Lecture / Ecriture
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Le bon cœur de Michel Bernard

Michel Bernard
  Les forêts de Ravel
  Deux remords de Claude Monet
  Le bon cœur

Michel Bernard est un énarque et écrivain français, né en 1958 à Bar-le-Duc.

Le bon cœur - Michel Bernard

La geste de Jeanne
Note :

   Il fallait tout le talent de Michel Bernard pour me faire entrer dans ce roman. Autant vous le dire, Jeanne d'Arc, oui c'est d'elle qu'il s'agit, ce n'est pas vraiment mon héroïne de prédilection, tout ce qui tourne autour de cette femme m'agace ou me fait rire, la pucelle et la sainte, l'image de la frêle jeune femme sauvant la nation, pour moi une illuminée mystique et ça sans compter sur les couronnes tressées par la famille Le Pen.
   
   Bref vous avez compris que je déteste, enfin... je détestais.
   
   Magie des livres et des mots, je ne comprends toujours pas comment Michel Bernard m'a embarquée mais je peux vous dire que je l'ai suivi sur les routes pieds et poings liés.
   
   Tout d'abord j'ai aimé le portrait « Grande, carrée d'épaules, bien campée sur ses jambes, le visage ouvre, les yeux vifs, le regard profond, intense »
   
   Je me suis amusée d'entendre son entourage la soutenir, la défendre, l'admirer « Elle aurait du prêcher à la place du curé », j'ai aimé la jeune fille qui va river son clou au Duc de Lorraine, qui vêtu en écuyer enfourche un vieux cheval saluant la foule qui lui fait escorte.
   
   La geste de Jeanne commence…
   
   Bon je ne vais pas me couvrir de ridicule et vous raconter la suite, non, je vais vous dire : lisez ce livre, que vous soyez ou non amateur d'histoire, que vous aimiez ou non Jeanne d'Arc.
   
   J'ai aimé le portrait que trace Michel Bernard de Jeanne, portrait qui commence par une gifle magistrale, mais aussi les portraits de tous les personnages qui gravitent autour d'elle et autour du roi.
   
   On entre aperçoit Charles d'Orléans prisonnier et s'occupant à faire des vers, on croise Gille de Rais, et bien entendu un certains nombres de « mangeurs de viande bouillie »
   

   J'ai aimé surtout la langue de Michel Bernard, une savante alliance entre poésie et réalisme, entre la beauté des paysages
   
   « Ils marchaient à pas lents. Sur les claies d'osier le chèvrefeuille avait repris sa croissance. Sous les tonnelles pointaient, violettes, les pousses de la vigne. Entre les murs du château attiédis, dans la terre, ameublie et fumée, l'hiver avait cessé de mordre »

   
   et le sang des champs de bataille.
   « Chaque cavalier laissait derrière lui un sillage sanglant et gémissant. Les soldats à pied qui suivaient en trottinant achevaient les blessés et rattrapaient les ennemis qui avaient échappé à la grande faux de la cavalerie »
   

   Sa Jeanne est magnifique jusque dans la défaite, elle a, dit-il, ce qui manque à la France de ce temps là « la foi, la confiance et l'autorité »
   

   J'ai beaucoup aimé les pages sur le procès et la captivité, sobres, parfois cinglantes, émouvantes aussi car on oublie l'héroïne pour ne voir plus qu'une jeune femme contrainte, enfermée, terrorisée.
   
   Un beau et bon roman.

critique par Dominique




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