Lecture / Ecriture
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Le chagrin des vivants de Anna Hope

Anna Hope
  La salle de bal
  Le chagrin des vivants

Anna Hope est une actrice et écrivaine britannique née en 1974 à Manchester.

Le chagrin des vivants - Anna Hope

Le soldat inconnu britannique
Note :

   "En ce début de semaine, il n'y aura pas foule, la vaste piste sera glaciale. Comme la direction n'autorise pas le port des lainages à l'intérieur, les filles essaient toutes les ruses possibles : coudre des couches supplémentaires sous leurs robes, ou porter deux paires de bas, mais rien ne marchera guère par un lundi après-midi hivernal ; votre seul espoir est d'être choisie et de bouger en permanence de façon à ne pas devoir rester immobile trop longtemps".
   

   Deuxième lecture de l'auteure après l'excellent La salle de bal et mon impression est tout aussi bonne.
   
   Nous sommes en 1920. Les traces de la guerre sont omniprésentes dans les cœurs, dans les corps et dans l'aspect de la ville (Londres). Nous allons suivre la vie de trois femmes qui ont eu à souffrir de cette guerre, à travers un fils, un frère, un fiancé. Elles ne se connaissent pas, mais sans le savoir elles sont reliées les unes aux autres.
   
   L'histoire se déroule sur cinq jours, le temps qu'il a fallu pour acheminer le corps du soldat inconnu britannique jusqu'à Londres avec pour apothéose une grande manifestation populaire.
   
   J'ai apprécié le choix de points de vue féminins sur cette période. Non seulement ces femmes sont face à des deuils quasiment impossibles, mais elles doivent batailler ferme pour gagner un peu de liberté dans une société encore très corsetée. Je pense surtout à Evelyn, membre d'une famille riche et éminente. Ou à Hettie, obligée de s'effacer en permanence devant son frère, incapable de reprendre une vie normale.
   
   De leur côté, les hommes qui sont revenus sont rarement intacts, que ce soit physiquement ou moralement. Les plus touchés en sont réduits à mendier des aides que l'Etat, qui les a envoyés à la boucherie, ne leur accorde qu'avec parcimonie.
   
   Les trois portraits de femmes sont touchants et fouillés. Au terme de l'hommage au soldat inconnu, diversement vécu par la population, peut-être arriveront-elles à envisager un autre avenir, moins désespérant.
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critique par Aifelle




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Un livre qui se mérite
Note :

   "Elle est pleine d'un chagrin retentissant : le chagrin des vivants"
   

   Nous sommes en 1920. Le corps du Soldat Inconnu va être rapatrié depuis la France jusqu'en Angleterre. Rapatriement, récupération, inauguration du Mémorial : le processus dure cinq jours, cinq jours pendant lesquels le lecteur va suivre le quotidien de trois femmes, toutes fortement impactées par la Grande Guerre. Il y a la triste et amère Evelyn, dont le fiancé est mort au front et qui travaille au bureau des pensions, Ada, qui ne cesse de voir partout Michael, son fils disparu au combat dont elle est sans nouvelles et Hettie, danseuse de compagnie pour six pences, dont le modeste gain assure la pitance d'un frère traumatisé et d'une mère malheureuse...
   
   Ada, Evelyn et Hettie sont liées : ce lien apparaît peu à peu au fil des pages et a suscité un regain d'intérêt pour un livre que je n'étais pas sûre de terminer. En effet, je m'y suis ennuyée, y ai trouvé des longueurs qui ont manqué me faire abandonner. Je me suis dit Anna Hope, c'est définitivement pas pour moi... Fabriqué, mou du genou etc. En revanche, je n'ai pas été gênée par le côté romanesque qui m'avait tant refroidie à la lecture de La salle de bal et que je redoutais.
   
    C'est sans doute pour cela que j'ai persisté. Et puis quelque chose s'est soudain enclenché et l'ennui a cédé : J'ai fini par m'intéresser au sort de ces trois femmes, ai été particulièrement touchée par Ada et son chagrin de mère, (quel beau personnage !) toujours vivante mais "fantôme" comme le lui rappelle rudement Jack, le mari délaissé et "perdu de vue". J'ai aimé l'écriture, fine et sensible, délicatement poétique mais sans mièvrerie, le contexte historique bien posé, je me suis surprise à apprécier cette lecture pourtant bien mal barrée. Je ne regrette pas d'avoir insisté. Le chagrin des vivants est un livre qui se mérite.
   
   "Et quoiqu'on puisse en penser ou en dire, l'Angleterre n'a pas gagné cette guerre. Et l'Allemagne ne l'aurait pas gagnée non plus.
   - Qu'est-ce que tu veux dire ?
   - C'est la guerre qui gagne. Et elle continue à gagner, encore et toujours."

critique par Une Comète




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