Lecture / Ecriture
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Vingt-quatre heures de la vie d'une femme de Stefan Zweig

Stefan Zweig
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  Amok
  Wondrak
  Marie-Antoinette
  Vingt-quatre heures de la vie d'une femme
  Lettre d’une inconnue
  Le voyage dans le passé
  La Confusion des sentiments
  Brûlant secret
  Un soupçon légitime
  Conscience contre violence
  Le Monde d’hier
  Journaux
  Clarissa
  Un mariage à Lyon
  La peur
  Erasme
  Les très riches heures de l’humanité
  Destruction d'un cœur
  Nietzsche
  Le Chandelier enterré
  Balzac - Le roman de sa vie
  Romain Rolland / Stefan Zweig : Correspondance 1910-1919

Stefan Zweig est un écrivain, dramaturge, journaliste et biographe autrichien né en 1881 à Vienne en Autriche-Hongrie, il s'est suicidé avec son épouse en 1942, au Brésil.

Vingt-quatre heures de la vie d'une femme - Stefan Zweig

Vingt-quatre heures
Note :

   La Riviera, en été, dans une pension d'un grand hôtel où les pensionnaires partagent les repas, les moments de détente en fin de soirée. Un jour, ils apprennent que l'épouse d'un résident, Mme Henriette, est partie avec un jeune homme rencontré de fraîche date. La discussion tourbillonne en moult jugements sur la conduite inconséquente, forcément, de l'épouse adultère et fugueuse. La passion, ce sentiment violent, brûlant les derniers vaisseaux du bon sens, passe à la moulinette des pensionnaires. Tous pensent que cette femme a perdu l'esprit, tous sauf le narrateur qui prend à chaque fois sa défense.
   
   « Mais la discussion qui ensuite éclata à notre table avec tant de véhémence et qui faillit même dégénérer en voies de fait, bien qu'ayant pour point de départ cet incident surprenant, était en elle-même plutôt une question de principes qui s'affrontent et une opposition coléreuse de conceptions différentes de la vie. » (p 5)
   . Le narrateur ne jette pas l'anathème sur Mme Henriette « Après tout, au premier coup d'oeil, on aurait parfaitement compris que cette petite Madame Bovary échangeât son époux rondelet et provincial pour un joli jeune homme distingué (...) Voici que je m'amusais à être d'un autre avis; et je soutins énergiquement la possibilité, et même la probabilité d'un événement de ce genre, de la part d'une femme qu'une union faite de longues années de déceptions et d'ennui avait intérieurement préparée à devenir la proie de tout homme audacieux. » (p 5) tandis que les deux couples de convives refusent le concept même de coup de foudre « où ils ne voyaient qu'une folie et une fade imagination romanesque. » (p 5).
   
   Un soir, Mrs C..., une des pensionnaires, aborde le narrateur et lui fait part de son envie de lui relater un événement qu'elle vécut par le passé car elle lui sait gré d'avoir défendu Mme Henriette. La veille du départ du narrateur, Mrs C... le convie à partager son dîner dans sa chambre: il fait peu à peu sombre, le calme vespéral embrasse la chambre et rend feutrée l'atmosphère. Les confidences de Mrs C... peuvent commencer :
   Monte Carlo, un soir d'été, Mrs C..., devenue veuve et se remettant difficilement à revivre, entre observer les joueurs au Casino…
   
    Dans ce court roman, Stefan Zweig met en scène deux passions: la passion amoureuse et celle du jeu, deux phénomènes pathogènes que les personnages, les sujets, ne maîtrisent pas et sous l'effet desquels ils se trouvent transformés dans leur âme.
    A cette occasion, Zweig offre au lecteur une description spendide des mains d'un homme possédé par la passion du jeu où il compare la fébrilité des chevaux au départ de la course à celle des mains des joueurs « ...c'est exactement de la même manière qu'elles frémissent, se soulèvent et se cabrent. Elles révèlent tout, par leur façon d'attendre, de saisir et de s'arrêter: griffues, elles dénoncent l'homme cupide; molles, le prodigue; calmes, le calculateur, et tremblantes, l'homme désespéré. Cent caractères se trahissent ainsi, avec la rapidité de l'éclair, dans le geste pour prendre l'argent, soit que l'un le froisse, soit que l'autre nerveusement l'éparpille, soit qu'épuisé on le laisse rouler librement sur le tapis, la main restant inerte. » (p 15)
   
   Stephan Zweig enchâsse le souvenir de Mrs C... dans le récit d'une villégiature anodine et soulève cette notion de secret difficile à partager, d'expérience troublante et angoissante (Mrs C... ne se reconnaît plus et libère une femme inconnue qui sommeillait en elle), de confession qui n'apaise pas celui, celle, qui l'a fait. Cependant, la confession de Mrs C... jette un pont d'empathie, de compréhension, de sensation partagée, entre une vieille dame et un homme jeune.
   
   Le lecteur, au fil de la narration, a l'impression d'assister à un entretien entre le thérapeute (le narrateur) et son patient (Mrs C...): la honte, la mauvaise conscience de Mrs C... a peu à peu cédé la place à une sérénité, la vieille dame rougit telle une jeune vierge.
   
   L'écriture de Stefan Zweig emporte le lecteur dans les spirales du temps: celui du vingtième siècle naissant où les ultimes effluves du dix-neuvième siècle romantique et bourgeois s'estompent. Un univers parfois désenchanté mais passionnant et prenant dans lequel les femmes peuvent prendre en main leur destin et assumer leur féminité.
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critique par Chatperlipopette




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Une journée
Note :

   Ce titre de Zweig m'attendait sur une étagère. Allons-y pour une heure de lecture... inoubliable.
   
   Bon avant toute chose, je tiens à dire que les "Vingt-quatre heures" de Zweig n'ont pas grand chose à voir avec celles de Constance de Salm. Le style, l'époque, et même l'histoire diffèrent largement. Tout au plus peut-on rapprocher les titres et la puissance psychologique.
   
   C'est d'ailleurs ce dernier point qui fait de cette nouvelle un moment si intense. Les portraits psychologiques des personnages sont fouillés. Ce livre possède une véritable profondeur. C'est un récit qui interpelle, émeut, subjugue. Je n'ai pu le lâcher avant la fin.
   
   Quant au style il est très particulier. Limpide, il rehausse cette histoire somme toute banale et lui donne tout son éclat. Les descriptions sont soignées et prenantes: Zweig est arrivé à me faire lire 2 ou 3 pages de descriptions de mains sans m'ennuyer.
   
   Je vous conseille donc fortement cette nouvelle, ainsi que toutes les autres de cet auteur...Il faut maintenant que je me penche sur "La Confusion des Sentiments".
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critique par Morwenna




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Passions nues
Note :

   Sur la Riviera, dans les années 1900, une petite pension de famille bien "comme-il-faut" se voit frôlée par le scandale: abandonnant son mari et ses deux filles, Mme Henriette, cliente du grand hôtel voisin, vient de s'enfuir avec un jeune homme qui y était arrivé le jour-même. A la table du dîner, les langues vont bon train pour condamner la fugitive et dans la discussion qui s'échauffe, seul un des convives – à qui Stefan Zweig confie d'ailleurs la narration de ce récit – tente vaguement sinon de la défendre du moins de la comprendre. Notre homme s'attire ainsi la sympathie et la confiance d'une vieille dame anglaise, qui lui contera alors en confidence les vingt-quatre heures pendant lesquelles elle faillit elle aussi céder à une passion soudaine, vingt-quatre heures qui changèrent sa vie pour toujours.
   
   L'argument de ce bref récit de Stefan Zweig est aussi simple que cela, et ce serait gâter le plaisir de sa découverte que d'en révéler ici davantage. Mais vraiment c'est une admirable exploration – au plus nu, au plus intense - des passions humaines que le romancier viennois nous offre ici: jusque dans ce qu'elles ont de plus sinueux, de plus dissimulé, de plus destructeur et totalement irrésistible. Nul, à l'évidence, ne doit s'en croire à l'abri. Si Stefan Zweig ne se laisse pas aller, au fil de ce texte d'une grande sobriété, à nous donner une leçon de morale – sinon peut-être pour nous inviter à ne pas juger –, le message est clair. Et les destins entremêlés de Mme Henriette et de Mrs C. nous donneront sans nul doute beaucoup à réfléchir...
   
   
   Extrait:
   
   "Il serait également difficile d'expliquer pourquoi notre discussion prit si vite des formes blessantes; je crois que l'irritation vint de ce que, malgré eux, les deux maris prétendirent que leurs propres femmes échappaient à la possibilité de tels risques et de telles chutes. Malheureusement, ils ne trouvèrent rien de mieux à m'objecter que seul pouvait parler ainsi quelqu'un qui juge l'âme féminine d'après les conquêtes fortuites et trop faciles d'un célibataire. Cela commença à m'irriter, et lorsque ensuite la dame allemande assaisonna cette leçon d'une moutarde sentencieuse, en disant qu'il y avait d'une part des femmes dignes de ce nom, et d'autre part des «natures de gourgandine», et que, selon elle, Mme Henriette devait être de celles-ci, je perdis tout à fait patience; à mon tour je devins agressif. Je déclarai que cette négation du fait incontestable qu'une femme, à maintes heures de sa vie, peut être livrée à des puissances mystérieuses plus fortes que sa volonté et que son intelligence, dissiumlait seulement la peur de notre propre instinct , la peur du démonisme de notre nature et que beaucoup de personnes semblaient prendre plaisir à se croire plus fortes, plus morales et plus pures que les gens «faciles à séduire»." (p. 23)

critique par Fée Carabine




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