Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Grace de Paul Lynch

Paul Lynch
  Un ciel rouge, le matin
  La neige noire
  Grace

Paul Lynch est un écrivain irlandais né en 1977.

Grace - Paul Lynch

La grande famine de 1845 en Irlande
Note :

   Pendant la grande famine de 1845 (elle est tristement célèbre) et qui va durer plusieurs années, les cultures de pommes de terre en Irlande sont gâchées par une maladie (le mildiou) .
   
   La famille dont Grace est issue vivait déjà de façon précaire, à présent ils souffrent de la faim ; Sarah la mère est seule pour élever ses enfants trois garçons et Grace l’aînée qui va fêter ses 14 ans. On comprend que la mère a été obligée de se prostituer au propriétaire pour survivre. Elle attend un cinquième enfant. Craignant que ce Boggs ne s’en prenne à sa fille, elle lui enjoint de quitter la ville habillée en garçon, et, comme sa puberté est tout juste ébauchée, elle a des chances de passer pour un jeune gars qui cherche du travail.
   
   On ressent de façon presque physique le malheur qu’il y a à être une femme dans une telle situation…
   
   Grace s’en va donc sur les chemins, en compagnie de son jeune frère Colly : on lui a interdit de la suivre mais ils ne peuvent se passer l’un de l’autre. Grace est attaquée par le maudit Boggs se défend, fuit avec son frère.
   
   Après un épisode malheureux, son frère disparaît, mais il continue à parler par sa bouche, tantôt lui tantôt elle, et ce fantôme conserve la personnalité ironique, réaliste et joueuse du jeune garçon, ce qui aide Grace (et le lecteur !) à continuer d’avancer. Car Colly est le personnage dont on a vraiment besoin.
   
   Car la suite, est vraiment moche.
   
   Texte lyrique, ode à une nature rude et sans concession mais qui invite Grace à un certain mysticisme "La lune s’est levée pâle mariée qui pose une gaze sur les nuages et Grace en la contemplant pense que toute chose en ce monde est et n’est pas ce qu’elle est."
   

   Mais aussi description réaliste des désastres causés par la famine de la vie des gens qui ont tout perdu et sont donc jetés sur les routes pour une marche interminable dormant n’importe où, mangeant n’importe quoi de pas forcément comestible.
   
   Les victimes sont prêtes à s’entretuer ; les nantis, ainsi que ceux qui sont simplement à l’abri du besoin, devraient s’attendre à être pillés : c’est ce qui arrive parfois. Lors d’un cambriolage, la famille de bourgeois aisés se plaint qu’ils aident les démunis, et ont mis au point une soupe populaire, pourquoi s’en prendre à eux… mais cela est loin de suffire ! Grace et ses acolytes en ont fait l’expérience : tout le monde ne réussit pas à se faire servir de soupe et celle-ci n’est qu’un bouillon avec des herbes…
   
   Un beau texte, parfois long, l’auteur insiste souvent sans nécessité mais l’ensemble est vraiment bouleversant.
   ↓

critique par Jehanne




* * *



Misère et superstitions
Note :

   "Colly se demande si l'âme est pourvue d'une espèce de coffret à souvenirs, où va la mémoire au moment où l'on meurt, car si l'âme n'a pas son coffret à souvenirs, comment peut-on se rappeler sa vie une fois qu'on est mort."
   

   Les dieux les ont abandonnés, il est temps que chacun devienne son propre dieu. Les règles ont cessé d'exister. La récolte est perdue, partout c'est la misère noire, seul le souffle de la mort balaye les champs. Sarah ne voit pas d'autres solutions que de couper les cheveux de sa fille Grace pour qu'elle parte chercher un emploi et trimer comme un homme et aussi échapper à Boggs leur propriétaire, une brute imbécile. Les chemins pullulent de mendiants qui s'ils trouvaient preneurs vendraient leurs bras et leurs jambes contre de quoi manger.
   
   Ce roman raconte donc le cheminement dans la campagne irlandaise d'une jeune fille accompagnée par le fantôme de son frère mort noyé, pour survivre entre solitude, misère et superstitions. Elle va être de plus en plus téméraire et n'hésitera pas à voler, au fil des ses rencontres elle deviendra petit à petit une femme.
   
   Ce roman est superbement bien écrit et les descriptions des ravages de la famine sont portées par la poésie et le lyrisme de la plume de Paul Lynch. Mais je n'ai pas été transporté par cette histoire, où morts et vivants se confondent. le parcours de Grace à travers un pays ravagé m'a semblé bien long et un peu ennuyeux, car l'intrigue est vraiment légère et le propos sinistre.

critique par Y. Montmartin




* * *