Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Une joie féroce de Sorj Chalandon

Sorj Chalandon
  Une promesse
  Mon traître
  Retour à Killybegs
  La légende de nos pères
  Le quatrième mur
  Profession du père
  Le jour d’avant
  Une joie féroce

Sorj Chalandon est un journaliste et écrivain français né en 1952.

Une joie féroce - Sorj Chalandon

Préparez vos mouchoirs
Note :

   Rentrée littéraire 2019
   
   Oui, préparez vos mouchoirs car vous allez sûrement pleurer à la lecture du dernier roman de Sorj Chalandon. Il sait y faire, le bougre, et vous aurez bien du mal à y échapper. Dans un premier temps, j'ai failli m'y laisser prendre. C'était vraiment poignant. Chalandon qui venait lui-même de se découvrir un cancer quasiment en même temps que son épouse était au cœur de son sujet, et savait les pensées qui font alors fondre le cœur...
   
   Quatre femmes, plutôt jeunes. On suit l'une d'elle, libraire, qui sera la narratrice. Elle est la plus démunie au départ, douce, sage, soumise à un époux totalement égocentré, ils ont perdu leur fils, de maladie aussi, quelques années auparavant. Depuis, son mari s'est détourné d'elle et l'annonce de cette nouvelle catastrophe, loin de renouer les liens, va bien au contraire le faire s'enfuir au galop. Heureusement pour elle, la chimiothérapie l'amènera à rencontrer Brigitte, malade également, qui d'emblée la prendra sous son aile et lui fera connaître deux autres amies. Puis, l'une d'elles ayant un très gros besoin d'argent, elles décident de tenter un gros hold-up.
   
   Arrivé là, on est environ à la moitié du livre et je commence à sérieusement m'énerver car je trouve qu'on est dans le grand guignol. C'est Marc Levy, ou quoi ?
   « Le braquage est une métaphore de la métamorphose »
, analyse l’auteur dans une interview à La Nouvelle République.
   Moi je veux bien, mais non, malheureux à qui l'on va détecter un cancer, il ne faut pas compter sur la voisine de chimio qui va vous offrir, de l'eau, des gâteaux, vous raccompagner chez vous (!), vous consoler, vous remonter le moral, sans même vous parler de ses problèmes à elle. Non, si vous êtes seul(e), vous n'allez pas être accueilli(e) dans une chaleureuse communauté qui vous ouvrira ses bras, son cœur, sa chambre... et j'en ai sérieusement voulu au sieur Chalandon, pourtant lui-même doublement touché, de ne pas être capable de nous faire un vrai roman, sur le vrai cancer...
   
   J'ai fait une petite pause, et le lendemain, j'ai réfléchi qu'après tout, il ne nous avait jamais promis un livre sérieux. C'est moi qui m'étais fait cette idée toute seule, sans doute influencée par le ton pénétré et grave que prenaient les interviews de promo du bouquin à l'évocation de son cas médical personnel. Bon. C'était un roman facile de situations caricaturales, sans grand souci de vraisemblance, plein de bons sentiments. Une sorte d'onco-cocooning. S'y ajoute un braquage sympathique, aussi moralement correct qu'il se peut et une jolie fin. C'est bien écrit, ça se dévore en deux trois bouchées et globalement, ça remonte plutôt le moral, contrairement à ce qu'on aurait pu croire. Dans ce registre-là, c'est parfait.
   Ah ! Le cancer aura cependant rattrapé une des protagonistes... eh oui. Il ne rigole pas, lui.
   Mouchoirs.
   
   
   PS : le magazine LIRE nous livre en ce numéro de septembre 2019, deux commentaires un rien insuffisants sur ce livre. En ce qui concerne le premier chroniqueur, qui lui donne 3 étoiles, j'ai été obligée de me demander s'il l'avait lu puisqu'il affirme que de nos hold-upeuses cancéreuses, "L'une a besoin d'argent pour suivre le traitement. Elles échafaudent alors un plan (...)"  Ce qui non seulement est complètement faux (d'autant que les soins sont gratuits en France, faut descendre de sa petite tour d'ivoire), mais pire, comme toute la seconde moitié du livre se passe à répéter le vrai motif, on ne peut qu'en conclure que... Tiens, je vous laisse conclure.
   Quant au second chroniqueur, fort agressif et mal renseigné, qui accorde carrément... zéro étoiles, il s'indigne entre autres que les hommes de ce roman soient uniquement dans de mauvais rôles (ce qui est inexact d'ailleurs: Pierrig). Mais admettons, S. Chalandon ayant lui-même souligné que c'est parce que les femmes étaient fortement sous-représentées dans ses romans précédents, qu'il a fait ce choix. Je cherche. Je ne vais sûrement pas tarder à trouver les articles précédents où ce chroniqueur se plaignait de l'absence des femmes. Cela a dû le gêner au moins tout autant.
   
   Moralité: allez plutôt sur les sites littéraires bénévoles qui eux, lisent vraiment les livres dont ils parlent.

critique par Sibylline




* * *