Lecture / Ecriture
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Le bal des folles de Victoria Mas

Victoria Mas
  Le bal des folles

Le bal des folles - Victoria Mas

Eugénie et Louise, à la folie
Note :

   Rentrée littéraire 2019
   Prix Renaudot des Lycéens 2019
   
   Où?
    Le roman se déroule en France, principalement à Paris. On y évoque aussi un voyage à Clermont-Ferrand.
   
   Quand?

    L’action se situe à la fin du XIXe siècle.
   
   En deux mots:

    En cette année 1885, Charcot poursuit ses travaux à la Salpêtrière. Louise, atteinte d’hystérie sévère, lui sert de cobaye pour ses expériences d’hypnose suivies par un public curieux. Mais l’attraction la plus courue du tout-Paris est le Bal des folles organisé avec les pensionnaires de cet hôpital qui est bien davantage une prison.
   
   Ma chronique:

   Étonnant premier roman que ce Bal des Folles auquel nous convie Victoria Mas. Il a lieu à la Salpêtrière, où Charcot multiplie les expériences sur des femmes "différentes", souvent internées arbitrairement.
   
   En 1885 à Paris, La Salpêtrière est un établissement plus que deux fois centenaire qui conserve la réputation de prison pour femmes qu’il a longtemps été. Après les mendiantes et les prostituées, on y enferme désormais les "folles", terme générique qui regroupe aussi bien les épileptiques que les retardées mentales, les hystériques que les maniaco-dépressives. Ce service, dirigé par Jean-Martin Charcot, expérimente beaucoup et pratique notamment l’hypnose au cours de séances qui sont devenues une attraction très courue.
   
    C’est pour Louise, seize ans, l’occasion de tuer son ennui et de s’échapper quelques instants de cet immense dortoir où règne une discipline de fer.
   
    Mais la jeune fille rêve de pouvoir fuir pour de bon, en compagnie d’un aide-soignant qui lui fait miroiter le mariage. Elle attend avec impatience le grand bal annuel durant lequel elle pourra s’envoler dans les bras de son futur mari. Un événement encore plus suivi et commenté, car la liste des invités rassemble les politiques, les scientifiques, les journalistes et les artistes.
   
   En cette fin du XIXe siècle, le neurologue Charcot tente de sauver ses patientes de la folie en organisant pour elles des bals lors de la mi-carême. Dans un ballet baroque se côtoient, le temps d’une valse, le Tout-Paris et les aliénées.
   
   En pleins préparatifs, quelques jours avant la mi-carême, Eugénie vient rejoindre les aliénées. Son seul crime est de converser avec les morts. Une déviance que son père n’accepte pas sous son toit. Aussi n’hésite-il pas à faire interner sa fille sans autre forme de procès. Toutefois, le pouvoir de la nouvelle venue va troubler Geneviève, l’infirmière jusqu’alors surtout réputée pour sa rigidité. Mais quand Eugénie lui transmet un message de sa sœur décédée et l’encourage à partir sans attendre pour Clermont-Ferrand où son père a été victime d’un accident, elle se sent redevable envers sa nouvelle pensionnaire.
   
    Victoria Mas, d’une plume aussi alerte que documentée, sait parfaitement faire monter la tension. À mesure que se profile ce bal tant attendu, Geneviève prend toujours plus de risques pour qu’Eugénie puisse lui transmettre les messages de l’au-delà. En échange, elle promet d’aider la captive à fuir.
   
    Loin de moi l’idée de dévoiler les rebondissements multiples de cette soirée mémorable et les destins de Louise, Eugénie et Geneviève. Aussi me contenterai-je de saluer la performance de la primo-romancière dont la plume n’a pas fini de nous séduire. Victoria Mas. Retenez bien ce nom !
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critique par Le Collectionneur de livres




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Femme insoumise = folle
Note :

   Le comment du pourquoi
   Parce que je l’avais vu partout. C’est rare que je choisisse mes livres de cette façon, mais j’étais tellement "out of it" question lecture que j’ai pris le livre en avant sur le présentoir de la bibliothèque!
   
   De quoi ça parle

   Ce court roman nous raconte l’histoire de femmes qui vont se croiser à la Pitié-Salpêtrière, ou Charcot, le grand Charcot, soigne les folles et les hystériques à la fin du 20e siècle. Eugénie, jeune fille de bonne famille internée par son père car elle parle aux esprits, va croiser la route de Geneviève, l’infirmière, de Louise et de Thérèse, deux autres pensionnaires. Un regard sur le monde de la psychiatrie de l’époque, où les "folles" étaient paradées, des classes ouvertes au fameux "bal des folles".
   
   Mon avis

   J’ai aimé ce roman. J’ai passé un bon moment de lecture. Pourtant, je n’arrivais pas à écrire un billet cohérent, qui mettait en lumière adéquatement mon malaise par rapport à ce livre. Je n’ai pas compris le choix d’Eugénie, jeune spirite, comme personnage principal. Je m’attendais à lire un moment fouillé et tout en teintes de gris sur le traitement des femmes à l’époque, avec un côté féministe. Et j’ai eu un roman sur fond de surnaturel, qui n’était selon moi, pas du tout nécessaire et qui met en avant certains aspects (Eugénie qui prouve aux gens qu’elle parle VRAIMENT aux esprit) au détriment de ce qui m’aurait, moi, davantage intéressée. Le fameux bal, entre autres, qu’on parle du ballet quotidien à l’intérieur des murs de la Salpêtrière ou encore celui où les pensionnaires sont "montrées" aux bourgeois. Bref, même si j’ai passé un bon moment, même si j’ai conseillé ce livre à quelques amis, il y a eu un aspect "survolé" qui m’a dit que c’était "Bien". Bien, mais pas excellent.
   
   Ceci dit, l’autrice permet de lever le voile sur le traitement des femmes à l’époque. Des femmes réellement atteintes de maladies mentales, il y en avait à la Pitié. Mais il y avait aussi des femmes trop libres, trop fortes ou encore trop blessées par la vie pour leurs familles ou leurs maris. C’était ma foi fort simple d’accuser sa femme ou sa fille d’hystérie pour s’en débarrasser. De plus, les "traitements", ma foi fort particuliers, font vraiment peur mais on évite de tomber dans la dichotomie "les bons" et "les méchants". La science était ce qu’elle était, bien dictée par les croyances et les mœurs de l’époque et on nous montre plusieurs personnes persuadées de faire la "bonne" chose dans le traitement des patientes. Même si ça nous semble, à nous, complètement aberrant.
   
   Malgré mes bémols, l’histoire demeure percutante et je m’en souviens plusieurs mois après, ce qui me permet de terminer mon billet. La situation reste en mémoire et le sort de ces femmes est parfois bouleversant. Certaines scènes d’amphithéâtre, d’hypnose ou de convulsions sont marquantes. De plus, on évite le manichéisme car pour plusieurs de ces femmes, la Salpêtrière est un refuge, presque une chance. Ceci dit, le thème reste d’actualité car les femmes qui refusent d’entrer dans le moule doivent, encore aujourd’hui, se justifier et faire leur place. Ne serait-ce que pour ça, ce roman vaut la peine d’être lu. En plus, il se lit tout seul!

critique par Karine




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