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No Society - La fin de la classe moyenne occidentale de Christophe Guilluy

Christophe Guilluy
  No Society - La fin de la classe moyenne occidentale
  La France périphérique

No Society - La fin de la classe moyenne occidentale - Christophe Guilluy

Scénario noir
Note :

   Dans ce pamphlet le géographe Christophe Guilluy se veut lanceur d’alerte et fustige les gouvernements occidentaux. Si la mondialisation a fait reculer la pauvreté en Chine, elle a précarisé les classes populaires occidentales, entraînant la disparition de l’ancienne classe moyenne et la balkanisation des sociétés européennes. Ainsi s’est réalisée la prophétie de Maggie Thatcher en 1987 : "There is no society".
   
   Les classes dominantes — le "monde d’en haut" — ont fait sécession avec le monde d’en bas. Selon une définition assez imprécise, les classes moyennes regroupaient, pour Christophe Guilluy, les ouvriers, les employés, les paysans, les professions intermédiaires et les jeunes, auxquels Macron va ajouter les retraités et les fonctionnaires. Ainsi apparaissent les nouvelles classes populaires, soit la majorité de la population française. En France, au Royaume-Uni ou aux USA les grandes métropoles concentrent la plupart des emplois, même si l’auteur concède que de petites villes connaissent un faible taux de chômage et que de grandes métropoles ont leurs poches de misère. Les classes moyennes ont été peu à peu repoussées vers les périphéries et cette relégation géographique est aussi culturelle. Outre le chômage, les nouvelles classes populaires subissent le démantèlement de la protection sociale et des services publics : la métropolisation se déploie au détriment des communes et des départements, dans une totale indifférence des classes dominantes et de la nouvelle bourgeoisie qui entretiennent l’ "invisibilisation" du monde d’en bas. Médias et universitaires, contre lesquels l’auteur charge avec insistance, les prétendent racistes, sans éducation ni culture, incompétents et interchangeables à l’exemple des Deschiens. Depuis les "sans dents" de François Hollande, la bourgeoisie progressiste les ostracise car ce monde d’en haut poursuit le projet irréaliste d’une société internationale et multiculturelle, peuplée d’actifs "hors-sol", détachés de leur culture et de leur histoire, mondialisés et hyper-mobiles. De déni en mensonge on assiste à "l’abandon du bien commun, au basculement du général au particulier". Alors qu’elle s’est séparée du monde d’en bas, le discours fallacieux de cette bourgeoisie sur le "vivre ensemble" ne convainc personne, et surtout pas les nouvelles classes populaires. Même diabolisées, elles n’entendent pas disparaître. Christophe Guilluy analyse la force de leur soft power : alors que l’insatisfaction généralisée génère la paranoïa dans les pays occidentaux et que la victimisation devient la norme, émergent des thématiques taboues pour le monde d’en haut. Bien plus en profondeur, d’après l’auteur, que la propagande des tribuns d’extrême-droite, le môle populaire, comme il le nomme, entend défendre une culture, une histoire, un territoire et des valeurs morales : l’entraide, la solidarité et le "common decency", le bien commun. Il appelle à la restauration de l’Etat-providence protecteur, au rétablissement des frontières et insiste sur l’urgence d’endiguer les flux migratoires.
   
   La mondialisation a déclenché une crise identitaire et l’atomisation des sociétés occidentales. Amnésique, individualiste et irresponsable, le monde d’en-haut a oublié ceux "qui prennent en charge le réel" (...) "il faut bien qu’un ouvrier construise les routes, qu’une institutrice fasse l’école ou qu’un paysan cultive". L’auteur l’appelle à se réintégrer, à "refaire société" sans Grand Soir ni "révolution" comme l’annonçait Emmanuel Macron lors de sa campagne électorale.
   
   Christophe Guilluy, sans doute solidaire des gilets jaunes, semble appeler de ses vœux l’avènement d’un Frexit... On reste dubitatif.

critique par Kate




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