Lecture / Ecriture
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Mot compte double de Françoise Guérin

Françoise Guérin
  Mot compte double
  A la vue, à la mort
  Un dimanche au bord de l'autre
  Cherche jeunes filles à croquer
  Les enfants de la dernière pluie
  Quatre carnages et un enterrement*

Françoise Guérin est une psychologue et auteure française de romans policiers, née à Lyon en 1966.

Mot compte double - Françoise Guérin

Madame Françoise Guérin
Note :

   Je lis régulièrement le blog de Françoise Guérin et ses chroniqueurs, j’aime leur ton et leur façon de s’amuser sans se prendre au sérieux. Souvent, déjà, les textes que Françoise met en ligne m’ont fait rire, m’ont intéressée, et c’est donc très logiquement que j’ai acheté son recueil de nouvelles : « Mot compte double »
   
   Les deux premières nouvelles ne m’ont pas accrochée, je les ai trouvées prévisibles et j’ai cru que j’allais souffrir sur les quatorze restantes… mais que nenni, dès la troisième, j’étais embarquée, et elles ont ensuite toutes su me titiller, chacune à leur façon.
   
   "Je serai là jusqu’au bout", mon premier choc. Quelle aisance dans cette description du petit vieux dans sa chambre d’agonie qui s’évade mentalement pour réparer le déni dont il porte la culpabilité depuis tant d’années… Quelle puissance d’évocation, combien sont finement et intimement mêlés le présent et l’onirique…
   J’en frissonnais, et je trouve qu’il y a là un grand roman en puissance…
   
   "Antoine" aussi, m’a beaucoup touchée, moi qui suis restée une fois bloquée sur un reportage où une danseuse-chorégraphe-thérapeute nous faisait partager ses séances avec une petite fille autiste. C’est rare, de voir des mots placés avec une telle délicatesse, qui font ressortir l’exacte vérité d’un moment tout sauf simple à appréhender…
   
   Et puis "Tu verras", j’aurai une pensée dorénavant pour tous les vélos solex à chaque fois que je mangerai un abricot…
   
   Il y a beaucoup d’émotion dans ces seize nouvelles, pas mal de malice aussi, des trucs énormes, à la Claire Castillon parfois, dans les chutes un peu glaçantes, mais ce que j’en retiens, une fois refermé, c’est la tendresse. Françoise Guérin est tendre, gracieuse, on sent quelques fêlures qui ne se dissimulent pas, ou si peu, et comme Pépé avec ses poules, je voudrais dire : « Elles sont vraiment chouettes, tes nouvelles, Françoise ! »
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critique par Cuné




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En fin de compte !
Note :

   J'ai stupidement, je le reconnais (je sais, ce n'est pas la première fois), hésité à lire ce recueil de nouvelles qui m'a été (en plus, quel manque de savoir vivre!) offert par une amie (elle se reconnaîtra). Une autre amie me conseille de lire son dernier ouvrage, alors, face à cette double recommandation, je ne pouvais que m'exécuter. Quand, après quelles recherches, je me rends compte que j'ai déjà lu une nouvelle* de cette auteure et que j'ai beaucoup aimé, alors allons-y!
   
   Seize nouvelles que je vais tenter de résumer :
   "Un Lundi avec Claire" où un psychiatre tombe amoureux de sa cliente battue par son mari alcoolique. Évidemment la mort du dit mari serait une aubaine. Vision un peu simpliste, monsieur je sais tout!
   La nouvelle qui suit "Les nattes" est celle qui m'a fait découvrir cette auteur, découvrez-la à votre tour, elle est magnifique.
   "Je serais là jusqu'au bout" est très complexe et me laisse très perplexe. Un vieil homme meurt ; son agonie sur un lit d'hôpital s'entremêle de souvenirs d'une fuite il y a très longtemps et d'un voyage en Pologne! Un texte déroutant et poignant.
   "Un robinet du diable" où le progrès arrive non sans mal, une femme, fille de pharmacien, et un homme, son mari, maçon italien, un enfant handicapé et un robinet alors que la lumière soit, non que l'eau coule!
   Dans " Les uns par les autres", ce n'est pas l'eau qui coule, c'est l'alcool. Une nouvelle grave, mais très belle.
   
   Certaines histoires sont étonnantes : "Instinct paternel" : un trio somme tout classique, une femme, un homme, un landau, détrompez-vous, ce n'est si simple que cela. D'autres sont détonantes et cruelles comme "La madone sans regard" et ne me parlez pas de regarder quelqu'un avec les yeux de l'amour. Ce serait très mal vu.
   
   Jusqu'où un homme peut aller par amour, un amour pur teinté de pitié, très loin pour certains?
   Jusqu'où une femme peut-elle aller par amour et par intérêt, et surtout pour éliminer une rivale, très loin pour certaines? Le progrès est-il une invention du Diable? L'eau qui en coule est en effet rarement bénite. Une île et un enfant, belle métaphore, mais dans "Antoine", la mer est là envoûtante mais dangereuse, surtout pour un mousse.
   Une femme battue se réfugie dans le confort du coma pour se venger de son tortionnaire de mari. Une petite fille victime de la haine que se portent ses parents, un grand-père, son jardin et son petit fils, une belle leçon de vie. Un autre grand-père, un autre jardin, mais une petite fille cette fois.
   
   C'est beau des mots sur une page, je suis tombé sous le charme de ce recueil de nouvelles, malgré que certaines soient vraiment très dures. Une découverte!
   Un mot sur le texte qui clôture ce recueil "Tiramisu et vieilles rancœurs", ce mot c'est "Bon appétit".
   
   
   Extraits:
   
   - Je me prépare des lundis terribles. Des lundis sans Claire.
   
   - Entre Julien et Anka se noua une relation légère et douce à laquelle je ne fus pas conviée.
   
   - Décidément, j'aurais tout raté, même ma mort.
   
   -Je dis leurs marins de maris, tête froide et peau rude, embarqués pour des campagnes de quatre mois, jetés dans la tourmente et qui s'encordent au bastingage pour résister aux lames qui lèchent le pont.
   
   - Ce type-là aime les femmes mais délaisse les mères.
   
   - J'ai longtemps cru que la langue polonaise ne comportait que des noms de gourmandises.
   
   - Elle collectionnait les hommes moustachus. Faut dire que l'on habitait une ville de garnison avec maman.
   
   -Steve McQueen raccroche son colt, ce n'est pas cette année qu'il le conduira à la prison du shériff.
   Ils poursuivent leur route chacun de leur côté. Les héros ne sont pas ceux que l'on croit.
   
   - Et rien pour l'homme-absence, l'homme-rentre-tard, l'homme-pas maintenant, l'homme télé-foot, rien.

critique par Eireann Yvon




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