Lecture / Ecriture
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Le cœur de l'Angleterre de Jonathan Coe

Jonathan Coe
  La maison du sommeil
  Bienvenue au club
  La Femme de Hasard
  Le cercle fermé
  Les Nains de la Mort
  Testament à l’anglaise
  La pluie, avant qu'elle tombe
  La vie très privée de Mr Sim
  Dès 11 ans: Le miroir brisé
  Expo 58
  Désaccords imparfaits
  Une touche d’amour
  Numéro 11
  Le cœur de l'Angleterre

Jonathan Coe est un écrivain britannique, né en 1961.
Il a reçu le prix Médicis étranger en 1998 pour "La Maison du sommeil".

Le cœur de l'Angleterre - Jonathan Coe

Brexit
Note :

   J'ai lu ce livre tout d'abord, il faut l'avouer, parce que sa promo a été très bien faite. Impossible de s'intéresser à la Rentrée Littéraire sans le voir cité, exposé, photographié. L'auteur est passé sur toutes les radios et télés, le livre était sur toutes les listes, dans toutes les vitrines de librairies... La littérature se vend comme tous les autres produits et ce n'est pas la qualité qui détermine les ventes.
   
   C'est embêtant. C'est bien embêtant que les "professionnels de la profession" travaillent ainsi car je ne vais pas jeter des pierres à J. Coe mais franchement ! Qui peut soutenir sérieusement que ce bouquin (pas déplaisant au demeurant) mérite un tel battage ? A titre d'exemple, la sélection de France Culture et l'Obs de la rentrée littéraire 2019 le donne dans une liste de 10 titres (sur 524)! (où ne figure d'ailleurs pas Laurent Binet).
   Bon, on n'y peut rien, c'est comme cela. Reprenons.
   
   Je l'ai lu en second lieu parce que j'avoue ne pas réussir à m’intéresser au Brexit comme je le devrais et au moins, cela m'a permis de comprendre ce qui s'est passé. De ce point de vue, le roman fonctionne, je pense. Le choix que J. Coe a fait de présenter un éventail assez large (quoique incomplet) de personnages et surtout d'opinions, donne vie à presque tous les points de vue, même si le regard n'est pas objectif. Il y a clairement des bons et des méchants ou disons au moins, des justes et des injustes.
   
   Ce qui m'a frappée dans un premier temps, c'est de constater qu'il se passe les même choses de la même façon en Grand Bretagne et en France. Dès qu'on gratte un léger vernis qui donne une impression de différence, on trouve en fait les mêmes problèmes, les mêmes erreurs de gestion des dits problèmes, le même déroulement et les mêmes résultats : montée du nationalisme, rêves de fermeture des frontières au moins dans le sens des entrées.
   
   Je n'ai pas vraiment adhéré au choix des personnages, beaucoup trop de bobos à mon avis, au point que je me demande si J. Coe s'en rend compte. Trop orienté aussi à mon sens. Les opposants au Brexit sont cultivés, d'esprit ouvert, bienveillants et tolérants. Qu'ils le disent ou non, ils sont convaincus de leur supériorité intellectuelle et morale ; pour les adversaires, vous inversez les qualificatifs. On ne note pas assez que la grande majorité des premiers, voyage et vit dans des maisons, tandis que la majorité des seconds restent dans leurs HLM ou fermes en faillite à essayer de régler ses problèmes de fin de mois. Une chose bien, tout de même, c'est d'avoir vu et dit la montée de la colère et l'agrandissement d'"une ligne de fracture colossale dans la société britannique" (et française aussi, ajouterais-je). Cela montre également à quel point la plupart des pays industrialisés sont en train de vivre les mêmes choses, alors que paradoxalement, chacun pense voir autour de lui des phénomènes propres à son pays. Les médias (qui tiennent tant à nous informer) ne font pas le parallèle et ne nous permettent guère de le faire.
   
   Pour résumer mon impression sur cette lecture, je dirais que le Brexit lui-même est bien montré, mais que l'ensemble est un peu trop long et les personnages pas si attachants que cela (pour moi, aucun ne l'est vraiment) alors qu'on leur consacre beaucoup de temps. Comme roman de société, c'est bien, mais comme roman psychologique ou littéraire, je suis beaucoup plus réservée. Cela reste néanmoins une lecture intéressante. Juste mon avis.
    ↓

critique par Sibylline




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Bienvenue au club !
Note :

   De 2010 à 2018 : les personnages de Bienvenue au club que l’on retrouve pour la troisième fois ; cette fois-ci ils ont 50 ans et des poussières.
   
   Benjamin vit dans un moulin sur la Severn (rapport avec le Moulin sur la Floss ?) et aime écouter le murmure de l’eau. Il vit seul et vient de terminer l’énorme livre qu’il voudrait publier... Des milliers de pages pour le roman proprement dit, un autre millier pour "le contexte socio-historique" et un troisième mille pour l’accompagnement musical de tout cela ! il faudra son ami Philip devenu directeur d’un centre d’attraction et éditeur par la même occasion, et toute sa bienveillance et d’autres volontaires amis (un ancien prof, un ancien condisciple retrouvé par hasard, Charlie,) pour en tirer deux cent petites pages valables… Benjamin pense toujours à son "seul amour" la fameuse Ciceley (j’ai du mal à m’en rappeler personnellement !!) et donc il se vautre pleinement dans la nostalgie.
   
   Pendant ce temps, Loïs sa sœur, elle aussi pense à son premier amour (décédé dans un attentat dans le premier tome, ça je m’en souviens c’était un moment fort de ce roman) et délaisse son époux avec qui elle ne vit pas.
   
    Sophie, sa fille, est un personnage important de cet opus. Nous allons suivre sa vie sentimentale : professeur d’histoire de l’art, elle en a marre des universitaires et s’éprend sérieusement d’un moniteur d’auto-école. les méandres de sa vie conjugale et professionnelle la mènent notamment à faire une croisière très "bobo" en Scandinavie et pays Baltes , avec de sinistres personnages: je vous recommande cette croisière, c’est le passage que j’ai préféré dans ce roman ! Coe y est féroce et humoristique comme à son meilleur !
   
   Enfin Doug, toujours journaliste politique, on nous le montre prenant des tuyaux d’un certain Nigel qu’il rencontre toutes les semaines dans un pub.
   
   Les années passent, les parents âgés meurent, les héros n’évoluent guère : depuis l’adolescence ils vivent dans un microcosme (les anciens et anciennes de King’s College) et y restent, le club reste le club, sauf que Benjamin est ami avec Charlie qui ne fréquentait pas King’s College, ni aucune public school, ce personnage permet une ouverture sur un autre monde.
   
   Arrive le Brexit qui surprend et horrifie les héros ; pourtant on a vu l’Anglais moyen se replier sur lui-même et haïr les "étrangers" même les plus intégrés. Les personnages du Rotter’s Club aussi restent dans leur "bulle "même en quittant leur pays natal devenu invivable !
   
   Dans l’ensemble j’avoue m’être un peu ennuyée : les personnages du Rotter’s Club tournent en rond. J’ai préféré l’univers de Sophie qui représente la descendance du fameux club, et la famille de Charlie qui sort de l’ordinaire.

critique par Jehanne




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