Lecture / Ecriture
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L'église des pas perdus de Rosamund Haden

Rosamund Haden
  L'église des pas perdus

L'église des pas perdus - Rosamund Haden

Des émotions qui ont un prix.
Note :

   L'histoire commence de façon insolite : "c'est une petite fille qui trouva les os". Cette histoire est une histoire de petites filles, d'enfances hors du champ de l'adulte.
   
   J'ai aimé ce livre et l'infinie tendresse qui déferle tout au long des pages de l'histoire effleurée de l'apartheid. Il ne s'agit pas ici de cette violence-là, cette violence morale et physique imposée à un peuple par un autre. Et touchant est cet amour de la terre, cette terre-là, sauvage et sensuelle.
   
   J'ai aimé la modernité des points de vues des personnages. Ils ne mélangent pas la grandeur de leur âme, tolérante et ouverte aux Noirs à la banalité de leurs vies personnelles, traversées de trahison, de rupture et de solitude. On peut souffrir sans le faire payer à la façon des fermiers afrikaners ... A moins que ce soit leurs souffrances qui leur aient permis d'ouvrir encore plus grand leurs cœurs aux différences …
   
   J'ai aimé les visions de Maria et sa continuelle attention aux signes que nous offre l'existence. Notre culture européenne et coloniale découvre, lentement chemin faisant, la rudesse de nos philosophies si intellectualisées comme la pauvreté de notre écoute de la Nature. Nos émotions sont nées silencieuses et surveillées.
   
   Mais la belle et blanche Catherine se fait nègre et impie. Et elle découvre l'amour et la vérité … Des émotions qui ont un prix.
   
   A noter qu'il s'agit d'un premier roman, qui figure déjà parmi ces livres qu'on lit vite et auxquels on pense longtemps ...
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critique par Alexandra




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Splendide
Note :

   Afrique du Sud, au fil du XXe siècle. Tout commence en 1990, quand des ossements sont déterrés et semblent être au cœur d’un secret qui unit Catherine, propriétaire blanche et Maria, la domestique noire, en réalité sa meilleure amie. Puis l’histoire revient en arrière, dévoilant les liens qui se sont tissés entre les deux femmes depuis leur enfance, leur histoire atypique et l’événement mystérieux qui les relie finalement à la macabre découverte faite sur leurs terres.
   
   Que dire de ce texte que j’ai littéralement dévoré et qui est sans doute pour moi l’une des lectures les plus frappantes de ces dernières années? "L’Eglise des Pas perdus" évite les nombreux écueils qui pourraient découler de l’histoire d’une amitié entre une blanche et une noire sous l’apartheid: pas de scènes toutes faites ni de passages larmoyants, mais bien au contraire, une relation décrite avec beaucoup de sensibilité. Bien qu’au cœur du récit, cette amitié n’est qu’un sujet parmi d’autres, dans ce roman où les thématiques sont nombreuses: drame familial, quête de soi et du «chez soi», amours impossibles ou voués à l’échec, trahison, haine, commérages et mesquineries du voisinage – lui aussi décrit de manière sobre, avec ses faiblesses mais aussi ses espoirs, ses doutes et ses souffrances. Ajoutons à cela l’alcool, qui plane comme une menace sur les personnages: ceux-ci, sans être vraiment alcooliques, semblent trouver naturellement réconfort dans une bouteille de vin ou de whisky qui les suit presque partout.
   
   La peinture, dans toute sa complexité et sa façon de transcender la réalité, est mise en concurrence avec les descriptions d’une nature superbe et omniprésente, qui procure aux personnages volupté et dangers. Car entre les sauts depuis les rochers et les baignades par temps d’orage, les héros semblent parfois chercher à se perdre en bravant la mort. Si la poésie est au rendez-vous dans les belles descriptions, un brin de fantastique vient couronner l’ensemble d’un vent mystérieux: dans "l’Eglise des pas perdus", qui sont ces enfants dont les chuchotements et les mouvements ne sont perceptibles que de quelques-uns? Peu exploité, cet élément un peu étonnant trouve son apogée dans les derniers paragraphes qui constituent une fin très originale – c’est peut-être la scène qui me marquera le plus.
   
   Au final, je suis complètement tombée sous le charme de ce roman qui ne cède pas à la facilité. Le style sobre, la simplicité des descriptions, la trame de l’histoire très bien construite, la richesse des thématiques et des personnages m’ont vraiment conquise. Ce texte de toute beauté est pour moi une rencontre fracassante avec l’Afrique du Sud et me donne envie de sortir rapidement de ma bibliothèque Coetzee et Brink, qui attendaient leur tour depuis longtemps.

critique par Lou




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