Lecture / Ecriture
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Numéro Six de Véronique Olmi

Véronique Olmi
  Bord de mer
  Un si bel avenir
  Sa passion
  Numéro Six
  Le Premier amour
  La nuit en vérité
  La promenade des Russes
  Une séparation
  Cet été-là

Véronique Olmi est une écrivaine française née à Nice en 1962.

Numéro Six - Véronique Olmi

De père en fille
Note :

    « Maintenant je sais aussi que l’on peut détester chaque être aimé. Par instant. Par douleur. »
   
   Numéro Six est un court roman très touchant. La narratrice, Fanny, raconte son enfance, celle de la petite dernière d’une famille nombreuse catholique, celle d’une enfant qui grandit dans la douleur d’être ignorée, laissée de côté, surtout par ce père qu’elle vénère et qui ne la voit pas. Pourtant elle est aimée, cela ne fait aucun doute. Mais pas comme elle le voudrait, pas comme elle a besoin de l’être.
   
   Par des phrases et des chapitres courts, Véronique Olmi mène son lecteur à l’essentiel, lui laissant deviner, analyser, parfois inventer. Par là, elle crée une petite musique douce et mélancolique qui reste longtemps en tête.
   
   Le retour sur elle-même et sur son enfance que fait Fanny adulte raconte en fait l’histoire d’une rupture, puis de retrouvailles avec un père, un milieu familial. Il raconte la nécessité de se libérer, de se construire, au risque de briser ses rêves. Fanny voulait être avocate. Elle est devenue secrétaire pour avoir joué au cancre afin d’être, enfin, vue par ses parents. Il raconte surtout que rien n’est jamais simple, et que si le retour est possible, ce qui lie une famille n’est parfois rien de plus que le sang partagé. Cela est particulièrement sensible lorsqu’elle revient sur les repas de famille, les disputes d’héritage, le carcan des bonnes manières bourgeoises et des faux semblants.
   
   Le liens de filiation restent pourtant fort, puisque c’est elle qui, toujours par cet amour fou pour son père, va accepter de le voir vieillir, de le découvrir faible et dépendant. C’est elle aussi qui va partir à la découverte de ce que fut ce père, à travers les lettres que celui-ci écrivait du front entre 1914 et 1918, avec en aboutissement, cette jolie réflexion : « On ne fait que croiser ses parents. On partage un temps de vie avec eux, on s’en va, puis on se souvient. Et on les rappelle. C’est un privilège de te voir vieillir. Un privilège et une souffrance. » Et on ne connaît jamais vraiment ceux qui nous entourent, et surtout pas ceux qui nous sont les plus proches. Malgré l’amour, à cause du temps qui sépare et du temps qui passe.
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critique par Chiffonnette




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Capturée, captivée
Note :

   "J'envie mes aînés parce qu'ils forment une famille dont tu es le père. Moi, je suis une sorte de regard extérieur, une invitée arrivée en retard. Je les envie mais je ne suis pas jalouse. Je ne les trouve pas assez séduisants pour cela - sauf peut-être Marie, Marie qui ose ne pas être d'accord avec toi".
   
   Fanny est la sixième enfant d'une fratrie. Née dix ans après l'avant-dernier on ne l'attendait plus. On l'a acceptée parce que dans ce milieu-là, catholique et réactionnaire, on prend ce que Dieu nous envoie, mais elle se sent transparente et inexistante.
   Surtout aux yeux du père, tant admiré et tant aimé, l'homme de sa vie, au point qu'elle restera prisonnière de l'enfance et vouera sa vie d'adulte à quémander un signe d'amour de lui. Possessive et exclusive elle l'a enfin à sa merci dans sa vieillesse, il a 100 ans et elle 50, elle est la seule à s'occuper de lui dans sa maison de retraite. Mais la voit-il pour autant?
   
   Atmosphère étouffante et pernicieuse. Famille bien-pensante cachant des attitudes et des sentiments étriqués, le tout dominé par le père médecin, à l'autorité sans partage. Au fond, un couple amoureux avant d'être un couple parental. Fanny restée seule après le départ des aînés en fera la triste expérience.
   "Que craignais-tu pour nous? Nous étions ton petit peuple, ton public soumis, mais on vous a sûrement empêchés de vous aimer comme vous l'auriez voulu, maman et toi. Trop de monde entre elle et toi, trop de témoins. Mais en apparence, tout allait bien. Nous étions l'exemple de la famille unie, heureuse et catholique".

   
   Le seul moment où le récit se fait un peu plus tendre, c'est lorsque Fanny s'approprie les lettres que son père, jeune poilu, envoyait à ses parents en signant "votre petit Louis". Fanny découvre un tout autre homme, peut-être celui qu'elle cherche en vain à toucher.
   
   Fanny n'est pas dupe. Elle sait qu'elle a gâché sa vie, obsédée par l'idée d'être enfin reconnue. "On ne se remet pas de son enfance. Quand je suis rentrée chez moi, j'ai été prise d'une violente migraine ophtalmique. Je n'y voyais plus, je me suis couchée dans le noir, comme toi avec tes migraines de soldat, comme toi, la veille de fêter tes cent ans".
   
   Deuxième lecture de Véronique Olmi et même phénomène qu'avec "Bord de mer". J'ai ouvert le livre et je ne l'ai plus lâché jusqu'à la fin. L'écriture de l'auteure, précise, fluide, impitoyable entraîne inéluctablement jusqu'au dénouement. L'observation fine des personnages donne l'impression d'être au cœur de la famille et dans ce cas précis c'est assez étouffant.
   
   Une lecture captivante.

critique par Aifelle




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