondaire, et dans l'intérêt du roman, et dans l'univers de Faulkner, où je mets les pieds pour la toute première fois.
   
   Secondaire car elle avance à pas de plombs, et si on veut considérer l'intrigue on est très certainement totalement perdus dans les incessantes digressions à chaque phrase. Mais comme effectivement, elles durent en moyenne 20 lignes, avec bien entendu quelques une très courtes mais aussi de nombreuses sur plusieurs pages... Il faut lire avant tout ces à-côté, s'y plonger, les méditer, et être surpris - heureusement- par un retour à l'histoire qui nous permet de faire le point sur l'assassin, de temps à autre...
   
   Vous dire que j'ai aimé, non, ce serait mentir. Ce n'est pas du tout, du tout, ce que j'aime chez un auteur.
   
   Par contre, j'ai noirci 4 pages de notes, j'ai lu à haute voix certains passages, j'ai appris une construction littéraire et une sonorité réellement différente, et pour ça, j'ai apprécié ma lecture. Par exemple les pages 191 à 198 où l'oncle explique sa vision des Etats-Unis, de l'homme américain, de l'homogénéité comme absolu fondateur d'une nation.
   
   Pour la beauté des mots décrivant du banal :
    " Eux disparus, la Place et la rue furent de nouveau désertes bien que pendant un moment encore continuassent de sonner les cloches habitantes du ciel citoyennes dépossédées de l'air sans limite trop hautaines trop sereines pour la terre rampante cédant sans hâte coup par coup au frémissement souterrain des orgues et à la ronde imperturbable et frénétique des pigeons persévérants."
   
   Ou celle des idées aussi :
    " Souviens-toi seulement qu'on peut supporter n'importe quoi, accepter n'importe quel fait (il n'y a que les hommes qui escamotent les faits) pourvu qu'on n'ait pas besoin de les regarder en face; qu'on peut l'assimiler en détournant la tête et en tendant la main derrière-soi, comme le politicien accepte le pot de vin."
   
   Et puis un chapitre 11, le dernier, tout à coup extrêmement drôle, (non pas que l'humour soit absent du reste du roman, la causticité est présente à plusieurs endroits), avec une chute pour refermer la dernière page en souriant...
   
   J'ai souri, donc, mais j'ai surtout été contente d'être arrivée au bout, laborieuse et appliquée, rendez-vous dans plusieurs longs, longs mois pour le second, Mister Faulkner !
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critique par Cuné




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Une voie d'accès
Note :

   Qu’arrivait-il dans les années vingt dans le Mississipi à un noir arrêté arme en main avec à ses pieds le corps d’un blanc abattu d’une balle dans le dos ?
   
   Surtout quand la victime est de la tribu des Gowrie. Toute la ville s’attend à un lynchage, une pendaison ou même l’utilisation d’un simple bidon d’essence. Heureusement pour Lucas Beauchamp demain c’est le sabbat et il gagne quelques heures de vie.
   
   Quand Charlie avait 12 ans Lucas lui a sauvé la mise, il était passé à travers la glace d’une rivière gelée. Charlie sentant une dette peser sur sa conscience a eu un peu plus tard un geste qu’aujourd’hui encore il regrette, faisant ce qu’on attend d’un blanc vis à vis d’un noir. Aussi aujourd’hui quand Lucas Beauchamp dit ne pas être l’auteur du meurtre et que pour le prouver il lui demande d’aller tout simplement déterrer la victime, Charlie se sent obligé d’obéir. Il va trouver de l’aide auprès de la vieille Miss Habersham qui fournit véhicule, pelle et pioche !
   
   Lucas Beauchamp n’est pas un noir ordinaire et avec ce personnage c’est tout le talent de Faulkner qui s’impose. Lucas est le prototype du nègre qui ne s’incline pas devant les blancs, qui n’enlève pas son chapeau, ne remercie pas, ne plie pas le genou, cela même de l’avis des autres noirs qui eux font ce que l’on attend d’eux c'est à dire endurer et survivre.
   
    L’intrigue est on ne peut plus simple mais elle est magnifiée par le talent de Faulkner et comme moi je pense vous serez admiratif du retournement qui se produit entre la première scène, celle du sauvetage de Charlie Mollison et la scène finale.
   
   Dès le début on se perd dans ses digressions, ses parenthèses, ses incises. On suit le monologue intérieur de Charlie, fil rouge du roman, son sentiment de culpabilité, son besoin de payer sa dette, il est intelligent et fier mais sait déjà que les blancs, les petits fermiers autour de lui, se font une autre idée de la justice et du droit et Gavin Stevens son oncle juge et attorney n’est pas exempt des mêmes préjugés.
   
   Si vous aimez Virginia Woolf vous êtes déjà initié au flux de conscience, Faulkner est dans le même registre avec une dureté beaucoup plus prégnante et une permanence parfois déroutante. Les retours en arrière ne sont pas signalés alors on se perd parfois en route mais un coup de rétroviseur et l’on retrouve le bon chemin.
   
   Ce roman initiatique splendide que Faulkner écrit à la veille d’être couronné par le Nobel est une bonne façon d’entrer dans son univers pas toujours simple d’accès, beaucoup plus facilement que ses grands romans qui peuvent décourager plus d’un lecteur.

critique par Dominique




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